Biographie Arthur et René Pignard (père et fils)
cliquer sur les photos pour agrandir
Arthur Pignard mon arrière grand père
De la défaite de Sedan à la "Grande guerre"
***
7 juillet 1859 St Evroult-Notre-Dame-du Bois (Orne)
C'est par une journée radieuse d'été que l'on célébre le mariage d'Henri-Baptiste PIGNARD, né en 1839 sous le règne de Louis-Philippe. Il épouse une fille de son village qu'il connaît depuis l'enfance, Joséphine Victoire POTTIER, fille de Jean Prudent, fermier, et de Marie françoise Lesueur.
Les carrioles, décorées de rubans d'organdi, se succèdent et stoppent sur la place de l'église. Par familles entières, les occupants en descendent bien apprêtés dans leurs costumes de cérémonie. Ils n'ont pas besoin qu'on les présente, ils se connaissent tous depuis trois générations. Leurs arrières grands-mères allaient ensemble au cathéchisme et leurs grand-pères servaient dans le même régiment.
Après la Mairie, l'église est vite comble. La cérémonie religieuse peut se dérouler éclairée par de grands cierges et une multitude de bougies tremblottantes. A la sortie de la messe, selon la coutume, et pour porter bonheur aux mariés, les invités lancent une pluie d'épis de blé glanés dans les champs, des pétales de fleurs, des bouquets de bleuets.
C'est un mariage tel qu'on en voit en province, avec de longues ripailles, des figures rouges de paysans et le marié qui souffre dans ses souliers neufs trop petits. La famille, les amis moustachus, les fermiers du voisinage, sont surgis de tous les coins et recoins de la campagne environnante, perdus de vue parfois depuis des années et qui reviennent en ayant en mémoire des souvenirs de brouilles, de fiançailles rompues, d'histoires d'héritages ou de procès... Tout cela se perd dans la nuit des temps !
Dans la cour de la ferme des parents de la jeune mariée, une table a été dressée en plein air sur laquelle trônent des pâtés de lapin en croûte cuits au four, des volailles roties, des gateaux savoureux, le tout arrosé d'un vin blanc bien frais. La fête sera joyeuse.
Puis, le lendemain chacun retournera à son labeur, comptera ses sous et ne s'occupera pas du reste.
les parents d'Arthur, mes arrières-arrières grand-parents
15 décembre 1860 La Gonfrière (Orne)
Dans une aurore livide qui peinait, Arthur, Louis, Victor PIGNARD (mon arrière grand-père) voit le jour au domicile de ses parents à 7 heures du matin, au hameau de la Gudière. Son père, Henri, est sorti frapper aux portes des voisins pour leur crier sa joie "c'est un fils". Il était si inquiet de la naissance de ce premier enfant à une époque où les femmes et les nouveaux-nés mouraient souvent des suites de l'accouchement. Ils ont alors tous deux 21 ans et sont mariés depuis un an.
C'est ainsi qu'en cette journée d'hiver glacial, avec des nuages bas couleur de plomb et alors que la brume envahit les champs endormis, son père ira jusqu'au village alerter Louis François Gibory, le Maire de la Commune, car il fallait déclarer son fils. Celui-ci lui demanda calmement de revenir dans la soirée avec deux témoins.
Tout heureux, courant à travers le bourg, il alla chercher deux amis qui seront Jacques Victor Froger, 34 ans, cultivateur et l'instituteur Jean Baptiste Brout 48 ans. L'administration républicaine prit acte de la naissance de cet enfant à 7 heures du soir, à la nuit tombée. Le père apposa une croix en bas du document car il ne savait pas signer.
Tous les voisins admirèrent le nouveau-né qui sera baptisé le lendemain dans l'église du village. Henri, journalier et cantonnier de son état, aura une vie rude et fera des petits travaux pour les uns et les autres. Il va élever quatre enfants ce qui ne sera pas chose facile : trois garçons et une fille.
6 Août 1866 Campneuseville (Seine Martime)
Naissance de Juliette Antoinette DERCOURT dans un petit village à la limite de la Somme, fille de Jean-Baptiste, tailleur de verre et de Désirée Florentine Payenneville. Juliette deviendra l'épouse d'Arthur Pignard.
Le monde industriel fait contraste avec le monde rural, car il change et les vieilles verreries, fonctionnant au bois, installées depuis le XVIIIème siècle par les gentilhommes verriers seront remplacées par de nouvelles usines qui utiliseront désormais le charbon, la houille extraite du sol, qui arrivera par le train.
1850-1868
Nous sommes sous Napoléon III. Il ne donne pas dans la nuance et tout ce qui peut porter le ferment de la sédition est étroitement surveillé. La politique intérieure est autoritaire et, pour la grandeur de l'Empire, la politique extérieure devient conquérante. Il veut faire de la France une grande puissance, voilà son obsession. Pour atteindre son but : c'est la guerre et l'expansion coloniale : l'Afrique, l'Algérie, la Cochinchine et le Cambodge. On y envoie les fortes têtes et les repris de justice..
