souvenirs suite : 1984 à 1994

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Aurélie

En France : suite de "la vie en rose", François Mitterand réélu, incessante montée du chômage, création du RMI,

En Allemagne : le mur de Berlin tombe dans la fièvre, En Russie : chute du régime communiste.

*****

18 avril 1984 : bon anniversaire !

J'étais foudroyée, pétrifiée, le ciel m'était tombé sur la tête sur cette route de Seine-et-Marne, à quelques kilomètres de notre maison de campagne où, me croyant occupée ailleurs le jour de mon anniversaire, mon mari avait cru bon emmener sa dernière conquête pour y passer probablement "chaudement" la nuit. J'étais sidérée, folle de rage, il avait osé !. Mon époux, surpris par ma propre colère et la claque bruyante que je venais de lui administrer, restait bizarrement calme, silencieux, lui parfois si violent.

C'était pour moi le coup de grâce. Je n'avais jamais pensé que mon mari couche une autre femme dans notre lit conjugal. Il reculait sans cesse les bornes de ce qui était tolérable et j'étais victime d'un enchaînement maléfique.

C'est ainsi que je perdis brutalement mon mari, ma jeunesse et mes dernières illusions, car c'était la goutte d'eau qui faisait déborder un vase déjà plein à ras bord. Je comprenais brusquement pourquoi il était aussi odieux depuis plusieurs mois, notamment le soir des fiançailles de son neveu en février dernier, où agonisée d'injures, j'avais subi, une nouvelle fois, ses accès de fureur et une grêle de mots cinglants qui m'atteignaient comme des coups de fouet. J'avais passé la nuit en pleurs.

Désormais, il était mort pour moi. Je n'en pouvais plus de lui, de ses humeurs changeantes et imprévisibles, de ses coups tordus.

Notre vie confortable allait basculer comme dans un télé-film sordide.

*****

Il faisait si beau ce jour là, et il était près de 21 heures. Un soir léger et doré, sans un souffle de vent, sans chaleur excessive, une journée divine ! Je venais de "fêter" seule mes 44 ans, et j'avais travaillé contrairement à mon époux, qui s'était octroyé une semaine de vacances dont, disait-il, il avait grand besoin. La tension entre nous était à son extrême limite et cette séparation m'était apparu bénéfique.

Sans aucune nouvelle depuis plusieurs jours, j'avais décidé brusquement de "remonter" en Seine-et-Marne, avec une bouteille de champagne dans le coffre de ma BX citroën pour fêter l'évènement puisque, comme d'habitude, il n'y avait pas pensé. Prémonition, ou bien avais-je trouvé bizarre ce soudain et inhabituel besoin de vacances en solitaire ?

Elle était là, la "Nouvelle", recroquevillée et tremblante sur le siège avant de sa méhari que j'avais fait stopper après l'avoir doublée, ébahie de le trouver là en bonne compagnie. Je l'ai reconnue immédiatement alors qu'elle tentait de cacher son visage dans le creux de ses bras. Je n'avais jamais pensé qu'elle puisse être ma rivale, mais je connaissais bien son nom "Ayata", une Algérienne, ouvrière sur une ligne de fabrication, lui qui se disait volontiers raciste et Le Peniste. Je pensais aussi qu'il préférait les blondes plutôt que les peaux mates et elle n'était pas Vénus, mais les quinquagénaires sont comme les postillons, autrefois, qui changent leurs chevaux pour terminer le parcours avec une bête plus fraiche !

Je ne lui en voulais pas, à elle, je l'ai même mise en garde, elle ne savait pas quel homme pervers, menteur, manipulateur, il était. Elle ne connaissait rien de lui, de ses colères subites, de ses coups de gueule haineux, de sa vie, de ses amis. Cette femme n'avait pas grandi avec lui, vieilli près de lui, comment peut-on espérer finir sa vie avec quelqu'un dont on ne connait pas les défauts ?. Elle n'a pas connu, non plus, ses voitures : la deudeuche si longtemps convoitée, la Panhard sport d'un rouge flamboyant que nous avions tant aimée et qu'il conduisait à tombeau ouvert et qui finira piteusement sur le bord d'un fossé, et quelques autres encore. De cette longue histoire au volant, elle n'a connu que la BX du cadre moyen et la méhari du "gentleman farmer-frimeur".

"Je vous souhaite bien du plaisir" ai-je dit à la "Nouvelle" en les quittant.

Je ne voulais plus gagner, je ne voulais pas savoir, j'étais trop fatiguée de ses colères, de ses mépris, de ses bagarres, de ses conquêtes de Don Juan à deux sous, de sa paranoïa, de lui en un mot. C'est peut-être parce que je n'étais plus béate devant lui depuis belle lurette qu'il me trompait, cela le rassurait, compensant la perte de l'estime de soi. Il n'était pas le prince charmant et je laissais ce mirage à l'Autre car j'avais plié bagages mentalement déjà depuis un certain temps.

Je ne me suis pas battue pour le garder, je lui ai simplement laissé.

C'était peut-être la meilleure chose qui puisse m'arriver, qu'il me quitte ! Enfin !

Il fallait bien qu'il la raccompagne chez elle puisque nous étions à 50 km de Chilly-Mazarin, où elle habitait. Il rebroussa chemin et moi j'allais finir ma nuit seule dans notre maison de campagne à Rozay-en-Brie à 5 km du lieu de cette pénible rencontre.

*****

Il faudra bien, aussi, que l'on s'explique. ..

Il m'affirmera deux jours plus tard , "être amoureux pour la première fois de sa vie et qu'il voulait vivre cela", donc heureux et triomphant !

Merci, pour moi ! Il me donnait le coup de grâce avec cette précision qui frisait la goujaterie.! . Qu'avais-je donc été pour lui pendant 25 ans ? Pourquoi s'était-il marié ? Il me donnera la réponse qui justifiait bien des tourments depuis tant d'années : il voulait venir travailler sur Paris et j'avais trouvé un logement. Il ne m'avait pas aimée, il avait eu besoin de moi. Nuance !

