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1974/1976 : Vive l'informatique, Bécassine, c'est fini !!

La mécanographie est devenue obsolète... , mon mariage aussi !

Les temps changent, la gestion des entreprises évolue....

Le droit social, fiscal, juridique est en pleine mutation. Il faut appliquer le nouveau plan comptable, créer deux autres sociétés, une commerciale et une holding. 

Je crains d'atteindre mon "seuil de compétence" si je n'y prends garde. 

A défaut de vouloir ou pouvoir compléter ma formation, j'aurais connu, comme bien d'autres, le licenciement puis, les années passant, le chômage de longue durée, évincée comme tous ces "débiles" qui ont eu le tort de naître avant l'âge de l'électronique.

Rude défi !

Quant à l'informatique, je n'ai aucune connaissance de base me permettant de prendre en charge l'exploitation d'un ordinateur, et désormais mes dirigeants s'orientent vers l'installation d'un matériel IBM. 

Aussi, au lieu de snober cette nouvelle technique, je décide de faire front.

Vaste programme...

Avec la femme de mon PDG, nous participons à des colloques organisés par IBM et le hasard voulu d'y rencontrer une cousine de mon mari, cadre commerciale dans cette firme. 

Elle anime une journée de formation et nous déjeunons avec elle, ce qui nous permet de lui exposer notre projet. Ainsi, elle va nous orienter vers une société de sous-traitance, nous conseillant vivement cette option, avant d'envisager l'achat de notre propre matériel. A défaut, la transition, d'après elle, est périlleuse.

Sage conseil.

**

En effet, dans les semaines qui suivent, nous entrons en relation avec une société, équipée IBM, dont les bureaux sont situés à 15 minutes de Massy, sur la zone de Rungis. C'est ainsi que je fais connaissance avec Richard, gérant de cette société.

Il tombe dans ma vie pour en chasser les regrets, les fantômes, la peur de l'avenir.

C'est un bel homme d'une quarantaine d'années, pied-noir tunisien, posé, affable, sûr de lui et sympathique. Sa femme, belle blonde, assez prétentieuse, dynamique, travaille avec lui. On sent, chez elle, une femme habituée au luxe et à l'argent facile. 

En commercial aguerri, Richard ne lésine pas sur les moyens afin d'offrir une image flatteuse de lui et de sa société.

Il tient absolument à compter mon entreprise parmi sa clientèle.

Toujours impeccable, des costumes de bonne facture, de la classe, aimant les grosses cylindrées étrangères, la bonne vie, il s'empresse de me faire apprécier de bons restaurants parisiens dont il raffole. 

Pour obtenir l'accord de mes dirigeants, il me propose de visiter plusieurs sociétés travaillant régulièrement avec lui, dans le but de découvrir leur organisation comptable et administrative. 

Peu habituée aux relations commerciales, je vais être confrontée, à travers l'informatique, à un milieu évolué, d'excellent niveau culturel et à forte majorité masculine.

Ce qui me change totalement de mon environnement habituel tant professionnel que familial.

Ces visites, au cours desquelles je rencontre différents chefs d'entreprise, me permettent de me rendre compte de l'avancée technologique qu'apporte l'informatique. 

Je suis enthousiaste et après avoir obtenu l'accord de mes dirigeants, je vais passer tout l'été à organiser ce démarrage prévu pour le mois d'octobre, en vue de la prochaine saison des marrons glacés ; il faut créer les fichiers clients, articles, stocks, représentants etc... jusqu'à l'interface comptable.

Tout va se passer merveilleusement bien, mais quel travail et quel stress ! Il n'est pas question pour moi d'échec..

Plusieurs années passent et la sous-traitance est mise à mal par la baisse des prix du matériel informatique. 

Ces sociétés de sous-traitance ferment les unes après les autres. Désormais, chaque entreprise, petite ou moyenne, peut acheter son propre ordinateur. La mienne s'équipera d'un IBM AS400 en 1981 avec, pour le développement des logiciels, une nouvelle équipe de programmeurs indépendants.

Je perdrai Richard de vue.

La modernisation de la société passera, au fil des années, par l'informatisation progressive de tous les services, tant administratifs que de production. Je serai chargée du bon fonctionnement de cette révolution technologique. 

Les services comptables seront confiés à une adjointe pour me libérer, afin de me consacrer à temps complet à cette tâche titanesque.

Je ne suis pas au bout de mes peines.. Le travail est énorme, mais indispensable et passionnant afin de se tourner vers l'avenir. 

En fait, je n'avais pas eu le choix, sauf à me retrouver rapidement licenciée et au chômage. 

 

L'Institut Français de Gestion

C'est Richard qui me parle le premier de l'IFG, car il termine sa seconde année d'études, option "contrôle de gestion".

Il me convainc de m'inscrire à la prochaine session afin de bénéficier d'une formation de haut niveau dans divers domaines du management des entreprises. 

Cela doit me permettre d'acquérir de nouvelles connaissances devenues indispensables pour faire évoluer ma carrière, mais aussi prendre de l'assurance, moi qui en manque terriblement.

D'après lui, j'ai le niveau requis et je suis capable d'obtenir ce diplôme.

Reste à persuader mes dirigeants. 

Cela suppose, en effet, que je m'absente de l'entreprise deux à trois jours par mois, ces cours étant financés par le budget formation. 

Claudine, notre conseil en droit social, va favoriser ce projet auprès de mes dirigeants, car son cabinet d'avocats est également intervenant dans cet institut qu'elle connaît bien. Elle en vante les mérites.

Les postulants sont, en règle générale, issus des grandes écoles (X, ENA, HEC, Arts et Métiers, Mines, Supdéco...). A défaut, il est nécessaire de présenter une carrière de plus de cinq ans dans un poste d'encadrement administratif, commercial ou technique et l'IFG recherche quelques femmes de niveau équivalent pour diversifier un effectif jusqu'à présent exclusivement masculin.

Je suis donc reçue sur dossier et nous serons les deux premières femmes dans une promotion de 150.

Une grande première, saluée chaleureusement par le professeur des cours "finances". .
A travers la reprise de mes études, je mets le doigt dans l'engrenage de la promotion rapide. 

Il est indispensable d'évoluer et vite, car le monde change à toute vitesse et mon entreprise affiche un retard pénalisant dans bien des domaines. 

Par contre, ces années de formation vont agrandir de façon notoire le fossé qui existe déjà entre mon conjoint et moi. Je vais le dépasser, (si ce n'est déjà fait, d'ailleurs) ce que son égo démesuré ne supportera pas.

 

La communion de Valérie

trois générations

C'est la dernière année scolaire de notre fille à la Ville du Bois. 

Il est souhaitable, d'après la directrice, qu'elle change d'établissement, car d'après elle "Valérie a pris des habitudes préjudiciables à la discipline". 

Pourtant, avant ce changement d'établissement, elle fera sa première communion dans la petite église de l'école et je m'y rendrai seule. 
Son père ne veut pas m'accompagner, prétextant avoir horreur de ce genre de cérémonie Pourtant, il a toujours été présent aux communions de ses neveux ou des enfants de nos amis ... Que cache encore cette mauvaise volonté, alors que notre fille aurait aimé qu'il soit présent ?

Aussi, a-t-il décidé d'organiser le repas de communion à la maison, ce qui m'étonne. D'ordinaire, il aurait préféré un déjeuner dans un restaurant des environs avec moins de soucis matériels. 

D'autant que je ne serai pas là pour organiser la fête ! 

Ainsi, il estime devoir se faire aider par la femme de ménage que je ne connais pratiquement pas.

Quelle est cette nouvelle lubie, dont il ne veut pas démordre ?

***

A la sortie de la messe, je croise Anne-Claude, la meilleure amie de ma fille, et ses parents. 

Le couple s'étonne de l'absence de mon époux et je suis loin d'imaginer les relations extra conjugales entretenues un temps avec la mère de cette petite camarade, liaison qu'il me jettera à la figure lors de notre divorce.

J'ai compris, un peu tardivement, les raisons de son absence...

A Rozay, nos invités sont là : sa soeur et Pierre son nouveau compagnon ; Jeff et Dina des amis ; mes parents ; ma belle mère. Pour une fois, mon époux est gai, affable, ce que je trouve exceptionnel. J'ai apprécié sa bonne humeur et grâce à Jeff, un joyeux luron toujours prêt à blaguer. Nos amis, Marcel et Simone sont absents, cette dernière ayant été hospitalisée pour un grave problème de santé.

La journée s'annonce sympathique, il fait beau.

Tous sont présents un verre à la main. Ils parlent, ils rient, contents d'être ensemble. Rigolard, mon mari blague....Je soupçonne, pourtant, chez lui, un rire légèrement forcé, un petit quelque chose de contraint, comme s'il voulait, forcément, qu'il y ait de l'ambiance. A plusieurs reprises, je l'observe, discutant et s'affairant à la cuisine, jovial, avec la femme de ménage recrutée par lui, à qui il lance des coups d'oeil en douce, des sourires en diagonale...