Il veut donner à Paris le visage de ville moderne et des grands travaux sont entrepris qu'il confie au Baron Haussmann. Il fait raser les vieux quartiers pour créer de larges avenues bordées d'hôtels particuliers. Dix sept années de travaux titanesques : les grands espaces verts sont créés, les égouts sont réalisés, l'eau et le gaz désormais disponibles à tous les étages, les rues sont éclairées...
Les capitaux et les locomotives se mettent à circuler, à prendre de la vitesse... tandis que les premières halles centrales sortent de terre, sous les pavillons Baltard, près de l'église Saint Eustache, afin d'approvisionner les parisiens en produits alimentaires.
La France est devenue prospère. Les grèves, interdites jusqu'en 1864, sont désormais autorisées.
1870
Bismarck a réalisé l'unité Allemande.
19 juillet 1870
Après la guerre de Crimée contre les troupes Russes, puis le conflit avec le Mexique, Napoléon III a déclaré la guerre à la Prusse.
Les chemins de fer, très développés en Allemagne, permettent aux Prussiens de se porter en très peu de temps sur le Rhin, avec leur puissante artillerie : des canons précis et robustes qui sortent de la société Krupp. L'armée française, dont beaucoup d'officiers ne possèdent pas même une carte d'état major de la région où ils se trouvent, recule dès les premiers affrontements. En deux jours 20000 soldats français ont été tués ou blessés. 83000 autres sont fait prisonniers.
C'est un désastre, c'est Sedan, et la chute de l'Empire.
La IIIème République est proclamée dans la liesse.
19 septembre 1870
Les Prussiens, les voici, arrogants et exigeants, ils encerclent Paris. Ils ne veulent qu'une chose : obtenir l'Alsace, la Lorraine, les mines de fer. Mais, pour l'instant, ils bombardent la capitale pendant 3 semaines et sèment la panique. Le blocus est si efficace qu'il n'y a plus rien à manger. Après les chats, les chiens, les chevaux, on mange aussi les animaux du jardin d'Acclimatation. Finiront même en pâtés, boudins, Castor et Pollux les deux éléphants que connaissent bien tous les petits Parisiens.
Les rats finissent par être au menu et seuls les pigeons voyageurs permettent de communiquer avec l'extérieur.
Gambetta quitte la capitale en ballon mais ne parvient pas à éviter la défaite.
mai 1871
A Paris, l'aventure des Communards va se terminer dans le sang et l'horreur. Paris brûle : le Palais des Tuileries, l'Hôtel de Ville, le Quai d'Orsay, le Palais de Justice, le Palais Royal sont bourrés de poudre. Tout explose et flambe. C'est la guerre civile. Cinq fois plus de victimes en une semaine que pendant la Terreur de 1793/1794.
Les condamnations à mort sont à l'ordre du jour et pour d'autres c'est la déportation en Algérie et Nouvelle Calédonie.
Mais c'est également la signature du traité définitif de paix avec l'Allemagne. Une clause précise que la France sera occupée jusqu'à la fin du paiement de la dette de guerre : cinq milliards de francs or. Les Français vident leurs bas de laine.
30 janvier 1875
Napoléon III s'est exilé en Angleterre. L'école publique devient gratuite et obligatoire. La France va s'enliser dans la colonisation, tout en préparant la terrible revanche de 1914/1918.
1878
Après avoir été bûcheron comme ses ancêtres, Arthur Pignard ira travailler à la verrerie de Saint-Evroult-Notre-Dame-du-Bois. En effet, le développement d'industries à proximité des zones rurales sont autant d'incitations à demeurer sur place pour trouver du travail.
Leur attrait essentiel est la stabilité et la régularité des rémunérations avantageusement comparées à la précarité de l'emploi et le caractère aléatoire des revenus agricoles. Plus tardivement, l'assistance, la protection sociale, les allocations familiales pousseront nos ancêtres à déserter le milieu rural. Grace aux nouvelles lois scolaires instaurées par Jules Ferry dès 1880, des écoles communales sont bâties dans tous les petits villages permettant aux enfants d'être scolarisés. Le réseau ferroviaire tisse sa toile, les petites gares et les bureaux de poste sortent de terre.
verrerie de St Evroult
1880
En Haute-Normandie, les verreries situées le long de la voie ferrée fonctionnent désormais en utilisant le charbon. Elles pratiquent les avancées technologiques les plus modernes, techniques qui n'ont pas pénétré dans les verreries de la forêt utilisant encore le bois. Certaines, devenues obsolètes, fermeront à cause de leur manque d'adaptation. D'autres sauront prendre les virages nécessaires au bon moment.
C'est dans ce contexte, qu'entre 1870/1880, la famille DERCOURT, chassée probablement par la fermeture de certaines verreries, vient s'installer définitivement à St-Evroult-Notre Dame du Bois dans l'Orne. Jean-Baptiste DERCOURT, le père de Juliette est recruté dans la verrerie du bourg et les deux familles vont vite sympathiser.
Les années passèrent et Arthur tomba sous le charme de Juliette, bien jolie avec ses beaux yeux pétillants couleur d'azur.
Il finit par concéder qu'il rêvait de mariage..