J'ai pleuré, non pas à cause d'un mort, mais d'un vivant, assommée par ses arguments. Pourquoi cherchait-il à me torturer en me lâchant le nom de quelques une de ses maîtresses passées : la mère d'une amie d'école de notre fille, une responsable de service de notre entreprise, la femme de ménage de Rozay... mais il m'en camouflait certaines, trop proches de nous, trop connues. Se croyait-il au confessionnal pour alléger sa conscience, à moins que je ne sois devenue sa mère, celle à qui on confie ses petits secrets d'adolescent pour se soulager ?

Non, il voulait m'écraser, me ridiculiser, m'anéantir, me soumettre, me dominer. C'était un pervers devenu méchant, qui ne peut rendre une femme heureuse que s'il en fait souffrir une autre.

J'aurai du, j'aurai pu, le vexer, le faire souffrir un peu, au moins d'amour propre, en lui disant que je l'avais trompé. Et pour le ridiculiser encore plus, lui laisser supposer que c'était avec un de ses meilleurs copains. Mais non, je ne me suis pas hasardée à de tels propos, j'avais trop peur que cela finisse par des coups de fusil et dans un bain de sang, ceci d'autant que c'était faux..

Je me rappelle lui avoir parlé, un jour, de la drague un peu "lourde" qu'excerçait sur moi un de ses copains les plus proches. Presque du harcèlement. Ne m'avait-il pas répondu "tu dois rêver". Il n'était pas jaloux ! Et pourtant celui-ci me proposait, sans l'ombre d'un doute sur ses motivations, "un petit tour dans le bois voisin".

Peut-être pour cueillir du muguet ou des jonquilles ??

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Puis, il me dira que "la Nouvelle" avait su, contrairement à moi, mettre au monde des garçons qu'il aimait désormais comme ses fils. Ses deux enfants avaient gommé la sienne, qu'il ne voulait plus recevoir. Puis il m'affirmera que sa nouvelle conquête était enceinte, qu'elle ne voulait pas avorter. Plus d'un an après, alors que je m'étonnais que le bébé ne soit pas encore né, il me jettera à la figure que c'était faux, juste affirmé pour me faire souffrir, lui qui n'avait jamais voulu avoir un second enfant !

Désormais je le gênais, il voulait me briser et pour employer son expression "Je devais décrocher ou attendre trois ou six mois que son coup de coeur passe naturellement". Bref, il me licenciait, comme on abandonne un chien galeux sur le bord de la route.

Il ne voulait plus de maison à la campagne, pas de contrainte. Il souhaitait vivre en HLM (il n'y avait jamais vécu, il allait rapidement déchanter !) avec une compagne rentrée du travail à 17 heures, ce qui n'était guère mon cas. Fallait-il aussi lui retirer ses bottes et lui apporter ses chaussons lorsqu'il prenait place dans son fauteuil ? La "Nouvelle" lui apportera Spirou et les bandes dessinés de ses fils, cela le changera de l'Express ou du Point qu'il feuilletait parfois, et le ramènera vers l'enfance.

A 50 ans, le grand-père redevenait "papa". Il croyait rajeunir sans perdre ses rides, tout en perdant déjà ses dents et ses cheveux !

C'est lui-même qu'il reniait, c'est sa jeunesse qu'il répudiait.

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Séparation ou divorce ? Il n'était pas question que j'accepte une telle situation de bigamie et comme j'étais épuisée par nos derniers mois de guérillas, je n'avais plus qu'un désir : abdiquer, lâcher la corde. C'est ce que j'ai fait. Il voulait m'imposer toujours plus de soumission, d'humiliations pour me faire payer une dette qui grossissait depuis quelques années.

De toute manière, il détestait ce que j'aimais et moi je ne supportais plus ce qu'il était. J'ai demandé le divorce, ce qui lui a permis de me dire, au comble de la mauvaise foi, "Si je comprends bien, tu me laisses tomber !".

N'avait-il rien vu venir, lui non plus ? J'avais changé : la midinette fleur bleue n'était plus impressionnée par le grand méchant loup. Il en restait tout bête, déstabilisé. Il avait perdu son pouvoir. Il n'en revenait pas !

J'allais être enfin libre, nous avions atteint le bout du chemin, nous n'irions pas plus loin dans ce mariage qui m'avait apporté plus de chagrins que de bonheur.! Je voulais retrouver l'enthousiasme de ma jeunesse, la fantaisie, les fous rires et... les illusions !

*****

Je le dis sincèrement, j'aurais préféré qu'il soit mort, mais il demeurait bien vivant. S'il avait été mort, sa famille, nos amis, m'auraient entourée de leur chaude amitié, j'aurais pu pleurer sans honte en m'abandonnant à une douleur bien légitime. Chacun aurait célébré les mérites du "disparu", personne ne m'en aurait dit du mal, on m'en ferait l'éloge en me rappelant qu'il ressemblait, jeune, à tel ou tel chanteur de rock bien connu !.

Mais là, ce n'était pas le cas. Quelques-uns de ses bons copains et certaines de mes relations professionnelles, m'expliquaient qu'il ne valait pas un clou, encore moins la corde pour le pendre. A moins d'être complètement maso je ne perdais rien à cette rupture. L'homme de ma vie ne valait pas le prix que j'y avais mis, même si j'avais toujours été là pour aplanir les problèmes sur sa route, enlevant de son chemin les grosses pierres et les petits cailloux. Je lui devais, aussi, les heures les plus cruelles de mes années de mariage.

Que n'ai-je entendu ! Mais me dire du mal de lui ne me faisait pas de bien, cela me détruisait, Dans le jeu de l'amour j'avais été assez bête pour miser sur le zéro, croyant sans cesse ses mensonges, ses vaines promesses, sans vouloir admettre qu'on ne change jamais les rayures d'un zèbre.