Curieux ! Je crois que je ne veux rien voir, et surtout, en ce jour festif, ne pas me poser de question !

La journée s'étire doucement, nous sommes en fin d'après-midi.

Soudain, mon mari change brusquement de comportement. Il devient irritable, hargneux, agressif dans le ton, puis bagarreur.

Il donne des coups de poings dans les murs. Jeff tente de le calmer, il parvient à le faire sortir sur la terrasse, l'emmène faire un tour dans le jardin. Mais, mon époux continue à cogner dans les gouttières, qu'il cabosse, dans les troncs d'arbres sur lesquels il s'écorche les poings. Il est, soudain, surexcité, dangereux, j'ai comme l'impression qu'il disjoncte ! 

Le charme de ce début de soirée est rompu. 

Nos amis, nos parents n'ont plus envie de parler mais de partir, et tout de suite. Ils désertent, les lâcheurs et me laissent seule avec lui. J'ai une boule au creux de l'estomac, les tripes vrillées.

Je me tais, inutile de l'énerver davantage au risque de déclencher sa fureur.

Je vais, au fil des années, apprendre à avoir peur de lui, car voilà quelques temps, déjà, qu'il se comporte ainsi. Il développe probablement une maladie, une instabilité, mais aussi il boit trop et j'en devine la dangerosité. Il y a de la hargne, du conflit, du règlement de compte dans son comportement. L'alcool n'explique pas tout. Il cherche, de plus en plus souvent, des histoires à tout propos, voulant déclencher des bagarres au moindre prétexte avec le premier venu, histoire de se "défouler".

Progressivement et après plusieurs incidents du même type, nos amis nous éviteront et refuseront nos invitations, car mon époux est ingérable, parfois odieux. 
Finies les réunions amicales, les sorties au restaurant entre amis. 
Je vais être, de plus en plus, seule face à lui. 

Il m'isolait.... Buveur, coureur, paranoïaque et dangereux, c'est vraiment insuffisant pour entretenir l'amour dans un foyer.

 

Les "bons copains"

Du coté des très bons copains de mon époux, j'apprécie deux hommes : Jeff et Raymond-Claude, de tempérament bien différent, ne se laissant pas impressionner par les excès et les humeurs belliqueuses de mon époux, bien au contraire. 

Ils essayent toujours de désamorcer ses sautes d'humeur ou ses coups de folies qui me traumatisent.

A contrario Marcel se fait toujours un malin plaisir d'attiser les querelles. D'ailleurs, son épouse le surnomme "Satanas".

Ni Jeff ni Raymond-Claude ne craignent la violence de mon mari, car grands et solides, il ne leur cherche jamais d'histoire. Il semble leur faire une confiance absolue, ce en quoi il a tort, car moi qui ai déjà vu le loup, je vois bien dans leurs yeux leur désir d'en croquer...

Aussi, revenant de je ne sais où, mon mari nous trouve autour d'un verre, discutant avec l'un d'eux, l'été sur la terrasse au soleil, l'hiver au coin du feu près de la cheminée. 

On bavarde de ces petits riens qui font la vie douce : un potin par ci, un conseil par là, un événement familial ou politique, on se plaint, on parle de ce que l'on va manger à midi, mais aussi de la pluie et du beau temps, de nos rêves d'avenir, de vacances ou de nos soucis.

Jamais, il n'aura un mot, un regard de jalousie... et pourtant !

J'étais trop seule, trop délaissée, trop amère pour ne pas accepter un peu d'amitié, de tendresse et de réconfort.
Commercial intelligent et roublard, mais chômeur, Jeff marié à Dina une jolie roumaine, est trop gai luron, trop coureur, pour que je m'y arrête. 
Par contre, Raymond-Claude m'attire par son style, sa gentillesse, me fait penser à Claude mon amour de jeunesse. De même profession que celle de mon époux, la serrurerie, il a réussi à monter une affaire en banlieue parisienne qui marche très bien (comme quoi, réussir n'est pas impossible). Il aime les grandes chasses en Afrique et revient effaré de la grande misère africaine, ne supportant pas de voir les enfants manger les fourmis et les mouches en guise de seul repas. Généreux, il en adoptera deux, le frère et la soeur, qu'il ramènera en France et qu'il va élever et scolariser comme les siens.
Françoise sa femme nous garde à distance. Ou bien à cause de mon mari qui est invivable en société, ou parce que son époux s'intéresse un peu trop à moi. 
Nous éprouvons, en effet, l'un envers l'autre, une tendre amitié que nous ne voulons pas laisser dégénérer vers des sentiments plus intimes que nous n'arriverions guère à maîtriser. Par peur aussi de conséquences toujours fâcheuses, telle une maternité accidentelle car la pilule n'existe pas, l'avortement légalisé non plus et ceci risquerait de se terminer, comme souvent en ces temps là, de façon clandestine, dans les pires conditions, à l'aide d'une aiguille à tricoter sur une table de cuisine !
Quelques années plus tard, je l'ai croisé une dernière fois, alors que nous sommes, mon mari et moi, en pleine séparation. Je suis en larmes, notre maison est vendue et il sait à quel point j'ai tenté de sauver ce mariage malgré le caractère exécrable de mon époux. Il nous faut tourner la page définitivement, même si, tentant de me consoler en me serrant dans ses bras une dernière fois, il va m'affirmer que je n'ai plus grand chose à perdre désormais !! 
Je ne le reverrai plus.. Il va décéder bien trop tôt et ce sera, pour moi, un choc très douloureux lorsque j'en serai informée tout-à-fait par hasard.
Jeff a divorcé de Dina, vendu sa jolie fermette, et partira s'installer sur Paris où il a repris un bar. 
Il reviendra une dernière fois, sur une grosse moto, nous présenter sa toute nouvelle et jeune conquête, de vingt ans sa cadette !
 Ainsi va la vie..
1974 : Une soirée entre "amis"

Nous sommes invités à une soirée chez le vétérinaire. 

C'est lui qui soigne nos chiens, nos chats et les chevaux du club équestre où notre fille fait de l'équitation tous les week-ends. 

Moi-même, je participe de temps à autre à quelques randonnées avec ce club de campagne sans prétention situé à quelques kilomètres de Rozay.

L'ambiance est décontractée et sympathique. Il est facile d'être à l'aise car nous connaissons tout le monde. On peut y côtoyer le médecin, le Maire, rien de bien impressionnant. 

Nos amis Marcel et Simone sont de la fête, ce qui suppose une soirée amicale et plaisante.

Pourtant, à peine arrivés, mon époux s'énerve. Il parle fort, cherche une "victime" sur qui déverser son humeur belliqueuse. La provocation, il adore ça, il s'y trouve comme un poisson dans l'eau. 

Au besoin, il en rajoute.. Je suis atterrée. Il roule des épaules, a décidé de "faire son cirque" et son malin, envoie des quolibets. J'ai honte pour lui, pour moi, pour nous.

Nos amis tentent bien de le raisonner, en vain, car il veut écraser son mégot de cigarette sur le crâne, lisse comme une boule de billard, d'un invité assis devant lui dans un fauteuil. Et ce, sous prétexte que sa tête ne lui revient pas. Pourtant, il s'agit du patron d'une petite entreprise de la ville que nous connaissons tous. Cela frise la goujaterie, la folie !

Marcel arrive, non sans difficulté, à le faire sortir dans le jardin, puis à le persuader de quitter les lieux.

Mon mari est devenu fou !!

Rentrés à la maison je reste silencieuse,  Il n'est pas question, pour moi, de le raisonner dans l'immédiat, encore moins de lui faire des reproches. J'ai trop peur de ses réactions. 

Pourtant, je ne suis pas au bout de mes surprises car, au fil des années, il deviendra imprévisible, dangereux, outrancier.

Ce n'est pas juste de la provocation, il cherche les coups de poings, la bagarre, à qui ose seulement croiser son regard, le contredire, lui tenir tête.

Il va alterner, désormais, périodes de rémission et de violence, dont je ferai parfois les frais. 

Je pense, qu'incapable de réussir dans la vie, il est jaloux des autres, de moi probablement, ce qui développe chez lui de la paranoïa...  et l'alcool n'arrange pas sa dangerosité.. .

 

Le Notaire

Jean-Louis est un copain de Jeff et il est notaire. 

Souvent seul le samedi dans sa maison de campagne --car sa femme, pharmacienne, travaille--, il lui arrive de passer à la maison avec Jeff pour discuter et boire un verre. Jusqu'à présent, mon mari semble bien  le tolérer.