21 mai 1884
La Loi Waldeck-Rousseau accorde la liberté de création de syndicats. Les ouvriers revendiquent de meilleures conditions de travail et déclenchent des grèves. A celles-ci le patronat oppose le lock-out. Les ouvriers sont sans ressource et sans salaire pendant des mois. Ils reçoivent des aides des Fédérations. Certains ouvriers licenciés ne retrouveront pas de travail dans la vallée de la Bresle. Ils devront quitter leur région : ils sont marqués "au fer rouge".
D'autres familles de Campneuseville sont venues s'installer à Tourouvre ou à St Evroult pour travailler dans les verreries. La famille "Bruhier", par exemple, dont un fils se marie avec Adeline Pignard, branche cousine.
Aux grèves, défilés, manifestations, chants séditieux de l'Internationale et La Carmagnole, les patrons opposent une baisse de salaire ! Cela déclenche les hostilités. Le patronat ferme les usines.
Dès 1901 les associations deviendront légales tandis que la séparation de l'église et de l'état défrayera le chronique et se mettra en place dans la douleur.
17 Octobre 1884 à Saint-Evroult-Notre-Dame-du-Bois
saint évroult notre Dame du Bois
Sur la place de l'église inondée de soleil, les invités attendent les futurs époux en criant "vive la mariée". Il faut passer tout d'abord à la Mairie pour gagner ensuite l'église, ce qui fut fait rapidement car elle se trouve de l'autre coté de la place.
C'est ainsi qu'Arthur PIGNARD passa la bague au doigt à Juliette DERCOURT. Ils ont 23 et 18 ans.
Les cloches carillonnent comme un dimanche de Pâques et les jeunes gens, dans le cortège, chantent tout en jetant des fleurs. De retour dans la maison des parents du marié, les amis viendront les féliciter. Tout le monde semble heureux de participer à une telle noce, un évènement qui les change de l'uniformité de leur vie quotidienne et qui les délivre d'une journée de travail à la verrerie.
Des tables ont été dressées, nappées de blanc et garnies de petits bouquets de roses, des dragées placées dans de petites coupelles, une barrique de vin installée. Tous se pressent pour fêter l'évènement et prendre un remontant pour apaiser les émotions. Les invités attendent le repas en triquant joyeusement et la joie éclate sur tous les visages car un véritable festin les attend.
Après les chants, les danses, les farandoles, les jeunes mariés s'échappent dans un moment d'inattention des invités. Une nuit inoubliable, bien sûr, dont nul ne parlera jamais, sinon pour raconter le dépit des jeunes invités qui les ont cherchés en vain !
Le jeune couple avait trouvé, sans trop de difficultés, au coeur du bourg, un petit logement de trois pièces qu'ils meubleront difficilement et où, au fil des années, naîtront leurs quatre enfants :
- Henri Florentin, le 18 juin 1887,
- René Ulysse Baptiste, le 26 novembre 1888 (mon aïeul),
- Thérèse Ernestine Clémence, le 13 juin 1892,
- Bérengère Eugénie, le 13 avril 1895.
La vie continua, peuplée de projets et d'espoirs dans une vie rude d'ouvriers de la verrerie. Les enfants seront scolarisés.
1900
Début d'un siècle qui allait voir changer le monde plus vite qu'au cours de tous les précédents.
1905
Le couple formé par Arthur et Juliette se sépare, la mésentente est irréversible. Il est vrai que les verriers ont la réputation de boire "sec", la chaleur attisant la soif. L'alcool et le caractère bouillant d'Arthur transformait leur relation en cyclone, ce qui aurait pu dégénérer en drame à n'importe quel moment. Avait-il une aventure, avait-elle un amant ? Elle fit ses valises un soir d'été orageux. Ils se quittèrent bons ennemis.
Juliette s'installe à Paris avec ses deux filles et entame une procédure judiciaire de séparation de corps et de biens. Pour survivre, elle prend en gérance une crémerie Maggi.
Arthur resté à St Evroult continue de travailler comme verrier. L'entreprise produit des flacons de parfumerie, pharmacie, vendus en France, Angleterre, Espagne. Elle emploie environ 120 ouvriers vers 1914, seulement 17 en 1919 et ferme définitivement ses portes en 1935
1906
Dès leurs 18 ans, Henri et René, les fils d'Arthur, seront convoqués au conseil de révision.
Nus comme des vers, en file par ordre alphabétique, sourire niais aux lèvres, ils souhaitent être reconnus "bon pour le service". Ils sont dans la hantise de la réforme, devenant, dans cette dernière hypothèse, un parti douteux pour les filles méfiantes et un bon à rien pour les patrons.
Il était de tradition, au sortir du conseil, d'aller festoyer à l'auberge et de fêter l'évènement en se saoulant. Aussi, les futurs biffins firent grand chahut en chantant "La Marseillaise" dans les rues de la ville. Ils prirent une cuite mémorable pour arroser ce qu'ils considéraient être leur certificat de virilité ! Ils étaient aptes à combattre pour leur pays, puisque, dès l'école primaire, on leur avait enseigné qu'il était impératif de reprendre l'Alsace et la Lorraine.
Quelques mois plus tard le facteur apportait leur feuille de route et les deux frères effectuèrent, dans l'infanterie à Alençon, leur service militaire de 1909 à 1911, soit trois ans. La réserve active durait neuf ans.