Dans les semaines et les mois qui suivirent, je me sentais répudiée, en deuil de sa famille, de nos amis que je ne voulais plus rencontrer. Tous, en effet, un jour ou l'autre, allaient recevoir "la Nouvelle", la comparer à moi, elle de 10 ans ma cadette ! Outre la différence d'âge, nous n'avions rien de commun, en effet.. J'étais au sommet de la hiérarchie dans mon entreprise et elle ouvrière maghrébine sur une ligne de fabrication. D'après lui, elle exigeait le divorce, refusait d'avorter. Cette version l'arrangeait, il pensait sauver la face. En réalité, il se vengeait de moi, je l'avais dépassé, lui qui tentait par tous les moyens et depuis toujours, de me rabaisser.

Dans mes yeux fermés qui ne voulaient plus le voir, il ne pouvait plus s'admirer.

Mon mari avait, enfin à sa manière, résolu son problème d'égo..et le temps qui passe avait eu raison de nous.

 

*****

J'avais quinze ans en 1955 lorsque nous avions fait connaissance, il y a trente ans. J'étais une adolescente et lui déjà un roublard, un menteur-né.

Vingt cinq années de mariage à partager le même nom, les mêmes soucis, et, du jour au lendemain, on n'a plus rien de commun ! Belle-mère, belle soeur, beau-frère, neveux, amis, des mots à ne plus employer. Je n'avais donc été pendant toutes ces longues années que la "pièce rapportée" et je devais brutalement me détacher d'eux. J'allais oublier volontairement certains numéros de téléphone que je connaissais par coeur, car je savais que nos amis les plus proches m' inviteront et la semaine suivante recevront "l'Autre", pour commenter, soupeser, critiquer. Je ne voulais pas être comparée.

Ainsi, il fallait tout réinventer, tourner la page, penser à un divorce "aimable et civilisé", négocier les modalités de notre séparation. Il fallait que j'apprenne à me passer de lui, de son avis, de son consentement, de son aide comme de sa présence. J'allais découvrir de nouveaux visages, de nouveaux pays, de nouveaux amis. Je voulais renouer avec ma famille dont il m'avait coupée depuis si longtemps, retrouver ma fille qu'il ne voulait plus recevoir, son bébé l'ayant fait passer d'un seul coup du stade de père à celui de grand-père, étape de sa vie qu'il ne supportait pas, lui qui ne croyait et ne voulait pas vieillir.

Je devais donc me reconstruire une autre vie. Plus facile à dire qu'à faire. et j'avais choisi de vieillir sans lui.

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Je fuyais donc dans notre maison de campagne dans cette petite bourgade de Seine-et-Marne que j'aimais tant, en lui laissant l'appartement de Massy dans lequel je ne voulais pas revenir tant qu'il y était encore. Je ne désirais pas me retrouver dans ces pièces vides et me sentais désormais incapable de cohabiter avec lui, persuadée qu'il voudrait me manipuler ou me faire du mal. Un jour gentil, conciliant, un jour pervers et brutal. Je ne tenais pas à ce que nous jouions à la guerre des tranchées, ni qu'il m'accuse d'avoir quitté le domicile conjugal ou que l'on finisse par se taper dessus. J'avais pris plusieurs jours de congés pour tenter de faire face à ma nouvelle situation afin de voir clair et prendre des décisions.

Tout cela était bien trop rapide, trop brutal. J'étais triste, écoeurée, désemparée.

Quelle terrible chose que la vérité... J'avais le coeur en compote !

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Et pourtant, curieusement, cette séparation si longtemps désirée, mais redoutée, allait m'apporter une paix que j'avais cessé d'espérer. Je trouvais ma solitude clémente et mon malheur douillet. Je respirais, je n'avais plus peur de lui. Je me sentais plus solide en dedans.

Je savais, quoiqu'il arrive désormais, que je ne retournerai pas vers lui, même si, comme d'habitude, changeant rapidement de stratégie, il me suggerra "de patienter", réalisant enfin les conséquences matérielles de son dernier caprice. Nous allions tout vendre, la maison de campagne que j'avais tant désirée, notre terrain de trois hectares au bord de la rivière et nos étangs hérités de sa mère.

Il voulait de l'argent pour, disait-il, partir en Algérie avec "l'Autre" pour exploiter un petit commerce où elle travaillerait, car lui "se contenterait de superviser les affaires". Je lui riais au nez devant son nouveau plan de carrière insolite et une solution d'avenir aussi incongrue. ... Il se berçait d'illusions comme toujours, en ignorant les moeurs et coutumes de ce pays. Il se jouait un nouveau scénario où il était le maître suprême. Il n'était pas à une contradiction supplémentaire, puisque quelques jours après il précisera vouloir tout quitter en partant droit devant lui avec une botte de paille pour tout bagage dans sa méhari..! L'amour lui montait-il à ce point à la tête ? Il était bon à enfermer. Tout cela, comme toujours, c'était du vent.

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Dans l'immédiat, et rapidement, il allait craindre pour son emploi car travaillant tous deux dans la même entreprise, ainsi que "la Nouvelle", mes dirigeants, mis au courant de mes déboires,( ayant pris des congés non programmés alors que nous étions en pleine période de bilan), étaient scandalisés par son cynisme. Ils ne se cachaient pas de me dire, enfin, tout le mal qu'ils pensaient de lui, ce dont ils s'étaient abstenus jusqu'à présent. J'ai compris que tout le monde savait mon infortune, chuchotait dans mon dos, allant de son commentaire. J'étais la dernière informée, comme toujours !

En quelques semaines nous allions rayer 25 ans de vie commune et je ne devrais même plus porter son nom. C'était la fin d'une époque et aussi de ma jeunesse. C'était terrible, on n'avait plus rien à se dire, mais la terre ne s'arrêtait pas de tourner pour autant !

 

Juin 1984

Après plusieurs semaines de séparation, lui à Massy, moi à Rozay, j'éprouvais un sentiment de sécurité dont je n'avais même plus idée. Privée de sa présence, je respirais enfin. Et, même s'il me manquait parfois, je n'avais plus mal, je n'avais plus peur. Si je souffrais, ce n'était plus par amour, mais seulement par amour-propre.