Mais il y a aussi Ange, un Corse, à la réputation trouble, vraie ou supposée, propriétaire de l'auberge "Saint Nicolas", un restaurant réputé où nous déjeunons et dînons de temps à autre. 

Dans son bar, on peut côtoyer, à l'occasion, des filles et des mauvais garçons. Du moins, ce sont les rumeurs qui courent dans le bourg.

Or, mon mari m'annonce avoir invité à diner ses trois copains : Jeff, Jean-Louis et Ange, tous célibataires, ce soir là.

Drôle d'idée et cela me laisse dubitative... quelque peu inquiète...

Pendant toute la soirée, mon époux est grinçant, sarcastique, envoyant des petites phrases assassines. 

Puis, changeant de tactique il fait le candide, à la limite de la niaiserie. Je vois son regard machiavélique, j'entends ses propos blessants essayant de faire passer le Notaire pour un sot, un couard. Celui-ci reste poli, lissé, tandis que Jeff tente de blaguer, de détendre l'atmosphère et de calmer le jeu. Ange, plutôt rigolard, laisse dire, laisse faire, un brin malveillant, mais méfiant..

C'est pitoyable car il est évident que mon mari fait son malin pour épater Ange et s'amuse à contrer systématiquement le notaire à tout propos. Je n'en reviens pas de cette duplicité, de cette mesquinerie, de cette bêtise. 

C'est un complot et dans le scénario, il tente d'abattre et humilier cet homme.

La soirée tourne au cauchemar, au mauvais rêve...

Jeff comprend rapidement le manège et tente de faire cesser au plus vite ce jeu dangereux qui peut déraper à tout moment. 

Quant à moi, je ne dis mot de peur de déclencher un drame. Ce soir là, abasourdie, j'ai compris que mon époux est un vicieux, un manipulateur narcissique, toujours prêt à dévaloriser les autres pour les rabaisser en tentant de les détruire.

Il veut dominer, montrer sa "supériorité" par n'importe quel moyen, quitte à passer pour l'idiot du village !

Je suis écoeurée, sidérée, anéantie. Je le découvre sous un nouveau jour : un pervers toxique.

La dîner est écourté, Jeff, conscient du danger que ce comportement suscite, nous quitte rapidement en emmenant ses deux compères.

 

Une soirée chez Ange

Rozay-en-brie : mariage de Corinne et Pascal Christine et moi derrière la mariée, et Daniel

 

La fille de Simone et Marcel vient de se marier et le repas de noce a été organisé à l'auberge Saint-Nicolas, chez Ange.

Quelques jours plus tard, nous décidons d'aller dîner tous ensemble dans ce même restaurant pour fêter à nouveau cet événement. Les patrons du garage citroën se sont joints à nous et cette soirée aurait pu être plaisante : la cuisine est excellente, l'ambiance est agréable, il y a de la musique, et l'on peut danser.

Mon époux semble se sentir à l'aise, enjoué, entouré de ses copains.

Il a dansé, non avec moi puisqu'il ne m'invite jamais, mais avec sa cavalière favorite, l'épouse du patron du garage, et avec une jeune femme inconnue présente également ce soir là, apparemment non accompagnée.

De mon coté, j'ai été invitée par nos amis habituels et par un copain de Ange probablement.

J'ai apprécié ces instants où l'on se sent bien dans les bras d'un homme que l'on ne connaît pas, lorsque les corps fusionnent, que l'odeur de la peau vous trouble parce qu'il vous a serrée tendrement contre lui. Intimidée. Pourtant,  j'ai refusé les slows suivants craignant que mon plaisir ne se remarque trop, et par peur des réactions toujours inattendues et violentes de mon mari, ayant surpris son oeil noir, en coin.

Mais, il est déjà tard, ou plutôt tôt : une ou deux heures du matin....

Nos amis décident de partir et nous sommes supposés faire de même. 

On se fait la bise, en se souhaitant une bonne nuit. Je pense que la soirée s'arrête là, et, comme nous avons chacun notre voiture, je sors de l'auberge alors que mon époux me précise : "Je paie et j'arrive ... ".

 

Un spectacle édifiant : je suis cocue...

L'auberge St Nicolas avant travaux

 

Arrivée à la maison, l'heure passe... et mon mari ne rentre pas.

Je m'inquiète. ...

Je connais, que trop, ses multiples bagarres pour des motifs stupides, ses crises de paranoïa à la moindre contrariété et je n'ai guère confiance en Ange, non plus.

Incapable de dormir, je décide de retourner à l'auberge pour en avoir le coeur net, loin de m'imaginer ce que j'allais découvrir..

Mais là, surprise, arrêt sur image, je reste clouée sur place ! !

Au fonds de la salle, dans la pénombre, avec un éclairage de couvre feu, mon époux enlace amoureusement la jeune femme inconnue avec qui il dansait ce soir là. 

Seuls, serrés l'un contre l'autre, elle est blottie contre lui, sa tête posée sur son épaule. L'a-t-il draguée pendant la soirée, à moins qu'il ne la connaisse déjà depuis longtemps ? Le sol se dérobe sous mes pieds tandis qu'il pose sur moi un regard mauvais, glacé, assassin.

Ahurie, dévastée, blême, je referme la porte doucement sans esclandre, sans faire de bruit, comme pour effacer ce que je viens de voir. La peur va me glacer le sang, la jalousie va ronger mon coeur, car je connais d'avance ses réactions.

Je rentre à la maison, livide, écoeurée par tant d'humiliation.

Une heure se passe. Il est de retour éructant des mots grossiers, rageurs, pour me faire taire alors même que je n'ai émis aucun reproche. Des mots qu'il n'aurait pas fallu prononcer, des mots lachés comme des couteaux, des lames de rasoir, des mots pour m'abattre, me détruire.

Il me soupçonne et m'interdit "de l'espionner", inversant les rôles. Si je l'avais moi-même trompé, il ne pourrait pas être plus violent !

En réalité, je me suis juste inquiétée. Je n'ai même pas imaginé, un instant, qu'il puisse draguer une de ces "filles de mauvaise vie, une pute", à la réputation douteuse, qu'on peut côtoyer dans le bar de cette auberge comme le laisse entendre la rumeur qui coure dans le village. Je comprends, alors, cet enthousiasme, montré la veille, à l'idée de passer cette soirée chez Ange.

Décidément, je suis aveugle, complètement aveugle, ou voulais-je ne rien voir ?

Il ne me donnera aucune explication. Je devais juste me taire.

Il n'aura pas un geste pour m'apaiser, un mot pour sécher mes larmes. Je vais vivre une nuit d'insomnie coupée de pleurs, blottie dans un coin du lit conjugal alors qu'il me tourne le dos. A cet instant, je hais sa violence, sa seule façon de s'exprimer, surtout lorsqu'il a trop bu.

C'est devenu invivable et j'ai si peur de lui.

J'ai appris que derrière cette mauvaise humeur rancunière, il y avait une femme comme toujours.

 

**

Je serai une bonne semaine sans lui adresser la moindre parole. Lui un peu plus distant que d'habitude, vacant à ses occupations comme s'il ne s'était rien passé entre nous. Notre mariage n'a plus aucune raison d'exister. Trop, c'est vraiment trop !

Comment, allais-je pouvoir me sortir de ce piège sordide, de cet enfer, sans que cela tourne au pugilat ?

Jamais il n'acceptera de divorcer car le divorce amiable n'existe pas encore et je lui suis bien trop utile.

A cet instant précis, je sais que je le quitterai un jour ou l'autre. La reprise de mes études auprès de l'IFG me le permettra bientôt.. et je complèterai mon cursus "management" par deux années supplémentaires en m'inscrivant à l'IGI. (gestion industrielle).

 

Le baptême

C'est une belle journée, nous sommes au jardin, un vaste pré ombragé d'arbres fruitiers où les invités font connaissance.

Par courtoisie, nous sommes invités au baptême du nouveau-né de Jean-Louis le notaire.

Cette petite fête se déroule dans leur maison de campagne dont les travaux sont à peine terminés. J'ai acheté un cadeau pour la jeune maman, (de la layette et des petits chaussons de toutes les couleurs), et cette jeune femme, que nous rencontrons pour la première fois, est ravie de nous présenter son joli bébé. Jeff et Dina nous accompagnent.

Nous venons de boire une première coupe de champagne, et brusquement mon époux commence son scénario infernal comme s'il venait d'être frappé par une fléchette empoisonnée qui le rend fou !

Il cherche une tête de turc à qui s'en prendre. L'assistance ne lui convient pas, ce n'est pas son milieu habituel. Les gens sont trop sérieux !

Il s'excite tout seul, donne quelques coups de poings sur les troncs d'arbres autour de lui et lance à la cantonade "regardez moi ces têtes de cons", cherchant à provoquer les hommes présents qui, n'étant pas des voyous, s'esquivent rapidement en lui tournant le dos. Chacun sent qu'un mot, un regard, une attitude peut provoquer, chez cet homme devenu fou, une colère aveugle. Certains le regardent d'un oeil inquiet et ne comprennent pas les propos de cet énervé.