Dociles, ils suivirent le mouvement, qui consistait à faire le guignol sous les engueulades des juteux : alignement et défilé au pas, se mettre en file à tout bout de champ, du premier coup de clairon à l'extinction des feux. File pour le rasage des crânes, les vaccinations, le paquetage, corvées de chiottes ou de pluches, file pour toucher un fusil et le rendre, file à la cantine, file pour la douche, file pour l'équipement ...
Il fallait de toute façon obéir car la rudesse de l'accueil, la violence des ordres ne laissaient guère de choix. De l'apprentissage de la discipline, du maniement des armes, des marches à pied, des manoeuvres de nuit, ils durent s'accommoder. La discipline était de fer.
Au bout de ces trois années perdues et de galère, c'est avec soulagement qu'ils dirent adieu à la caserne. Ils furent heureux de reprendre leur vie comme avant.. une vie pleine de projets. Ils ignoraient qu'ils deviendraient la chair à canon du grand massacre qui, déjà, s'annonçait.
Ils étaient bons pour les tranchées...!
caserne d'Alençon
1906
Les patrons posent, comme condition à la reprise du travail, la désyndicalisation des ouvriers, ce que ces derniers vont devoir accepter. Ils obtiennent cependant la réduction de l'horaire de travail qui passe de 12 à 10 heures, l'amélioration des conditions de travail pour les femmes et les enfants ! Les conflits entre patrons et ouvriers vont se succéder jusqu'en 1914.
13 avril 1912 à Saint-Pierre-des-Loges
l'Eglise
En avril, les pommiers sont en fleurs, le ciel d'un bleu intense poudré de petits nuages blancs. Les chevaux sont enrubannés, pomponnés, les harnais ornés de roses printanières. De beaux percherons attelés aux carrioles amènent de nombreux convives endimanchés, des cousins du voisinage, des amis des alentours chargés de fleurs et de menus cadeaux. La marmaille s'éparpille en criant dans la cour de la ferme, faisant fuir les poules et les canards dans de grands battements d'ailes.
Arthur Pignard, le père de René, et Victorine Gosnet, veuve depuis 9 ans, la mère de Madeleine sont heureux de marier leurs enfants. C'est un coup de foudre réciproque qui les avait frappés deux années plus tôt, dans les flonflons de la fête du bourg voisin et par une fin de juin torride.
La future épouse est la fille cadette d'agriculteurs aisés. Après l'échange des anneaux, des serments à la Mairie, la cérémonie religieuse se déroule dans le coeur de l'église du village où elle est née. Quelques jours avant, ils avaient signé un contrat de mariage chez le Notaire, Maitre Beillet à Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe. Ils ont 23 et 18 ans.
Arthur, le père du marié, porte beau avec ses 52 ans et son costume qu'on ne lui a jamais vu. Sont présents également, Henri Pignard 74 ans, un peu guindé et sa femme Joséphine, 73 ans, les grands parents de René mais aussi Henri son frère aîné. Seule la mère du marié est absente ayant donné son consentement par écrit, car elle ne voulait pas revoir ce mari avec qui elle s'est brouillée et qu'elle a quitté quelques années plus tôt.
Léon, le frère de Madeleine est accompagné de sa femme Blanche, de son fils Paul, mais aussi de Lucienne et Aimée ses soeurs. Lucienne est déjà mariée avec Henri Hurel, cultivateur, qui sera Maire de St Pierre des Loges pendant plusieurs mandats.
Léon et Louis Gosnet un cousin de Bellême seront les témoins de l'épouse, Henri son frère et Jules Boillet, un ami verrier de St Evroult, témoins du marié.
Des tables recouvertes de nappes blanches sont installées dans la grange transformée pour l'occasion en salle de réception et la mère de Madeleine s'active aidée par quelques voisines et journalières pour apporter boissons et victuailles. On tranche la viande, on découpe la volaille, les plats sont pillés, les tonnelets vidés. La fête est joyeuse, les rires fusent, chacun a le feu aux joues.
A la fin du repas, après les désserts et les tartes aux fruits, une fois les tables débarrassées, les bancs et les chaises poussés, on sortira l'accordéon et l'harmonica, puis tout le monde allait chanter et danser jusque tard aux sons de l'orchestre. On avait installé un petit éclairage de fortune. Les vieux écoutaient la musique, en surveillant la jeunesse du coin de l'oeil, tout en parlant du prix des bêtes, des récoltes, des fermes données en métayage et du temps qu'il fera demain.
Quelques-uns se réveillèrent le lendemain matin avec la tête bien lourde. D'autres, ne rentrèrent chez eux que grâce à la bonne volonté des chevaux qui, habitués au parcours, connaissaient le chemin de l'écurie sans avoir besoin de l'entière lucidité de leurs maîtres.
Nos ancêtres, sans télévision, sans confort, aux conditions de vie difficile, avaient le don de la fête !
janvier 1913
Après l'euphorie de ce mariage, les nouveaux mariés seront tentés par la grande ville car tous vantaient les attraits de la capitale depuis l'exposition universelle de 1900. Et ce sera le départ vers Paris pour rejoindre Juliette la mère de René. Son frère Henri, employé de commerce est déjà parti. Le temps de plier quelques bagages et le couple fonce vers la capitale.