Puis, comme toujours, il eut un revirement. Un matin, mon mari m'attendait sur le parking de notre entreprise. "je ne veux pas divorcer, je t'aime à nouveau" allait-il m'affirmer d'un air buté, sans se préoccuper de ce que je pouvais bien penser ! A nouveau : cela voulait dire quoi ?, par intermittence ?. "Notre mariage n'a plus aucune raison d'être, inutile de s'obstiner. Ne me dis pas que tu m'aimes, tu ne m'a jamais accordé un regard ou un geste tendre ", lui ai-je répondu.

Ce n'était ni le lieu ni le moment de parler de cela. Ses paroles étaient-elles dictées par intérêt ou parce qu'il m'aimait enfin, (car je n'ose dire encore), mais j'en doutais fort. Que s'était-il mis en tête : On efface tout et on recommence....? une réconciliation sur l'oreiller ? Raccommoder notre vie ?, mais il y avait trop de choses à raccommoder, c'était devenu mission impossible ! Je n'en avais plus la force.

Il se ment ou il me ment ?

Bien que je restais nostalgique du bon vieux temps et de notre jeunesse, (peut-être comme lui) je pensais surtout que sa réaction était commandée moins par le souci de me ménager que par sa difficulté à remettre les choses en question. Une sorte de résistance au changement, à la nouveauté, dont il avait fait preuve pendant toutes nos années de mariage. En réalité, c'était un faible et un égoïste incapable d'aimer qui que ce soit ou de mener quelque chose à bien. Tant d'années d'indifférence, de désillusions, méritaient que je brise mes chaînes.

Il ne me faisait plus trembler. Je me souvenais très bien quand avait commencé ce désamour : en 1975 lorsqu'il m'avait frappé parce que mon regard l'avait désapprouvé devant des amis. Richard et la reprise de mes études et l'IFG avaient fait le reste. J'avais pris le large... Nous avions vieilli, changé et suivi des chemins divergeants.

Car, j'en étais certaine, ce n'était pas de la fidélité aux sentiments, mais une forme d'inertie qui le poussait à ne pas vouloir me rendre ma liberté. Cela devait le déranger de lâcher la sécurité que je représentais et non l'attachement et le regret de notre passé commun.

A moins que la "Nouvelle" ne l'ai déjà quitté, car son mode de fonctionnement, vis à vis du sexe opposé, ne laissait augurer rien de bon à moins qu'il n'ait consenti à évoluer. Les années aidant, je lui souhaitais de faire pour "l'Autre" un peu plus d'efforts qu'il n'en avait faits pour moi, ce en quoi je ne croyais guère d'ailleurs. C'était le défi, posé par la conquête de la personne qui l'intéressait, qui le faisait se découvrir amoureux.

Il n'était pas question, pour moi, de retour en arrière. Si, par faiblesse, j'acceptais de reprendre la vie commune, cela deviendrait rapidement l'enfer. J'avais déjà vécu ce scénario dans les années passées. Inutile de recommencer pour qu'il n'apprécie en moi que le coté "repos du guerrier", pour son confort personnel, alors qu'il allait s'amuser ailleurs. Il croyait à tort, et depuis tant d'années, que je lui étais acquise n'ayant guère utilisé la séduction sur d'autres que lui-même, ne serait-ce que pour le faire douter ?.

Ainsi, c'était fini : mon coeur ne voulait plus et ma tête refusait.

J'avais aimé une image, un homme soi-disant plein d'assurance, de morgue, de certitudes, mais tout cela reposait sur du vide. Il ne m'a pas quittée pour elle, non, il m'a quittée parce qu'il en avait assez de ne pas réussir dans la vie. J'étais devenue une provocation vivante qu'il opposait à ses échecs professionnels répétés développant un sentiment d'infériorité, donc un affront personnel. Dépression narcissique aurait dit un psy.

Elle a été un prétexte. Mais à 50 ans, on ne recommence pas sa vie, on la rapièce, la rafistole, on colmate, on ne fait pas du neuf. Le déclin est programmé. Chacun est responsable de son destin et nous allions en payer le prix.

 

Juillet 1984

J'ai le coeur brisé, notre maison est vendue, moi qui l'avait aménagée et meublée avec tant d'amour. J'ai laissé derrière moi le jardin auquel j'avais apporté tant de soins depuis 15 ans, la terrasse ombragée où j'aimais me prélasser l'été, les fleurs que je coupais pour faire des bouquets, les rosiers odorants, les arbres au feuillage léger, la senteur délicate du lilas au printemps, du chèvrefeuille en été, la grande cheminée où flamboyait un feu de bois l'hiver. J'y étais seule la plupart du temps, mais je m'y sentais si bien. Une maison pourtant bien modeste, qu'il appelera, désormais suivant son humeur, "Ma folie des grandeurs" ou "Ma maison de merde".

J'ai déserté en lui abandonnant le logement de Massy, où je ne voulais pas vivre avec son fantôme. Pour tourner la page, j'ai pris en location un pavillon tout neuf, avec un jardin sans arbres ni fleurs, dans une jolie résidence à Evry près d'un petit bois et d'un château en ruine. J'ai récupéré les meubles que j'aimais, je lui ai laissé les autres. Avec nos deux maisons nous en avions suffisamment pour ne pas nous déchirer à ce propos. D'ailleurs, rien ne l'intéressait, tout lui était, semble-t-il, indifférent, même les photos de famille il n'en voulait pas, rien de ce qui pouvait lui rappeler notre vie commune ou l'enfance de notre fille. Difficile aussi de partager nos trois chats : un pour moi, deux pour lui !

Pourtant, bizarrement, il voulu récupérer son alliance qu'il ne portait plus depuis 25 ans.

Ce n'était quand même pas pour l'offrir à "l'Autre" ?