La panique me gagne, j'ai les tripes vrillées, il me fait peur et je n'ose partir craignant sa fureur. Et s'il s'en prenait à moi comme il l'a déjà fait par le passé ? Jeff, qui dieu merci, ne se laisse pas intimider, arrive à le persuader de quitter cette réunion familiale.

Mais quel complexe d'infériorité traîne-t-il derrière lui pour arriver à un comportement aussi belliqueux ? Caractériel, complexé, il est mal dans sa peau, jaloux probablement de la réussite de ces gens qu'il ne connaît même pas. Il voudrait briller, réussir dans le vie, mais en est incapable et n'a trouvé que la violence pour se réhausser dans son estime personnelle ..

Sur le chemin du retour, je ne dis mot. Progressivement, il se calme. Je suis atterrée car, il est fier de lui .

Plus tard, il en parlera comme une prouesse à nos amis, toujours bon public et habitués à ses multiples excès. Ils s'esclafferont ensemble mais ces derniers le critiqueront probablement derrière son dos. Mon époux est devenu, ces dernières années, de plus en plus agressif, violent dans ses gestes, ses actes comme dans ses paroles. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi ?

Il est devenu un problème pour moi et ses délires deviennent mes cauchemars. Le plus dur, pourtant, reste à venir ...

Pourtant j'ai des rêves à réaliser et mon conjoint n'est pas à la hauteur de mes espérances. Progressivement, je vais refuser d'être, à l'extérieur, une femme dynamique aimant un métier valorisant, tout en restant soumise à la maison comme ont pu l'être nos grands-mères, et surtout ma belle mère.

 

Paris, quai de Grenelle

 

En 1974, mes dirigeants donnent leur accord pour mon inscription à l'IFG, module "management de l'entreprise".

Je suis aux anges, car je vais pouvoir m'échapper régulièrement pendant deux ans !

Au préalable, je dois compléter ma formation initiale car j'ai des lacunes dans certaines matières : l'informatique entre autre, ce qui est le lot de la plupart des participants de ma génération. Je dois mettre les bouchées double.

Je dois me recycler avec des cours de rattrapage. Ceux-ci se déroulent tout d'abord dans le quartier "Etoile" à Paris, puis les locaux sont transférés quai de Grenelle, le long de la Seine, dans une de ces tours tristounettes de ce quartier futuriste voulu par le Président Pompidou.

Nous disposons d'amphithéâtres spacieux, confortables, et chaque promotion se divise en sous-groupe d'une dizaine de participants. Outre les cours magistraux de deux jours par mois, nous avons à traiter des études de cas, tout en assurant une analyse d'entreprise en fin de deuxième année. C'est lourd à gérer en plus de la vie professionnelle. Et cerise sur le gâteau, il faut trouver une société acceptant ce diagnostic, parfois dérangeant pour l'équipe de direction que l'on est susceptible de remettre en cause.

Je vais côtoyer des hommes aux superbes carrières, aux antipodes de celle de mon époux, travaillant pour la plupart d'entre eux dans les plus grands groupes industriels français ou étrangers. Certains sont très brillants et ils m'étonneront par leur passion pour les études, leur facilité apparente, leur joie de vivre en groupe. Ce sont de bons compagnons d'études, de joyeux lurons profondément machos, habitués qu'ils sont à ne travailler qu'entre hommes.

Seule femme dans mon groupe, ils vont, pourtant, m'aider et m'épauler. Nous déjeunons le midi ensemble et ces moments toujours agréables et pleins de rire, sont des "récréations" au charme excitant d'école buissonnière, bien loin de mes soucis familiaux.

Et ces cours, que mon mari verra, en réalité, comme des velléité d'indépendance, seront considérées par lui, lors de notre divorce, comme autant "d'escapades" justifiant d'après lui ces propres incartades.

 

Fillerval : un joli château

 

Fillerval, est un joli château situé dans l'Oise, à une centaine de kilomètres au Nord de Paris. Nous pouvons compléter notre cursus de deux ans en s'inscrivant également à quelques séminaires de notre choix.

Nous disposons de chambres agréables sur place pour y passer la nuit. Les déjeuners et les dîners sont pris en commun, ce qui tisse des liens d'amitié tout en soudant les groupes. L'ambiance est très conviviale, surtout l'été lorsque les cours sont effectués au soleil sur la pelouse, ou sur la grande terrasse bordée de douves où s'ébrouent des canards..

Grâce à ces cours et à ces déplacements à Fillerval, j'allais sortir du train-train quotidien, prendre de l'assurance et m'évader du foyer conjugal. Richard, en sa qualité d'ancien élève termine sa seconde année. Lui aussi, me rassure, m'épaule, et j'arrive à apprivoiser ma timidité, mon stress, mon anxiété, ce manque de confiance et d'estime de moi qui me tétanise.

Mon premier séminaire est orienté sur les plans de trésorerie. Richard participe dans un autre groupe, à je ne sais plus quel autre thème. Malgré l'éloignement de mon domicile, j'ai prévu de rentrer le soir à la maison de crainte de contrarier mon époux.

C'est l'hiver, une journée de janvier sombre et glaciale. Ce matin là le ciel est plombé, chargé de nuages noirs qui se bousculent. Vers midi, il tombe de gros flocons épais. A 16 heures, au moment de la pause de l'après-midi, il y a dix centimètres de neige sur les pelouses. Je me vois mal traverser Paris et ses banlieues, du Nord au Sud, pour revenir le lendemain matin à Fillerval.

Aussi, je téléphone à mon conjoint pour l'informer que je reste sur place m'évitant, ainsi, de prendre la route par un si mauvais temps. Je n'ai pas l'habitude de tels déplacements qui demandent plus de deux heures de voiture en temps normal, le double compte tenu des conditions climatiques.

Au bout du fil, je lui trouve une drôle de voix, je suis surprise mais surtout attentive.

Mon époux s'exprime avec douceur, ses propos sont mielleux et cette fausse sincérité attire mon attention. Il doit cacher quelque chose, insiste pour que je rentre malgré les bourrasques de neige, le verglas, la route et les embouteillages. Il veut me faire croire que je lui manque, il croit m'embobiner, me persuader.

N'importe quel mari un peu attentionné aurait été inquiet de savoir sa femme sur les routes par ce temps de chien, mais pas lui.

A croire qu'il souhaite ma mort ! C'est un manipulateur. ..

En réalité, je ne suis pas dupe, il désire, simplement, être certain de ma décision. Surtout ne pas rentrer à l'improvise. Quelle distraction extra conjugale s'est-il programmée ? C'est l'époque de la "Blondasse", à moins que cela ne soit une autre ? Je ne souhaite pas en savoir plus.

Je lui confirme que je ne rentre pas, ma décision est prise, et ce ne sera pas la dernière ..

Comme cela peut être sordide, parfois, une vie de couple !

 

Dieu ou le diable avait jeté les dés.

Après un dîner pris en commun avec mon groupe, je reste avec mes compagnons d'études à discuter quelques heures dans le grand salon, face à l'imposante cheminée. 

Des bûches se consument et le feu crépite dans une lumière blonde où coulent des reflets dorés sur le parquet ciré. Certains jouent aux cartes, aux tarots, au poker menteur, à la crapette. 

La soirée est à la détente et l'on rigole aux larmes jusqu'à s'en tenir les côtes. J'apprécie cette chaude camaraderie et les propos pertinents échangés sur toutes sortes de sujets.

Un autre monde !!

Puis, Richard est venu toquer à la porte de ma chambre sous prétexte de me souhaiter bonne nuit, me sachant inquiète de cette décision de dormir sur place. 

Mais dans ma vie sans joie, il bouillait comme une chaudière. Aussi, des regards insistants, des phrases à double sens n'ont pas duré longtemps. Une irrésistible envie de me réfugier dans ses bras et il est devenu mon amant. J'avais besoin de lui pour croire encore en moi, en la vie, en l'avenir. J'en ai assez d'être trahie, mal aimée, négligée, d'avoir peur de ce mari destructeur, violent, qui se moque de moi depuis tant d'années.

Je n'étais pas heureuse, mais satisfaite. Pourtant, je ne suis pas stupide, je sais aussi que Richard me chouchoute pour mieux s'implanter dans ma société. Rien n'est vraiment innocent. Nous avons chacun nos raisons.

Ce moment dans ses bras, est-ce un péché ou une faute, et ce n'est pas tellement mon genre de demander pardon...

Ce n'est qu'un accident inattendu, qui ne m'arrache pas des remords.

Aucun sentiment de culpabilité.