Paris... Paris, le mot magique, Paris et ses Boulevards, ses monuments, ses Grand et Petit Palais le long de la Seine, ses grands magasins illuminés et ses terrasses de cafés. Paris des élégantes, des courtisanes.
La gare de Sainte Gauburge
Alors que de gros nuages gris galopent dans le ciel couleur granit, les jeunes époux prirent le train à Sainte-Gauburge, tiré par une locomotive hurlante et fumante qui venait d'accoster au quai. Ils montèrent dans un wagon de troisième classe, s'assirent sur des bancs en bois, en vis-à-vis, contre la fenêtre. Le chef de train ferma les portières et le chef de gare siffla le départ en agitant un drapeau. Le train s'ébanla par à-coups puis glissa à travers des prairies, longea des rivières, traversa des forêts.
Dans le train qui les ballottaient, s'arrêtant dans toutes les petites villes, le trajet leur paraîtra bien long, bercés par le bruit infernal des roues et les secousses du wagon de bois. Arrivés à la gare Montparnasse, au bas du grand escalier, ils prirent une calèche, étonnés par l'agitation, les immeubles gris, les rues encombrées de voitures automobiles, d'omnibus à impériale et de chevaux dont les sabots claquaient sur les pavés.
Ils s'installèrent dans une chambre meublée, près du domicile de Juliette 47 rue de St Mandé. Quelques mois plus tard, ils emménagèrent rue de Paris toujours à Montreuil-sous-Bois, dans un logement plus vaste..
Ah ! la ville lumière, c'est autre chose, tout y est plus gai et il y a du travail. Des nouvelles usines sortent de drôles de voitures, rigolotes et rapides : Citroën, Renault. Des hommes audacieux inventent l'aviation. On y construit le tramway, le métropolitain et nos jeunes mariés seront effrayés par le bruit, il roule si vite comme un grand serpent souterrain.
mars 1913
René PIGNARD est énergique et audacieux. La besogne ne lui fait pas peur, il s'improvise métallurgiste.
Mais le bonheur ne dura guère !
1er Août 1914
A la campagne, les épis mûrs s'entassent, la moisson sera bonne. Pour les écoliers, c'est le début des vacances.
Soudain, les cloches, comme devenues folles, se répondent au dessus des champs jettant les gens hors de leurs logis, de leurs échoppes, de leurs étables, les tirant de leurs champs. C'est l'appel impérieux du tocsin, il faut se rendre immédiatement à la Mairie. Les villageois courent aux nouvelles, à pied, à cheval, en charrette. Les gens s'apostrophent comme si l'ennemi était à leur porte.
A la ville, le tambour du garde-champêtre fait dresser l'oreille. L'employé municipal achève de coller, sur les murs, une affiche ornée de drapeaux tricolores : "ordre de mobilisation générale". Le pays tout entier est frappé de stupeur : certes, les habitants avaient bien lu, dans les journaux, qu'un archiduc autrichien avait été assassiné quelque part en Europe centrale, mais de là à provoquer une mobilisation générale !
Les conscrits de 1908, 1909, 1910 sont appelés sur le champ. Voilà pour les fils d'Arthur.
Dans la foulée, on réquisitionne les chevaux, les ânes, les mulets et... les cochons pour l'approvisionnement des troupes.
2 Août 1914
Les fils d'Arthur, Henri et René, vont devoir rejoindre la caserne et aucun ne le fait avec enthousiasme, contrairement à ce que l'Histoire a bien voulu nous faire croire. Tous deux sont incorporés au 104ème régiment d'infanterie d'Alençon.
Bientôt, avec des centaines de rappelés auxquels ils emboitent le pas, ils passent les grilles de la grande cour de la caserne où des juteux font l'appel, compagnie par compagnie. L'intendance peine à habiller tout le monde, face au gonflement soudain des effectifs.
Pour tous, une seule idée : vite partir à la guerre et revenir au plus tard pour Noël.
René, déjà marié, a du abandonner sa femme, la séparation est cruelle, mais on doit faire son devoir, face à ce que chacun considère comme une agression allemande. Les deux frères vont se réconforter à coup de "ce sera une promenade jusqu'à Berlin" et ils veulent rester optimistes.
Sur le quai de la gare, l'excitation est joyeuse malgré la gravité du moment, tout le monde parle fort pour couvrir les hauts parleurs qui lancent des appels au calme. Les wagons sont bondés de soldats et c'est le départ vers l'inconnu. Quelques-uns, fiers comme des cadets, ne savent pas encore qu'ils auront bientôt leurs noms gravés, un jour, sur un monument qui restait à construire.
Le parcours du train est sans cesse détourné, allongé, ralenti, la locomotive freine en permanence car les voies sont encombrées et les convois pressés demandent le passage à grand renfort de coups de sifflets. Les soldats ont tout le temps de boire, de déguster le saucisson sec sorti de la musette et d'épuiser le répertoire des chansons familières : "auprès de ma blonde", la tonkinoise", "l'Alsace et la Lorraine"..