Il en était capable. Aussi, je lui ai refusé ce dernier caprice, en lui rappelant que ce n'était pas lui qui l'avait payée. C'étaient mes parents. Mon époux ne m'avait rien offert lors de notre mariage, même pas l'anneau nuptial. Il s'est mis en colère avec cette brutalité de ton à laquelle je n'arrivais pas à m'habituer et dont il usait fréquemment dès qu'il n'obtenait pas ce qu'il voulait. Mais je n'ai pas cédé. Quelques temps après, j'ai fait monter un petit diamant et une émeraude sur l'une et l'autre de nos alliances que je porte désormais en bagues.

*****

Je ne voulais rien de lui, je ne lui demandais rien, et j'optais pour un divorce amiable, avec un avocat de ma connaissance. Les frais devaient être pris en charge par chacun par moitié, mais, de prime abord, il ne voulait rien payer. Que voulait-il en fait ? Il estimait avoir droit à une indemnité compensatoire, à une pension alimentaire car, mon salaire étant bien supérieur au sien, je lui faisais perdre, en divorçant, "son train de vie et les avantages acquis " !

Les avantages acquis : j'ai l'impression d'entendre le délégué syndical de ma société !

Il demandait "une rançon" pour me libérer, j'étais devenue sa prisonnière ou une esclave monayée comme au temps de la traite des Noirs !

Le voilà transformé en gigolo.., il ne suffisait pas qu'il empoche la moitié de tout ce que j'avais payé grâce à mes seuls salaires les années où il était sans revenu. Il ne se rappelait pas, non plus, que j'avais remboursé ses dettes lorsqu'il avait fait faillite dans ses entreprises foireuses, il voulait de l'argent "sa part du gâteau". Pour cela, il était prêt à tous les coups bas. ! J'avais honte pour lui.

Allait-il faire de notre séparation un cauchemar ?

J'étais sous le choc, cela résumait tout ce que j'avais été pour lui pendant 25 ans de mariage. Une planche à billets, un carnet de chèque.

L'avocate me confirmera discrètement et embarrassée, qu'il était dans son droit ! Elle cherchait à me rassurer malgré sa désinvolture. Elle en avait vu d'autres. Elle me conseillait "Fini le divorce amiable, optons pour un divorce pour faute". D'après elle, il allait comprendre sa douleur. Elle préconisait la guerre. Une guerre civile avec blessure, meurtrissure, brûlure. On sait où viser pour faire mal, plaisir d'avilir, voir souffrir.

Le divorce est un bourbier, et c'est ce que je voulais éviter. Fallait-il passer par un divorce pour adultère, trahison, bigamie, coups et blessures, constat d'huissier au petit matin, au vingtième siècle ?

C'est la femme de mon PDG qui a tranché devant mon désarroi et lui fera savoir : "Ou il gardait son emploi dans la société (et sa nouvelle conquête avec lui), ou il était licencié s'il ne se montrait pas correct envers moi". Elle souhaitait également que je conserve mon nom de femme mariée, car pour mes dirigeants, le divorce était mal admis dans le cercle professionnel où je naviguais et mon nom de jeune fille inconnu. Mon mari devra donc revoir ses exigences à la baisse et accepter ces conditions. Ce qu'il fera contraint et forcé, se gardant bien de démissionner, ce qui m'aurait soulagée moralement. Mais s'il s'était décrété chômeur, s'il allait pleurer misère devant un juge, je n'étais pas sortie de l'auberge !

C'est ainsi que pendant plus de 10 ans, au détour d'un couloir ou d'une réunion professionnelle, je côtoierai mon époux occasionnellement et cela jusqu'à son départ en pré-retraite en 1994. La "Nouvelle", rasait les murs pour ne pas me rencontrer, mais heureusement nos sphères d'activité étaient fort éloignées.

Je l'ai ignorée, elle ne méritait pas que je m'y arrête.., même si j'ai souhaité qu'elle crève, le peu de fois où je l'ai croisée. Je sais déjà qu'il la trompera, car il m'a toujours trompé. Ce qu'il aime avant tout, c'est plaire et obtenir ce qui lui est inaccessible, cela flatte son égo. Après, il se lasse vite. Comment prendre au sérieux de tels hommes ?

Notre divorce n'était pas une tragédie, des milliers de couples se séparent chaque année. Je devais me résoudre à ne compter que sur moi-même ; il était temps de me constituer une bulle, une coquille, une protection. La liberté, pleine et entière.

J'allais vivre, dans les années qui suivront, d'autres chagrins qui me marqueront bien plus profondément.

 

Août 1984 - Evry

Premières vacances à l'étranger et en solitaire. J'ai fui Paris, départ en Tunisie du sud, au soleil. J'étais si fatiguée, tout ce bouleversement m'avait épuisée, le traumatisme était majeur. J'envoyais quelques cartes postales colorées à ceux que je croyais être encore mes amis, ma famille, désormais plus pour longtemps. Je terminais ce périple, qui m'avait conduite jusqu'à la frontière algérienne, Tozeur et ses palmiers, l'oasis de Nefta, pour quelques jours en bord de mer à Djerba et visite des souks. Le soleil m'avait fait du bien, mais je me sentais seule et abandonnée.

A mon retour à Paris, j'essayais de renouer avec mes parents que j'invitais à découvrir ma nouvelle maison d' Evry. Je n'avais plus de contraintes, plus de réflexions désagréables de la part d'un époux qui m'avait coupée depuis longtemps de mes racines familiales. Je retrouvais enfin le plaisir de recevoir ma fille, son compagnon et leur bébé sans craindre sa mauvaise humeur. J'avais même bâti, au fond de moi, le secret espoir que le jeune couple vienne demeurer avec moi. Mais ils refuseront, préférant rester à Palaiseau.

Evry ; ma mère, Alain, Valérie et Aurélie

La maison était grande, de plein-pied avec terrasse, conçue pour une vie familiale, avec trois chambres à l'étage, salle de bain, et au rez-de-chaussée, un salon, salle à manger, une grande cuisine, une salle d'eau, le tout complété par un garage et un jardin. Bien que située dans un quartier pavillonnaire très calme, elle était isolée et proche du fameux quartier "des Tarterets" qui commençait à faire parler de lui à cause de sa population black-blanc-beur organisée en bandes, s'affrontant en batailles rangées dès la nuit tombée. .