****

Une neige fine, mais drue, engloutira la nuit qui fut tendre et légère, comme pour m'isoler du reste du monde...

C'est surement un amant auquel il ne faut pas s'attacher. Il revendique le droit au plaisir, de jouir de la vie, des femmes, des restaurants chics, de son travail passionnant, de notre jeunesse qui s'enfuie. Il me pousse à me réaliser à travers mon métier, mes études. Au fil des mois, il m'a consolée, aidée, et j'ai repris confiance en moi comme au temps de ma jeunesse.

Étant mariés tous les deux, nous ne nous jurions pas fidélité. Un serment que Richard n'a jamais du tenir, entouré qu'il est de jolies femmes, de relations flatteuses. Faut-il laisser durer cette histoire, ou n'est-ce que le désarroi et le plaisir d'une nuit ? Et le jour suivant nous garderons nos distances avec soin, l'un comme l'autre.

Par la suite, notre relation très épisodique reposera sur le plaisir de rencontres toujours réussies, sans engagement ni contrainte, n'entraînant pour moi, comme pour lui, aucune conséquence. Bref, il me traite en femme et reste une parenthèse agréable dans ma vie sans tendresse car c'est, aussi, une aventure susceptible de cesser du jour au lendemain.

Chacun préservera sa liberté en respectant celle de l'autre. Nous nous retrouverons régulièrement pour le travail, déjeunerons ensemble très souvent avec ses collaborateurs. C'est lui qui m'enseignera tous les rouages de l'informatique. Il m'a mis le pied à l'étrier pour me permettre de gravir de nouvelles marches essentielles dans ma carrière professionnelle.

Il a ouvert ma cage...

Au fil du temps, j'avais besoin de sa présence, de sa voix, de son regard, de ses conseils. Je ne voulais pas m'attacher, dépendre de lui. Surtout, ne pas l'aimer et, ainsi, ne pas courir le risque d'être rejetée.

Trente ans après, je ne regrette rien. Tromper mon époux ne m'a pas brisé le coeur. Au pire, ça l'a ébréché.. Lui-même de son coté ne s'ennuyait pas.

Au soir de ce premier séminaire, anxieuse de rentrer à la maison, je m'attendais à des reproches voire à de la colère de la part de mon conjoint. Il n'en sera rien, il était serein, détendu, jovial, ce qui confirmait mes doutes. Il a, lui aussi, passé une bonne soirée, c'est évident. Tout en lui est codé, indéchiffrable et nous étions, à nouveau, revenus sur notre banquise conjugale.

J'étais redevenue transparente.

 

Juin 1974 : un accord tacite, et la vie continue....

Depuis qu'il a quitté mon entreprise après l'altercation avec mon patron, mon époux est sans emploi. Il n'a qu'une idée en tête : reprendre un commerce de boissons en gros à Rozay-en-brie, le village de son enfance, le propriétaire prenant sa retraite. 

Et mon époux ne sait dire qu'une chose : 
"Toi, comme toujours, tu as le droit de faire ce que tu veux, moi je n'ai le droit de rien"..

Se poser en victime, c'est si facile, lui qui pourtant n'en fait qu'à sa tête, ne suit aucun conseil et refuse toute formation.

Il sous-entend, bien évidemment, mes cours à l'IFG. 

Mais ai-je le choix en réalité, face à la modernisation de la société qui m'emploie et à l'évolution des techniques de gestion ? 

Faut-il prendre le risque de devenir incompétente rapidement ou, au mieux, dans quelques années ?

Aussi, j'en ai assez de ses jérémiades et, pour avoir la paix, je vais le laisser faire, et même le pousser à s'investir dans ce commerce, puisqu'une opportunité se présente à lui.

Qu'il s'éloigne de moi, voilà ce que je voulais. Il finira bien par me quitter un jour ou l'autre !

Après les formalités signées chez le Notaire, il se retrouve gérant des Entrepôts rozéens ! Je donne mon aval et me porte garante de ses dettes éventuelles.

Une folie ! Mais ma tranquillité n'a pas de prix.

Il devient, une nouvelle fois, un chat de gouttière, ne rentrant à notre domicile de Massy qu'un soir sur deux ou trois....

Le voilà libre et libéré. 

Je suppose qu'il déjeune, dîne chez sa mère et qu'il passe les nuits dans notre maison de Rozay. Je ne veux pas savoir..

Va-t-il réussir dans les affaires et acquérir une notoriété qu'il semble souhaiter ?

J'en doute, car cet homme qu'il faut soutenir, pousser constamment, avec une activité en dents de scie, des sautes d'humeur notoires, des lubies et des manques, a-t-il la carrure d'un patron ?

Richard me pousse à le laisser face à ses responsabilités... les dés sont jetés !

 

Les Entrepôts Rozéens : 1ère année

il y avait eu à Rozay, dans les années 1900, plusieurs marchands de vins en gros.

 

Au début de cette nouvelle "reconversion", je veux croire aux capacités commerciales de mon époux, oublier ses manques, ses fredaines, ses "nerfs", ses bêtises. 

Je désire le voir courageux, battant, enthousiaste, comme peuvent l'être les hommes que je côtoie à l'IFG, car j'avais désormais des points de comparaison. 

Il n'a plus de patron à qui rendre des comptes ni obéir, donc je le suppose "heureux" et satisfait !

Je pense, aussi, qu'il ne pourra plus jalouser ma propre réussite, ce qui me laissera le champ libre.

Au bout de quelques mois, son activité s'est rapidement relâchée, je le découvre négligent, immature voire paresseux. Jusqu'à présent, il me jette volontiers de la poudre aux yeux.

Il fait "comme si", toujours très affirmatif dans ses paroles, ses décisions. Il se dit débordé, mais je suis sceptique, car le lundi, alors qu'il ne travaille pas, il passe ses journées chez ses copains, commerçants comme lui, à discuter, rigoler, au lieu de s'occuper de ses affaires, de sa comptabilité, des impayés clients, des remises de chèques en banque, des factures de ses fournisseurs.

Il se laisse vivre, comptant toujours sur moi pour régler les problèmes, et combler les déficits de sa trésorerie.

Rapidement, nous allons devoir emprunter de l'argent à mes parents et à une de ses tantes,  pour boucher les trous. 

Aussi, face aux livres de comptes jamais tenus, aux déclarations sociales et fiscales dont il ne veux pas s'occuper, je suis obligée d'assurer à sa place toutes les obligations administratives d'une petite entreprise, ce qui s'ajoute à ma vie professionnelle déjà bien remplie...
Inutile de vouloir le raisonner, sauf à le mettre de mauvaise humeur.

Et je veux la paix.

Là encore, Richard me sera d'un grand secours. Il accepte de traiter informatiquement la comptabilité de mon époux à partir de bordereaux de saisie que je tiens manuellement. 

Il ne facturera jamais ces travaux pendant les deux années que durèrent les "Entrepôts rozéens".
Au fil des mois, je perdrai totalement confiance dans mon époux, car il ne fait aucun effort pour être performant. Il se laisse vivre.

La tenue de sa comptabilité, vient en surcharge de mon activité professionnelle déjà très prenante, de mes cours à l'IFG, de ma vie familiale.

Comme un problème n'arrive jamais seul, je dois m'occuper d'un nouveau contrôle fiscal dans mon entreprise, ce qui m'oblige à quitter le groupe sympathique avec lequel j'ai passé ma première année de formation. 

Je suis bien décidée, pourtant, à rempiler lors de la prochaine promotion afin de poursuivre la seconde année. J'ai fortement apprécié ces journées studieuses, mais tellement amicales, qui me sortent du train-train quotidien et de l'enfer de ma vie conjugale..

 

Août 1975 : un coup de folie

Marcel, Paul, le Gd père Héliot, le fils de Paul,

La journée est belle, le ciel d'un bleu azur piqueté de petits nuages floconneux.

Il fait chaud et je suis heureuse d'être en vacances après une année de travail et plusieurs démarrages informatiques stressants : gestion des stocks, des achats, des prix de revient, des coûts de production..Avec la reprise de mes études, la comptabilité du commerce de mon époux, mon emploi du temps est bien chargé. Je suis contente de pouvoir me reposer enfin. Valérie est partie en vacances dans le midi de la France avec les deux filles Paoli. Elles se sont connues l'année précédente en colonie de vacances.

Pour les 50 ans de Marcel, nos amis ont organisé un barbecue dans leur jardin. Sont présents : Paul, le garagiste de Rozay avec sa femme, les parents de Simone, sa fille Corinne et Pascal leur gendre.

L'après midi s'achève, nous buvons une coupe de champagne pour fêter l'évènement. C'est alors que mon mari commence à faire le malin, "le m'as-tu vu", torse nu, nerveux, frimeur. Il roule des mécaniques, bombe le torse, les muscles, pour se faire admirer. Edith, cherche la plaisanterie facile, rit trop fort, lance des oeillades à la cantonade. Marcel, comme toujours, attise la zizanie, heureux de provoquer des plaisanteries où il excelle.