10 Août 1914
Pour les mobilisés, les débuts de la guerre s'avèrent peu différents de l'époque du service militaire : des kilomètres à pied pour l'infanterie, barda sur le dos pour rejoindre le front, l'entraînement à la charge, sabre au clair pour la cavalerie. Le contact avec la réalité est brutal : des régiments entiers sont cloués au sol par l'artillerie lourde allemande. Les charges à la baïonnette, prônées par les règlements militaires sont meurtrières... pour les assaillants. Des régiments sont quasi anéantis par les mitrailleuses allemandes sans même avoir aperçu un ennemi et ce fut le début d'une débâcle qui allait s'achever seulement sur la Marne. Ils étaient loin, très loin, de leurs rêves de victoire pour récupérer l'Alsace et la Lorraine..
L'enthousiasme du départ retomba brutalement face aux premiers morts déchiquetés par les obus, les chevaux éventrés, les camarades blessés ou mutilés. Il fallait obéir, courber l'échine sans se plaindre, ne pas poser de question.
15 Août 1914
Les soldats reprennent l'offensive, attaquent, chargeant en terrain découvert, car tout vaut mieux que cette interminable et abominable retraite. Les officiers tombent en premiers, tués ou blessés, car restés debout pour observer un ennemi qu'ils ne voient pas. Les soldats français avec leurs pantalons rouge garance sont bien visibles et tirés comme des lapins. L'avancée sera de courte durée.
25 Août 1914
Dès cette date, les armées battent en retraite, talonnées par les régiments allemands. Il faut reculer, abandonner des villages dont les habitants effarés les regardent passer avec désespoir, sous un soleil de plomb.
La stupeur est générale et un début de panique jette les réfugiés sur les routes.
Les fantassins alignent des étapes de plus de 60 kilomètres par jour, chargés de près de 30 kilos d'équipement. Les cavaliers épuisés dorment sur leurs chevaux. Dans de telles conditions le moral est au plus bas. Les soldats n'ont pas accès aux secrets de l'Etat-Major, mais ils se rendent compte rapidement que les événements ne vont pas au gré des prévisions même les plus alarmistes.
7 Septembre 1914
Les Allemands approchent dangereusement de Paris. Joffre organise la retraite et lance une contre offensive. Les taxis parisiens seront réquisitionnés pour transporter des troupes fraîches qui, avec les Britanniques, contribuent à la Victoire de la Marne. Les Allemands reculent, la France envoie la cavalarie dans le meilleur style des siècles passés. Aucune victoire décisive n'est enregistrée face aux canons de gros calibres capables de lancer des obus de plus en plus gros et meurtriers.
30 septembre 1914
Les combattants des deux camps décident de s'enterrer pour résister sur place. Ils découvrent un nouveau mode de vie : la guerre des tranchées qui va se poursuivre des années..... Ils vont se terrer le fusil au poing et tenir avec la ténacité du paysan habitué aux durs travaux des champs. Une guerre totale jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien, plus de villages, plus d'abris, plus de tranchées, plus d'hommes.
"Tenir" "Tenir", les gradés n'avaient que ce mot à la bouche.
Noël 1914 - Saint Pierre des Loges
Il neige des flocons trempés, le ciel est crevé d'averses blanches et drues tandis que déferlent des nuages affolés. Les sautes de vent giflent cette foule de parapluies noirs qui se presse vers l'église..
Pour les familles, les nouvelles du front sont mauvaises. Les coeurs sont tristes, le village tremble pour ses fils absents. A l'église, dans la lumière tamisée des cierges et l'odeur d'encens, il n'y a que des femmes, des vieux et les chants n'ont pas effacé la peur, tandis que les grains des chapelets glissent machinalement entre les doigts des mères et des épouses éplorées. Elles prient pour que les soldats reviennent vite, qu'ils retrouvent tout ce qu'ils ont aimé : leurs enfants, la chasse et leurs chiens, leurs pantoufles fourrées, les bons repas...
Quelques-uns murmurent : "On n'a pas fini d'en voir..". Désormais, les messes d'enterrement seront plus nombreuses que les messes ordinaires dédiées aux soldats en première ligne pour le salut de leur âme...
Le glas n'arrétera plus de sonner.
Janvier 1915
Noël est passé et les soldats ne sont pas revenus, contrairement à ce que les autorités avaient affirmé au début du conflit. Même le soleil n'ose plus se montrer et passe ses journées caché derrière d'amples nuages couleur de deuil.
Les offensives vont se succèder, il faut monter à l'assaut et les fantassins français vont s'abattre sur les barbelés, les chevaux de frise et les mitrailleuses des lignes allemandes. Par chance, mon grand père ne fera pas partie des premières vagues et il parviendra à s'enterrer au creux de la terre gelée, le froid paralysant la guerre et les combattants..
mars 1915
Les pertes sont nombreuses, catastrophiques. Le froid laisse place à la pluie, ce qui n'est pas plus facile à vivre pour les hommes épuisés qui piétinent dans la boue. C'est un miracle que d'être encore en vie.
5 Août 1915
Arthur et Juliette s'inquiètent pour leurs deux fils, chacun de leur coté, car nombre de soldats seront blessés, gazés, et connaîtront, au fils des mois, des retours à l'arrière du front, couchés sur la paille dans des wagons à bestiaux ayant servi aux transports des chevaux et jamais nettoyés. La gangrène fait des ravages et guette les hommes blessés, estropiés, gazés, en faisant presque autant de morts que les balles et les obus allemands.