Seules deux maisons étaient occupées sur une vingtaine que comportait cette résidence toute neuve et de qualité. Rapidement à quelques semaines d'intervalle, par deux fois, j'allais être cambriolée, ce qui contribuait à me déstabiliser. J'ai connu rapidement la peur de la solitude, de l'agression, sentiment qui, jusqu'alors, m'était totalement inconnu. Même la journée, dès que je m'absentais, je devais fermer tous les volets pour éviter de désagréables surprises à mon retour. Je ne m'y habituais pas.

 

Novembre 1984

Désormais, nous étions définitivement séparés, mon mari et moi, sans retour possible, lui demeurant à Massy et moi à Evry. Nous ne partagions plus rien : j'aimais désormais la campagne qui me manquait et lui la désertait, j'acceptais mon âge, lui le fuyait, je réussissais ma carrière, lui banalisait tellement la sienne qu'il recevra, en quelques mois, plusieurs lettres d'avertissement et de mise en garde pour absences injustifiées, abandon de poste, désintérêt à son travail .., pouvant déboucher sur son licenciement qu'il évitera de justesse.. Plus que jamais, il était devenu laxiste, provocateur, attiré par certaines transgressions, certains dangers.

***

Grâce à l'avocate, nous progressions à nouveau vers un divorce civilisé, puisque l'adultère n'est plus une faute, et nous avions passé la requête de non-conciliation,

Pourtant, mon époux s'est présenté, un samedi en soirée, à mon domicile sans crier gare. Il voulait me parler. Il est entré dans la maison car il se considérait comme chez lui et la discussion entre nous s'est vite envenimée. Je lui ai tenu tête, je ne voulais pas de retour en arrière, je ne voulais pas écouter ses arguments, ses fausses promesses, ses circonstances atténuantes, encore moins ses mensonges ou ses explications vaseuses. Les mots assassins lancés pour blesser peuvent tuer. Quoiqu'il fasse, rien n'était plus pareil, rien ne sera jamais plus comme avant.

Je le voyais inventer de nouvelles ruses pitoyables censées me consoler, me rassurer.

Je ne me souviens plus ce qui a déclenché sa fureur, et il était probablement éméché comme très souvent depuis notre séparation, mais il tenait bien l'alcool et à part son agressivité accrue, c'était difficile à détecter. Son éternel mal de vivre, ses complexes d'infériorité, ses nombreux échecs professionnels le prédisposaient aux excès et les "bons copains" n'arrangeaient rien.

Entre nous le dialogue n'avait jamais existé, son seul moyen de communication depuis l'enfance : les poings !

J'ai du lui dire ses quatre vérités, peut-être même que je le méprisais, car il s'est mis à me cogner, à coups de pieds, de poing, jusqu'à ce que je tombe à terre. Il me shootait dans les côtes, dans les jambes, dans la tête, me démolissait, cassait le mobilier, tapait dans les portes des placards de l'entrée jusqu'à ce qu'elles s'écroulent, brisées, dans un grand fracas.

Je me suis relevée, j'ai cherché refuge à l'étage pour appeler la police, il m'a rattrapé dans l'escalier et, me tirant par un pied, m'a fait dégringoler toutes les marches. Il était devenu fou. Il m'a dit " un jour je te tuerai". J'ai vu dans son regard qu'à cet instant, il en était capable. J'avais osé le rejeter, lui tenir tête. J'aurais du me méfier, ne m'avait-il pas déjà frappé voilà 10 ans, de la même manière et aussi sauvagement, parce que je l'avais désapprouvé du regard devant des amis ?

Il m'a enfin lâchée, soudain dégrisé. Il est resté effaré et stupide devant les policiers goguenards qui ne faisaient rien, ne disaient rien, semblant même, par leur silence, plutôt prendre position de son coté. S'il m'avait tabassée, je devais bien avoir quelque chose à me reprocher n'est-ce pas ? Cela se lisait dans leurs regards. J'étais sonnée et écoeurée.

C'est ainsi que je me retrouvais à 23 heures, le 10 novembre, aux urgences de l'hôpital d'Evry parce que mon mari, qui me quittait pour une autre, venait de me frapper, de me blesser. Examinée, pommadée, soignée, pansée, je suis rentrée chez moi seule, le corps et le coeur meurtris, avec contusions à l'épaule, aux cuisses, aux jambes, des bleus à l'âme et au corps.

Il m'a été remis un certificat médical pouvant attester de mes blessures, document que j'ai confié, quelques jours plus tard, à mon avocate.

Le lendemain, il m'a demandé pardon en me précisant que je le rendais fou. Je pense surtout qu'il avait peur que je porte plainte, car avec "coups et blessures" le divorce changeait de nature, il encourait plusieurs années de prison. Les policiers lui avaient sûrement suggéré de se calmer pour que je ne porte pas plainte. Je savais, aussi, qu'entre nous, tout était définitivement mort. Je ne voulais plus souffrir à cause de lui. J'étais brisée. Il ne subsistait en moi qu'une rancune tenace prête à se transformer en haine.

*****

Désormais la maison, dans laquelle je pensais être si bien, m'apparaissait trop grande et sinistre. Je pleurais sans cesse, je tombais dans la dépression. Cette maison n'avait été qu'une étape pour quitter mon mari, me "désintoxiquer" de lui.

J'allais fuir Evry, cette ville nouvelle sans âme, ce qui allait prendre plusieurs mois à la recherche d'un nouveau logis situé plus près de mon travail et surtout de ma fille car je me réjouissais d'être grand-mère d'une jolie petite fille, Aurélie. Je désirais les voir beaucoup plus régulièrement, ce que m'avait empêché de faire mon époux puisqu'il ne supportait ni le bébé ni Alain le père de l'enfant. Seuls les anciens camarades de Valérie, notamment ceux de Rozay qu'il connaissait bien pour côtoyer leurs parents, avaient grâce à ses yeux.