Leurs propos me paraissent décalés, futiles, je ne suis plus en phase avec eux.

Je ne supporte plus, ni les excès de mon époux qui me tapent désormais sur les nerfs ni ses fanfaronnades qui peuvent, à tout moment, dégénérer sur une parole, un geste, un regard. Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi, me reposer, le laisser avec ses amis, à ses roucoulades, ses "roulé-boulé" imbéciles sur le gazon pour faire le pitre, son besoin de paraître, de se faire remarquer et s'affirmer.

Je me lève, tout en précisant "Je rentre".

Rien de plus. S'est-il senti désavoué par cette brève paroles, ai-je lancé un regard désapprobateur, méprisant ?

Il me toise d'un air méchant. J'ai osé le défier !

**

Il faut traverser le hall de la maison pour récupérer ma voiture. Il arrive vers moi, furieux, brutal, le poing levé, le regard glacé, avec une expression de tueur en série.

Après le premier coup j'ai du hurler, je suis tombée sur le carrelage de l'entrée. Au sol, il me frappe à coups de pieds avec des injures de fin du monde, m'en balance un autre, et encore un autre, qui me meurtrissent les côtes. J'arrive à me relever, hagarde, mais il continue à me donner des coups de pieds dans les jambes, d'une telle violence, comme une bagarre avec un homme. Je suis à ce moment là, celle qu'il veut soumettre, abattre, à défaut de pouvoir tuer.

Il extériorise toutes ses frustrations, ses rancoeurs, ses échecs, son conplexe d'infériorité, cette insatisfaction permanente occultée mais profonde. Il est conscient de ses limites, de son manque total d'aspiration, jaloux de moi car il sait ou deviné que j'allais le dépasser..

Je détale vers la porte donnant sur la rue que j'arrive à ouvrir. Il se lance à ma poursuite, me rattrape alors que je traverse la route en courant, parvint à saisir ma jupe, tire sur mon corsage qu'il déchire. Je me retrouve en petite culotte et soutien gorge au milieu de la chaussée, livide de peur et de honte. Je rattrape ma robe, me cache tant bien que mal. Il me pousse violemment contre la portière du véhicule qu'il ouvre brusquement tout en me brutalisant à coups de pieds, de poings. Il aboie de rage "Tu veux rentrer à la maison, et bien, je vais t'y mener".

Il est devenu fou. C'est un bourreau qui est entré dans ma vie. Je ne gémis pas, je le hais trop pour çà.

Nos amis, sur le pas de leur porte, regardent le spectacle. Aucun n'intervient pour le calmer et pour me secourir. Mon époux aurait pu me tuer qu'ils n'auraient pas bougé d'un pouce. Ils ont tous peur de lui. Il démarre en trombe alors qu'il tente encore de me frapper.

L'air est empli de grenaille, mon crâne est prêt à imploser. C'est pire que la mort, il a osé !

Soudain je ne suis plus la même, je ne serai jamais plus la même. Je me demande si c'est moi, si c'est lui, si c'est nous, si c'est vrai ?

 

Des bleus de toutes les nuances, du clair au foncé

Cinq minutes sont nécessaires pour arriver à la maison.

Il ébauche un geste hésitant dans ma direction. Je recule d'un bond, terrorisée. C'est une histoire impensable, je suis entrain de m'enfuir dans le jardin comme une bête pourchassée avec des hématomes plein le corps et des lambeaux de tissus en guise de robe.

Que m'arrive-t-il, dans quelle spirale dangereuse allons nous désormais nous enliser ?

Sa colère est tombée brutalement. Je me réfugie dans la chambre de notre fille où je me suis effondrée sur le lit secouée de sanglots hystériques, ivre de peur. Il m'a rejointe et là, comme un petit garçon, il s'est mis à pleurer, à me demander pardon, à me jurer que cela ne se reproduira plus.

Il ne sait pas ce qui lui a pris. Il implore mon pardon.

Je suis sous le choc, car il n'avait jamais levé la main sur moi. Pourtant, une partie de moi s'y attendait. Quelque part, au fond, j'ai toujours su que c'était une éventualité, qu'un jour si je lui tenais tête, on en arriverait là.

D'où lui vient cette rage ? De son enfance sans père, sans repères, celui-ci s'étant évaporé à la fin de la guerre ? Par manque de tendresse de la part de sa mère trop affairée à survivre seule ? D'une jeunesse à la limite de la pauvreté ? Ou bien, du à mon émancipation, à la reprise de mes études, à sa jalousie ? Est-ce là que je l'entrainais bien malgré moi ?

*****

Pourtant, il n'est pas question qu'il tente d'effacer les coups par des caresses. Je reste sans bouger, tétanisée, sans parler, épuisée, sidérée par cette soudaine brutalité et par l'abondance de ses larmes. Il pleure, inverse les rôles pour que je le console. Il reste, ainsi un long moment à sangloter, à genoux contre moi. Je suis incapable de l'aider, c'est un malade, un faible. Il a besoin d'être admiré, adulé, et n'est jamais rassasié.

Et moi, je ne l'admire plus. Je ne l'aime plus.

Notre couple sombre et ce n'est pas en me brutalisant que cela va arranger nos rapports, nos différences. La faille entre nous n'a cessé de s'élargir au fil des années. Le piège s'est refermé sur nous et je n'ai pas su décrypter, à ce moment là, le sens des coups portés : être une femme trompée, une femme souvent humiliée, bien trop soumise pour qu'il ne soit pas, un jour de colère ou pris de boisson, tenté de lui taper dessus à la moindre contrariété.

Il passera le reste de la soirée à la maison, tout penaud, calme et dégrisé, sa crise de fureur passée.

Nous nous sommes retrouvés seuls pour le dîner dans un silence de pierre. Un face à face sinistre, durant lequel le bruit des couverts tenait lieu de conversation. Dès la dernière bouchée avalée, il est allé se coucher, nous ne nous adressions plus la parole. Un malaise bizarre s'installait.

Je retenais mes larmes face au naufrage de notre vie. Anéantie, brisée, je passerai toute la nuit tremblante dans le lit de notre fille. J'ai fini par me calmer, à m'endormir. Mais, je n'étais pas prête à accepter cette maltraitance ni à me coucher aux pieds de cet homme qui voulait être mon maître !

En réalité, mon mari a toujours eu le poing plus rapide que la pensée. Il éprouve toujours une sorte de jouissance, un sentiment de supériorité, une satisfaction personnelle à frapper quelqu'un. Sous une apparente force, l'esprit est veule, le caractère lâche, les ambitions inexistantes.

C'est un faible qui n'a trouvé que cette forme de violence pour exister.

 

Vacances pourries ...

Le lendemain de cette funeste journée, je suis sous le coup de cette scène affreuse, mais mon époux parait l'avoir oubliée. Fidèle à lui-même, amnésique, il fait comme si ce qui s'est passé s'apparente à une amusante bataille de polochons.

Les jours suivants, nous restons à distance polie l'un de l'autre. Nous ne nous parlons pas. Mais, au contraire de lui, qui semble serein, je repasse sans cesse le film de cette dispute dans ma tête, cherchant un sens à cette explosion d'hostilité. Cette fois les choses sont allées trop loin. Plusieurs semaines seront nécessaires avant de s'adresser à nouveau la parole.

La vie, à la maison, reprendra pourtant cahin-caha.

Aucun de nos "bons amis" ne passera un coup de téléphone pour connaître mon état de santé, pour me consoler, me soutenir. Par discrétion ou par lâcheté ? Je ne veux plus les voir, car je les entends les rigolards, les apitoyés, les bonnes âmes, les cyniques. Je vois leurs mines, je perçois leur excitation, ça doit les amuser. Je connais d'avance leurs propos, je les ai déjà entendus dans d'autres circonstances moins graves.

On vous diminue, on vous rabaisse, on vous critique.

Mon mari passe pour un fou furieux et moi sûrement pour une demeurée.

Et, comme toujours, il s'absente une grande partie de la journée sans trop savoir où il est... sur son champs, près de ses étangs probablement.. ne rentrant que pour les repas et dormir.

Aussi, je suis seule à panser mes plaies, à mettre de la pommade sur mes bleus. Je claudique de douleur pendant une bonne semaine..Quelques jours plus tard, ces mêmes "amis" s'inquiéteront, quand même, auprès de lui, pour savoir s'il m'avait tuée ! Les semaines suivantes passèrent avec lenteur. Au soleil dans le jardin, étendue sur une chaise longue, j'essayais de survivre à cette explosion de haine, sans recevoir un seul geste de compassion en attendant la fin des congés.