1917
Deux années pour rien, le front ne bouge pas, la guerre de position dure dans une sorte de flou effrayant. La fin de cette folie ne s'annonce d'aucune façon. Au contraire, des régiments entiers vont disparaître....
Mon grand-père paternel vivra sous la mitraille et la mort n'a pas encore voulu de lui.
A quoi tenait sa vie ? Au pur hasard, au miracle.
mars 1917
Puis, les soldats connurent les lance-flammes et le gaz moutarde.
Pourtant, c'est une belle journée pleine de soleil, avec une brise légère qui annonce le printemps. La colline se couvre, soudain, d'un nuage jaunâtre et la peur des gaz se transforme en monstrueuse angoisse. Les soldats suffoquent, vont-ils tous crever comme des rats enfumés ? La douleur est intolérable pour ceux qui n'ont pas trouvé leur masque. Leurs poumons brûlent, les faisant suffoquer et, très vite, s'étouffer sur place sans que l'on pût les secourir.
Mon grand père René a senti très nettement le gaz pénétrer dans ses bronches. Il n'a pas perdu trop de temps pour mettre son masque, du moins beaucoup moins que certains de ses camarades qui agonisent sous ses yeux. Il tousse douloureusement, la poitrine en feu, les yeux rougis, les mains et le visage couverts de plaques urticantes qui le démangent atrocement. Il lui semble qu'il crache du sang. Ses jambes ne le portent plus.
Les hommes crient "à l'aide", on les traînent sur son dos, on les installent au bord d'un trou d'obus en attendant les civières qui tardent.
Les brancardiers arrivent enfin avec pour mission de secourir les gazés. Mon grand père, incapable de marcher car il n'arrive plus à respirer, sera transporté au poste de secours où les blessés reçurent des soins dérisoires sans aucune efficacité : de simples pansements sur les yeux, sur leurs brûlures et aucun médecin ne sait traiter les dégâts dans les bronches, dégâts qui sont irréversibles.
Un tri fut effectué par un Médecin débordé qui décidera l'évacuation des gazés et ils resteront, meurtris, étendus sur des civières pouilleuses jusqu'à l'hôpital militaire où les blessés arrivaient tous les jours à pleines fournées. Beaucoup d'entre eux râlent doucement, psalmodiant dans leur délire le nom de leur mère ou de leur épouse. D'autres gémissent ayant perdu la raison.
La mort est devenue inévitable, une fatalité, une délivrance.
Il est soigné par des inhalations à base de camphre pas vraiment apaisantes et par des pommades sur les brûlures aux mains et au visage. La souffrance lui fait oublier tout ce qui est étranger à cette salle commune dans laquelle on meure ou on vit presque par hasard. Les plaintes des blessés interdisent, la nuit, un sommeil réparateur.
Transféré par train sanitaire, il rejoindra plus tard la ferme familiale pour sa convalescence, supportant difficilement les quintes de toux qui lui arrachent les bronches. Loin du front et près de sa femme, il appréciera la douce rumeur que fait une cour de ferme au printemps ; le roucoulement des pigeons sur le toit ; les gambades joyeuses des poulains dans le pré voisin et le "cot-cot-cot" engourdi de la volaille heureuse de picorer des graines.
Comme il fait bon de rester assis sur une chaise, près de la porte ouverte, la tête à l'ombre et les pieds au soleil sans penser à rien, avec, à ses pieds, le vieux chien qui regarde passer les souris, en oubliant l'espace d'un instant l'horreur de la guerre.
Jamais il ne retrouvera, pourtant, l'aisance de respirer de son adolescence.
Puis, il y a le retour au front dans des conditions inacceptables pour une armée en guerre : trois jours, trois nuits, assis sur le sol des wagons de marchandises, convoyés de la même façon qu'un colis sans conscience, affamés et transis, silencieux dans le silence pesant, tantôt roulant vers l'inconnu, tantôt rangés sur une voie de garage comme oubliés.
11 août 1917
Ce jour là, au Mont Cornillet, de sinistre mémoire, l'aboiement des canons n'en finit pas. Il pleut, encore plus que d'habitude, des obus qui tuent. Des hommes meurent, d'autres sont affreusement blessés, mutilés, quelques uns indemnes, ébahis comme des miraculés, n'en reviennent pas d'être encore vivants. Ils ont tous dépassé largement la peur, jusqu'à l'oublier.
Blessé par un éclat d'obus au visage, mon grand père René est évacué.
Ils croiseront des convois de troupes qui montent sur la ligne de front, à pied, en carriole, en camion, et qu'il faut laisser passer en se serrant du mieux qu'on peut sur le bas coté de la route. Les hommes, les jeunes devenus mobilisables, habillés désormais de bleu alors que les bandes molletières sont toujours d'actualité, les regardent d'un air effaré tels des animaux menés docilement vers le grand abattoir.