 

Noël 1984

Du coté de ma fille et de son couple, rien ne semblait aller bien, désormais. A la naissance de sa fille, Valérie avait bénéficié des allocations maternité, puis des allocations chômage puisqu'elle avait travaillé suffisamment longtemps dans les bureaux de mon entreprise pour en bénéficier. J'avais pu lui trouver un remplacement de standardiste puis d'employée de bureau saisonnière.

Mais, tout a une fin, malgré la bonne volonté de mes dirigeants. N'avait-elle pas abandonné bêtement ses études, ce qui avait pour conséquence une inadaptation totale à tout emploi qualifié. L'informatique ne s'improvisait pas, ni la comptabilité, encore moins le secrétariat où désormais parler au moins une langue étrangère était de rigueur. Et elle ne faisait guère d'efforts. Il fallait désormais qu'Alain trouve un emploi et il ne s'y prêtait guère non plus, ayant toujours vécu d'expédients et en marge de la société.

J'étais invitée à passer le réveillon de Noël chez eux à Palaiseau. J'étais toute heureuse puisqu'il s'agissait du premier Noël organisé ensemble depuis la naissance d'Aurélie âgée de 18 mois. J'allais faire connaissance de la mère d'Alain que je rencontrais pour la première fois. Le début de soirée s'était déroulé normalement et soudain, pendant le dîner, Valérie fut prise d'une crise de schizophrénie aiguë. Elle hurlait "qu'on lui en voulait tous, qu'Alain voulait la tuer en lui mettant la tête dans la gazinière, ....". Ces propos étaient incohérents, elle tentait, en outre, de lui retourner le contenu des plats sur la tête. Cela frisait l'hystérie furieuse.

J'étais anéantie. Quel était ce délire, que lui arrivait-il, je ne comprenais rien. Alain me confiera que depuis la naissance d'Aurélie, Valérie n'allait pas bien, de mal en pis. Quelques mois plus tard il allait "déserter" pour retrouver sa liberté d'action, car la vie de famille, pas plus que le travail, n'était faits pour lui. Le manque d'argent n'expliquait pas tout et fumer un "pétard" ou goûter une autre drogue illicite n'avait jamais résolu les problèmes de santé, encore moins le baby-blues.

Ayant connu, ces dernières années, des crises de violence de mon "ex", je n'étais pas apte, ni prête, ni ne voulais, recommencer un tel scénario avec ma fille. J'en étais strictement incapable, cette situation était pour moi ingérable et me déstabilisait à nouveau de fond en comble. J'ai pourtant essayé de faire front, mais les sautes d'humeur tumultueuses de ma fille, ses propos violents, m'obligèrent au fil des mois à prendre mes distances.

 

Dimanche du 1er de l'an 1985

La soeur de mon époux m'avait promis de venir déjeuner avec moi à Evry puisqu'elle ne connaissait pas encore ma nouvelle demeure. J'attendais vainement un bon bout de temps sa venue et elle annula, par téléphone sans explication, une heure avant le repas. Le chagrin m'étouffait, puisque cela annonçait la fin de mes relations avec ma belle-famille comme je l'ai compris ce jour là. Il me faudra ravaler mes larmes et ne rien demander à personne.

On ne divorce pas seulement de son mari, mais aussi de sa famille et de ses amis.

*****

janvier 1985 : l'après-divorce

Dominique, une amie de longue date, travaillait dans une agence immobilière à Verrières-le-Buisson, une commune bourgeoise de la banlieue sud.. J'ai pu trouver, grâce à elle, un logement de quatre pièces dans une résidence située au milieu d'un grand parc, proche du centre ville et à un prix très raisonnable.

L'environnement était particulièrement verdoyant, le logement fort agréable même s'il fallait envisager des travaux pour le remettre en état. Dès la promesse de vente signée, elle obtiendra la permission des propriétaires d'entamer ces travaux avant la signature de la vente, ce qui allait me permettre d'emménager les mois suivants, dans un appartement refait à neuf, aidée par du personnel du service entretien de ma société.

J'habitais désormais au 4ème étage, avec ascenseur, bénéficiant de larges baies vitrées donnant sur le ciel et la verdure. Au delà des arbres et des immenses cèdres bleus, j'avais la vue sur le vieux bourg, le château de Mme de Vilmorin, l'école, et au loin sur les collines boisées des forêts alentours.

Je pouvais laisser les stores ouverts toute la nuit et non pas, comme à Evry, dès le soleil couchant, obligée de fermer et barricader tous les volets, par peur du cambriolage et de l'agression. J'entendais maintenant les bruits rassurants du dehors, j'étais réveillée le matin par le chant des oiseaux et les cris des enfants de l'école voisine. J'emménageais en février : la neige allait tomber pendant la nuit et le parc de ma résidence était une vraie splendeur. J'étais bien au chaud sous la couette, j'aurai voulu que la neige si blanche, si douce, m'engloutisse.

Ma relation avec mon mari allait prendre une autre tournure, je ne voulais plus avoir les tripes nouées lorsque je le voyais arriver. Je savais que, dorénavant, le code d'entrée et l'interphone, présentaient une sécurité que je n'avais pas eue à Evry ce qui ne l'empêchera pas de m'affirmer, pour tenter de marquer son territoire et l'oeil furibond, "Si je vois un homme ici, je défonce la porte". Je n'étais pourtant plus "sa propriété".

Une nouvelle tranche de ma vie allait ce jouer là. J'allais petit à petit reprendre goût à la vie.

 

*****

Le jugement de divorce a été prononcé le 26 février. Notre mariage avait été rayé d'un trait de plume sur ce "livret de famille" que la Maire de Courbevoie nous avait remis avec tant de solennité. Les mois passant, mon époux qui, depuis, était devenu mon "ex", n'avait plus autant de remords comme au début. Il ne téléphonait plus autant. Nous étions déjà dans "l'après".