Un jour je lui ferai tout payer : les cris, les colères, les injures, les mots qui blessent, les coups, les goujateries. Et au prix fort.

Je passerai le reste de notre vie commune à me venger de lui.

C'est la fin des vacances, je reprends le travail !

 

Rien ne va plus !

Mais, en attendant, je ne suis pas prête à me laisser rouer de coups par ce mari violent susceptible de sortir de ses gonds à la moindre contrariété ou à chaque fois que j'ose émettre un avis différent du sien. A ma manière, je vais prendre mes distances avec lui, car je sens confusément que d'autres affrontements pénibles suivront fatalement. Il a toujours voulu me dominer, me rabaisser et il prend tant de plaisir à vouloir se faire craindre. En réalité, il me veut soumise et je sais qu'il recommencera obligatoirement un jour ou l'autre. C'était écrit.

Cette blessure là n'est pas prête de se cicatriser et le souvenir des coups reçus restera douloureux, bien plus que les bleus eux mêmes. Quarante ans après, je me demande comment j'ai pu vivre, encore dix années, avec cet homme instable, querelleur, bagarreur, avant de divorcer ?

Un peu d'air, de liberté cela allait me faire du bien, car je n'avais pas envie de filer doux, courber l'échine, marcher au pas sous son commandement, éviter les éclats, sauver les apparences... J'en supporterai les conséquences ! J'allais m'y employer, et un autre homme me poussera à ne pas accepter l'inacceptable, à ne pas tolérer l'intolérable, à être indifférente à ses mouvements d'humeur.

Petit à petit, il m'arrivera de me rebiffer et même de plus en plus souvent. Mes seules armes seront les railleries que je lui jetterai à la figure pour le "moucher" face à ses propres lacunes, ses carences dans divers domaines et Dieu sait qu'elles sont nombreuses.

Aussi, un midi, pour une réflexion anodine, il m'envoie une bouteille d'eau à la tête. Une autre fois, il défonce le mur d'un violent coup de poing. Nos rares soirées entre amis, (alors qu'il m'accable de ses sarcasmes sur ma soi-disant incapacité à cuisiner), deviennent des règlements de compte qui finissent de façon houleuse. C'est ainsi que, hors de lui, il retourne la table, la vaisselle, la saucière, le dîner, les boissons, sur les genoux de nos invités, car il n'admet pas la contradiction.

Il ressemble de plus en plus à un dément entre deux périodes de calme plat. En 2016 on dirait "bipolaire".

Et ses coups de folie continueront à se multiplier dangereusement au fil des années.

 

La Maladie

J'ai compris bien tardivement que mon mari était un malade.

Me revenait alors à l'esprit l'analyse qu'avait réalisé le graphologue lorsque mon époux avait été recruté dans mon entreprise. 

Il précisait entre autre qualités et défauts : "maladie en cours de développement".. A la lecture de ce document, je m'étais interrogée pour tenter de deviner de quelle maladie il pouvait donc s'agir ? Sans succès à l'époque. Je mettais ce commentaire sur le pourcentage d'erreurs plus ou moins admis, susceptible de se trouver dans ce type d'analyse dont étaient friands mes dirigeants lorsqu'un nouveau salarié permanent était en période d'essai. D'ailleurs, ils n'en tiendront pas compte..

Ces problèmes seront évoqués bien des années plus tard, lorsque nous serons confrontés à des psychiatres à propos de notre fille qui, elle, fut qualifiée de schizophrène avec de graves périodes de violence.

La psychose "maniaco-dépressive" est, d'après les médecins, une vraie maladie mentale. 

Pour les bipolaires on ne sait pas ce qui manque dans le cerveau, on sait seulement qu'il manque quelque chose. Il faut souvent un élément déclencheur pour que le mal, latent, explose, le plus souvent entre 30 ans et 40 ans, mais parfois plus tôt.

C'est une maladie que l'on peut dire génétique, sans avoir encore trouvé le gène, mais ce que l'on sait c'est qu'elle est héréditaire. 

On y retrouve la violence, les fureurs de mon époux qui m'ont terrifiée, ses crises, ses sautes d'humeur qui progressivement l'ont rendu invivable et qui conduiront inexorablement à notre divorce. Le tout entrecoupé par de longues périodes de calme, alternance de haute activité puis de bas très.. très bas, qui durent des semaines ou des mois.

Il a fallu que j'aille à la FNAC, que j'achète des livres sur cette maladie, et que page après page je lise la description des symptômes et que, stupéfaite, j'y retrouve toutes les caractéritiques. 

Le malade, me dira-t-on se réfugie dans l'alcool ou la drogue pour survivre.

 

1976 : Les entrepôts Rozéens deuxième année

La première année d'exploitation s'est soldée par un léger déficit, mon époux n'a perçu aucun revenu ce qui n'arrange pas les finances familiales, j'assure seule toutes les charges du foyer.

Cette "aventure" des Entrepôts Rozéens va durer à peine deux ans.

Cela finira en véritable fiasco après une descente de la gendarmerie, puis du service des fraudes, et enfin une garde à vue d'une journée, le tout complété par un contrôle fiscal et un cambriolage organisé par quelqu'un qui lui veut sûrement du bien ! Il clôture cette affaire avec un déficit important d'environ 10000 euros, sans pourtant s'en inquiéter vraiment.

Comme toujours, il me susurre sarcastique : "Démerde-toi, pour rembourser les dettes".

Mais, en attendant, j'ai du mal à joindre les deux bouts, je supprime la femme de ménage de Massy, je réduis les dépenses, j'espace les séances chez le coiffeur, limite ma garde-robes et j'ai du mal à régler la scolarité de notre fille. Mais mon mari ne supporte pas, non plus, le bruit de l'aspirateur qui rugit, le lave vaisselle qui ronronne.

Tout cela doit se passer hors de lui.

**

Il faudrait être rayonnante de bonheur, attentive à ses moindres désirs, être toujours pomponnée comme un top-modèle, maquillée, disponible. Mais, est-ce possible lorsque, exténuée par le travail quotidien du bureau, mes cours à l'IFG, il faut encore passer la serpillière, nettoyer les toilettes ou curer la poêle et la cuisinière ?

Comment fait-on lorsqu'il faut travailler cinq jours sur sept, parfois six, tenir deux maisons, assurer les courses au supermarché, s'occuper à l'occasion du jardin au printemps, tondre la pelouse, rentrer du bois pour alimenter la cheminée l'hiver ?

Seule concession de sa part, il aime cuisiner et je lui laisse bien volontiers cette prérogative, étant moi-même largement occupée par d'autres tâches, notamment les week-ends, car je m'occupe de la comptabilité de son commerce. Oh, bien sûr, il consent à faire quelques petites courses : le pain, la viande chez le boucher, un dépannage chez l'épicier.

Désormais, il est devenu invivable, méprisant, affirmant moqueur, que seule sa cuisine est digne de considération. C'est le seul reproche récurrent dont il m'accable ! De quoi faire rire en catimini tous nos amis qui ne sont pas dupes, pensant ainsi se valoriser lui-même et me rabaisser devant nos rares invités, me ridiculisant autant que possible. Il est arrogant, dédaigneux, heureux d'alimenter les débats, comme si je ne faisais rien de mes dix doigts, et comme si c'était lui qui gagnait l'argent de la famille.

Tous le laissent parler et moi je n'ose guère dire son fait à mon mari, pour ne pas attiser son humeur belliqueuse..

Mais j'affine ma "stratégie" : continuer ma 2ème année d'l'IFG pour m'assurer de meilleurs revenus, tandis que mon époux séjourne à Rozay, même s'il gagne peu ou rien.

Ce dont je suis certains, c'est qu'un jour ou l'autre, je le quitterai définitivement.

Pour l'instant c'est une espèce de "mi-temps", juste pour s'habituer à la séparation définitive. J'ai besoin d'air...

 

Juin 1976 : le bel été, des copains, des copines

Valérie, Daniel de dos, Sydney

Jean-François, Valérie, Carole de dos, Sydney hamac

 

les filles Paoli

randonnée avec le Club de l'éperon - Daniel de dos, Valérie

 

1976 - L'été s'annonce très chaud, une canicule exceptionnelle.

Dans la lourde chaleur de ce mois de Juin, j'organise une petite fête dans notre jardin. Notre fille vient d'être reçue à son brevet, ce qui va me permettre de faire connaissance avec ses copains-copines. La journée se déroule agréablement et, comme c'est un dimanche, mon mari, pour une fois, a tenu à être présent.

Un fait exceptionnel. En espérant qu'il reste calme..

Tous ces jeunes rient, certains disputent une partie de ping-pong endiablée, d'autres lisent des bandes dessinées ou jouent à des jeux de sociétés à l'ombre des arbres. Ils apprécient les pâtisseries et les sodas.

La fête est réussie.