Dans les villes traversées, les femmes pleurent, les hommes, les vieux, retirent leur chapeau quand passe le convoi de renfort allant vers le front, vers l'enfer. La guerre, les civils la lise dans les journaux. Ils s'arrangent avec elle, comme on le fait avec des mauvais rêves.
Paris est si oublieux !
janvier 1918
A l'armée, sur le front, on commence à croiser les premières divisions US. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ces soldats aux allures de grands enfants et de cow-boys que les français dépenaillés découvrent avec stupeur. Ils sont bien nourris, bien vêtus, bien rasés, maniaques de l'hygiène, et ne connaissent que trois mots : Lafayette, mademoiselle, cognac.
S'ils savaient ce qui les attend ! disent certains poilus avec la conviction qu'une telle horreur, une telle hécatombe, ne pourra jamais s'arrêter et que ces Américains, ces Canadiens se feront déchiqueter par les obus, loin de la terre où ils sont nés.
La guerre n'en finissait pas et continua encore pendant de longs mois.
11 novembre 1918
Onze heures : moment magique où toutes les cloches des églises se mettent à sonner à toute volée : la guerre est finie. Arthur et Juliette n'arrivent pas à y croire. Leurs fils vont revenir. Le silence va reprendre possession des champs de bataille. C'est la victoire, celle des larmes, de la douleur pour tant de familles en deuil qui ne reverront jamais les leurs : les fils, les frères, les maris, tous "morts pour la France".
La France était restaurée dans ses frontières d'avant 1871. Mais comment oublier cette hécatombe ?
27 décembre 1918
Décès à 80 ans, de Henri Baptiste PIGNARD, père d'Arthur, à St Evroult. Il a attendu avec tant d'anxiété le retour de ses petits fils Henri et René. Il peut désormais "partir" tranquille. Ne dit-on pas que cette guerre est "la der des der" ?
1919
René, le fils d'arthur s'installe à Echauffour, dans des fermes en métayage, avec sa femme et ses deux fils : Maurice et Roger. Ses poumons détériorés par les gaz lui interdisent de reprendre son métier de verrier. C'est dans cette campagne normande que naîtront leur trois filles : Odette, Paulette, Renée.
22 avril 1924
Victoire POTTIER, la mère d'Arthur, quitte ce monde chez son fils Frédéric à Beaufai (Orne).
1929
la verrerie du bas Meudon
Mon grand père René Pignard et Madeleine son épouse se réinstallent à Nanterre où naitra Germain, puis à Meudon, 49 route de Vaugirard, dans des logements mis à disposition des salariés par la verrerie et cristallerie de la ville, où viendra au monde Raymond.
2 septembre 1930
Mais la vie de la famille bascule définitivement en cette fin d'été.
René 41 ans, est tué lors d'un accident sur la voie publique devant le 175 de la route de Versailles à Chatenay-Malabry (92). Curieusement, sur son acte de décès, il est déclaré livreur. Peut-être de la verrerie ? Il est inhumé au cimetière de Thiais.
Sans le père, la vie est difficile, la famille manque de tout. Elle est aidée par le bureau de bienfaisance de Meudon : 20 kilos de pain, 20 livres de lait par mois, des chaussures pour les enfants.
31 mars 1932
Mais Madeleine Gosnet tousse de plus en plus souffrant de poussées de fièvre allant jusqu'à 40°. Elle est hospitalisée à Versailles le 31 mars puis le 18 avril 1932 dans un état très grave. Les deux plus jeunes enfants sont également hospitalisés pour une bronchite.
25 avril 1932
Madeleine, décède à 38 ans à l'Hôpital de Versailles (Seine-et-Oise), épuisée par des grossesses successives, minée par le chagrin, les privations, la tuberculose, le mal du siècle. Elle laisse sept enfants, le plus jeune n'ayant pas encore deux ans. L'aîné étant mon père.
Commencent, pour cinq d'entre eux, de longues années passées dans des orphelinats où leurs conditions de vie seront difficiles.
18 Août 1939 Saint Evroult-Notre-Dame-du-Bois
Au lieu-dit "la mare des forges" à 40 mètres de son domicile, on retrouve le cadavre d'Arthur Pignard, 79 ans, flottant dans la mare. D'après l'enquête, il s'agirait d'un décès accidentel. Un entrefilet est publié dans le journal local "Le Courrier d'Argentan, Vimoutiers et Trun" du 27 Aout.
Les bruits de bottes et de guerre recommencent d'agiter le monde annonçant de nouveaux massacres. Cela ne cessera-t-il donc jamais ?
11 mai 1950
Juliette DERCOURT, l'épouse d'Arthur, s'éteindra à 84 ans à Aubervilliers (93). Elle aura vécu suffisamment longtemps pour connaître ses arrières petits-enfants.
la verrerie où Arthur a travaillé toute sa vie
voir la suite : la biographie de mes parents Maurice Pignard marié à Arlette Ney: cliquez ici
voir les cartes postales : de Saint Evroult Notre Dame du bois : cliquez ici
A découvrir : un très beau site sur la guerre de 1914/18 : "http://orkide.club.fr"
un autre pour retrouver un aïeul : des photos classées par régiment : "http://www.chtimiste.com"
et pour découvrir les casernes militaires de nos ancêtres : "http://www.casernes-militaires.com"