C'est ainsi que je fais la connaissance de Jean-François et Dominique, des jumeaux, et toute leur bande de copains. Ils ont 18 ans. Quelques uns cherchent des jobs d'été afin de se faire un peu d'argent de poche pour partir en vacances au mois d'août. Jean-François, avec son permis tout neuf en poche, se propose pour remplacer le chauffeur qui prend ses congés en juillet au plus fort de la canicule, sans s'occuper des affaires de mon mari. Et celui-ci laisse faire. ...

Cela tombe bien, car à défaut, je ne sais pas comment mon époux aurait pu s'organiser pour livrer ses clients. N'ayant pas son permis poids lourd, il s'est inscrit aux cours d'auto-école pendant l'hiver précédent, mais n'étant ni assidu, ni motivé, il a laissé rapidement tomber, donc dépense inutile.

Pour les autres garçons qui cherchent un job d'été, je leur propose un recrutement en juillet dans ma société. Celle-ci offre des emplois saisonniers pour décharger les camions de fruits ou travailler sur les lignes de fabrication. Les conditions de travail sont archaïques et peu rémunérées, mais ils vont découvrir le monde ouvrier, ce qui en motivera certains pour reprendre sérieusement leurs études. C'est ainsi que Sydney le cousin de ma fille, Thierry et Laurent, ses copains et bien d'autres, travailleront cet été là dans mon entreprise dans une ambiance laborieuse mais joyeuse.

L'année suivante, en attendant leur départ au service militaire, Jean-François, son CAP mécanique auto en poche, sera recruté au service entretien tandis que Dominique, avec deux années de formation comptable, sera affecté au service comptabilité. A leur retour de l'armée, ma société leur propose des C.D.I.. Jean-François démissionnera quelques années plus tard pour se marier et partira en province pour reprendre un commerce, tandis que Dominique, devenu responsable du matériel informatique, sera toujours présent lorsque je prendrai ma retraite.

 

De gros ennuis : la douane volante

Au cours de cette seconde année des "Entrepôts rozéens", les événements vont se succéder dus aux négligences de mon époux, car cet homme s'estime au dessus des lois. Il a toujours le temps, remettant au lendemain ce qu'il doit faire impérativement le jour même. Et avec les taxes sur les alcools, cela ne badine pas.

Je l'ai suffisamment mis en garde, ayant ce genre de contrainte dans mon entreprise.

Si j'attire son attention sur la gravité de ses négligences, il me tourne le dos en me traitant d'emmerdeuse. D'ailleurs, il m'en dit le moins possible et je découvre souvent ses magouilles ou ses négligences par hasard, car il n'en fait qu'à sa tête.

En conséquence, ce qui devait arriver, arrivera fatalement.

Il est contrôlé sur la route alors qu'il livre de l'alcool à un copain bistrot sans avoir rempli les bordereaux d'acquit fiscaux obligatoires. La brigade des douanes et les gendarmes sont à l'affût sur la route, à la recherche d'un gros trafic de camion volé chargé de Ricard et mon époux est immédiatement arrêté. Escorté par les motards, son entrepôt est perquisitionné. Gardé à vue par des policiers pas du tout conciliants, mains en l'air comme pour l'arrestation d'un gangster, il subit un contrôle des stocks à l'improvise et un interrogatoire musclé.

Une journée sous haute surveillance et des ennuis qu'il a bien cherchés !

Ils s'aperçoivent rapidement qu'il n'est pour rien dans cette affaire de camion volé, mais, l'infraction sur les alcools existe bel et bien..

Cet incident provoque, dans la foulée, un contrôle fiscal inopiné des contributions directes, sans préavis, ce qui est inusité. Mais, incapable de répondre aux questions du contrôleur, il se décharge immédiatement sur moi. Selon lui, il assure juste un rôle purement commercial. Pour le reste, il doit me rencontrer !

Facile comme explication... Il m'a refilé le bébé ! Merci du cadeau !

Aucun délai n'est accordé, je dois être présente, dès le lendemain matin à Rozay, avec tous les livres comptables. Je n'ai pas le choix et je prends une journée de congés dans mon entreprise pour répondre à cet impératif.

Heureusement, je suis vigilante et j'ai suffisamment de discussions orageuses avec mon mari pour arriver à équilibrer les comptes. Aucune irrégularité n'ayant été remarquée, ce contrôle finit sans aucun redressement. Par contre, il faut régler une forte amende pour son infraction à la législation sur les alcools, et cela n'arrange pas nos finances !

Il me saoule, mon époux.. avec ses conneries ! Lui qui s'estime si malin.

 

Le cambriolage

Pendant l'hiver, seules les ventes de fuel assurent un semblant d'activité et le chauffeur effectue les livraisons avec le camion citerne. Les ventes de boissons se font rares. Mon mari reste seul toute la journée à attendre d'hypothétiques coups de téléphone, ou des commandes, dans un local vétuste, sombre, situé dans une vaste cour derrière de grands murs. Son bureau est mal chauffé, tristounet, avec des meubles d'une autre époque.

L'hiver c'est sinistre !

Seul un chat errant, prénommé Max, qu'il nourrit, lui tient compagnie. Puis, celui-ci ayant été retrouvé empoisonné, ce sera une chatte tigrée qui sera baptisée Zoé...et que nous adopterons définitivement quelques mois plus tard.

Aussi, pour meubler ses journées, il lui vient comme idée de cimenter le sol d'un hangar qui ne possède qu'une porte coulissante sans verrou pour entreposer les boissons et les alcools, précédemment stockés, sous clé, dans un petit local en retrait au fond de la cour. Je le mets en garde contre des vols probables, d'autant que j'ai remarqué des manquants sur le stock de fuel. Mais, bien évidemment, comme d'habitude, il poursuit son projet, car c'est un entêté, récalcitrant envers toute sage suggestion.

Il ne se soucie guère des dangers provoqués par une telle décision.

Trop souvent absent de son commerce, il ne contrôle rien et laisse les affaires aller à vau-l'eau. De la même manière, les caisses vides de bière ou d'eau s'entassent dans la cour au lieu d'être rendues aux fournisseurs pour être déconsignées, ce qui pénalise lourdement la trésorerie.

Puis, c'est le coup de grâce...

Un matin, mon époux me téléphone à mon bureau. Au son de sa voix je sens bien que rien ne va plus.

Son entrepôt a été cambriolé dans la nuit. Les voleurs ont escaladé le mur d'enceinte et un grillage mal fixé ne les a pas arrêtés. Ils ont dévalisé tout le stock d'alcools, d'apéritifs et de vins fins. Une catastrophe, mais cela n'est pas arrivé par hasard. C'est la conséquence de trop de bavardages, de copinages, de négligences, de portes non cadenassées.

Le voleur n'est pas loin et il est "connu" de mon époux. A vouloir jouer au "dur", il s'est fait arnaquer, c'était couru..

Sous le choc je n'ose penser aux conséquences financières. Mais curieusement, la pression qui m'oppresse s'apaise. C'est la fin de ce cauchemar. Je suis contente d'en finir, même si financièrement je sais que ce sera difficile pour nous. Une page est de nouveau tournée.

L'inventaire effectué les jours suivants laisse apparaître l'ampleur du désastre car il faut régler, en sus, les droits sur les alcools volés.

Cet homme au QI de noisette, fantasque, roublard, bavard, frimeur, ne voulant pas de responsabilités, ne pouvait pas devenir, comme par miracle, un gérant de société bosseur et avisé. Il ne veut surtout pas de contrainte, ment, triche, défie.

Il a engagé contre son propre destin une inutile partie de bras de fer.

****

Nous sommes début septembre, nous décidons l'arrêt définitif de ce commerce. C'est la faillite assurée.

Mon époux se retrouve, de nouveau, sans travail, sans salaire, sans indemnité chômage, avec un découvert abyssal à la banque..

A moi de me débrouiller pour équilibrer les comptes, l'actif et le passif, car il ne se préoccupe pas, non plus, du remboursement de ses dettes. Cela n'a pas l'air de le tracasser outre mesure ou il le cache bien.

Rapidement, j'apprécie d'avoir moins de travail le soir, le week-end. Je peux enfin profiter de mes vacances, je peux souffler. Ne plus tenir sa comptabilité, ne plus subir de discussions grinçantes face aux incohérences de sa gestion.

Quel soulagement !

J'ai repris mes cours à l'IFG avec beaucoup plus de sérénité. J'aspirais à la promotion, aux salaires confortables, seuls moyens pour sortir de l'enfer de ce mariage raté. Mon avenir se trouvait entre mes mains. Je commençais à tracer ma route, à réussir pleinement ma vie professionnelle et j'allais découvrir une autre vie plus valorisante.

l'IFG m'en donnait les moyens. Il me fallait juste une occasion pour quitter mon époux, sans nous entre-tuer.

 

 

zoé

 

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