Je découvrais la solitude et parfois son charme : est-ce que je ne dors pas bien dans ce lit double où je suis seule ? Un sommeil désormais sans cauchemar, finies les nuits agitées où je fuyais, en rêve et en larmes, vers une montagne bordée de précipices. Plus de scènes de ménage, le bonheur !

J'ai repris mes cours à l'IFG, section "finances" cette fois-ci, deux jours par mois pendant 15 mois. Des hommes uniquement dans cette promotion : des responsables financiers. J'étais la seule femme et ils n'étaient guère sympathiques contrairement à ce que j'avais connu antérieurement. Je côtoyais une caste, tous issus des grandes écoles. Ils ont la morgue des normaliens, des centraliens, des Saint-Cyriens...Pourtant, j'en ai connu des super sympas par le passé. Je regrettais l'ambiance chaleureuse des années 1974/1980, période bénie de mon émancipation, ce qui m'avait permis de prendre confiance en moi tout en améliorant mes compétences.

Devant cette débâcle familiale, on m'a conseillé de voyager, de sortir de mon trou pour me changer les idées. Sortir, mais où ? Rozay avait été mon port d'attache pendant 25 ans et mon seul paysage. Un couple de relations me préconisa de contacter un club de vacances pour passer les congés d'été. J'avais besoin, en effet, de tourner la page définitivement sur ma vie conjugale.

 

Pâques 1985

Ayant conservé quelques contacts avec Astrid, une amie de l'Ecole Commerciale de Trudaine, nous nous téléphonions de temps à autre : une carte postale aux vacances, une autre pour les bons voeux, mais on se voyait rarement car mon mari ne l'aimait pas. Son coté "bobo-gauche-caviar", son arrogance, ses avis sur tout, sur rien, l'importunait. Il ne tolérait, en réalité, que ses propres copains. En fait, ils étaient aussi pénibles l'un que l'autre à toujours vouloir imposer leurs idées.

Elle m'invitera à passer le week-end de Pâques à Mers, près du Tréport, où ils avaient un petit trois pièces-cuisine au bord de mer. Elle insista tant que je donnais mon accord, mais sans enthousiasme. Il fallait que je bouge si je ne voulais pas m'enfermer définitivement dans ma coquille et tomber dans la dépression.

C'était mon premier week-end, hors de Paris, depuis mon divorce et le premier au bord de mer avec des amis en 20 ans de mariage. Il faisait froid.

Ma fille débarqua le vendredi à mon bureau en fin d'après midi accompagnée de son bout de choux. Ce n'était ni l'endroit ni le moment de parler de ses ennuis conjugaux. Je ne pouvais guère la questionner ou lui répondre devant le personnel de mon service. Je lui signalais mon absence pendant le week-end et lui rappelait que son père était à Massy si elle avait besoin de lui.

Alain était parti chez sa mère et elle n'avait pas d'argent. Je lui ai donné ce qu'il fallait pour passer le week-end, et dès mardi j'aviserai dans l'hypothèse où Alain ne serait pas de retour. Je supposais qu'il s'agissait d'une nouvelle dispute entre eux, qui, comme d'habitude, allait s'arranger. Je partais à Mers avec mes amis, contrariée mais pas particulièrement inquiète. Je ne voulais pas m'impliquer outre mesure, car je connaissais leur mode de fonctionnement assez dévastateur et je ne pouvais pas, même si je l'avais voulu, les emmener avec moi.

En fait, depuis qu'elle connaissait Alain, Valérie avait totalement coupé les ponts avec nous, quitté la maison, laissé tomber ses études, jusqu'à ce qu'elle se retrouve enceinte et lui en prison. Elle nous impliquait lorsqu'elle avait besoin de nous et nous rejetait violemment, les jours suivants, dans un processus pervers que je connaissais bien et qui me démolissait.

On devient fou à côtoyer de telles personnes car c'est au détriment de son propre équilibre et je ne voulais pas mettre le doigt dans un engrenage dont je n'arriverai pas à sortir. Je ne voulais pas tout accepter comme j'avais pu le faire avec son père.

 

Mardi,

Il avait plu tout le week-end, mais l'amitié de mes amis m'avait réconfortée. Nous avions flâné sur le port de pêche et le bord de mer lors des rares rayons de soleil. Je les avais invités à déjeuner dans un restaurant sur le port pour les remercier de ce séjour. Nous avions passé un bon moment nous rappelant avec Astrid notre passé commun d'étudiantes.

A peine arrivée à mon bureau, le père de Valérie m'informera qu'elle avait été hospitalisée à Orsay, en psychiatrie, pour une tentative de suicide. Elle avait voulu s'ouvrir les veines....

A la suite d'un coup de téléphone, Alain était venue chercher sa fille pour l'emmener chez sa propre mère, où il demeurait désormais, du moins c'est ce qu'il affirmera. Il quittait définitivement Valérie fragilisée depuis sa maternité car il ne supportait plus son comportement agressif et le manque d'argent. Lui-même trop jeune, car il n'avait que 19 ans à la naissance d'Aurélie, n'avait connu qu'une vie marginale et facile, en dehors des clous, à la limite de la légalité qu'il franchissait parfois allègrement.

Il avait appelé les pompiers et fait hospitaliser Valérie. Quant à Aurélie sa fille, il comptait bien la garder chez sa mère.

J'étais effondrée et je me sentais affreusement mal, mais cette hospitalisation me tranquillisait provisoirement. Ma méconnaissance du problème, était telle à l'époque, qu'en réalité je n'imaginais même pas quel type de maladie se cachait derrière le mot schizophrénie ne sachant pas en quoi cela consistait. Depuis vingt ans, désormais, les journaux et les médias ne font qu'en dénoncer les dangers à travers des faits divers plus ou moins dramatiques.

J'avais l'espoir que Valérie recevrait les soins appropriés à son état de santé. En outre, je ne pouvais être à la fois au four et au moulin, l'aider financièrement et, en même temps l'assister psychologiquement, ce dont d'ailleurs j'étais totalement incapable. Elle avait voulu naviguer dans un monde qui m'était totalement inconnu, que je désapprouvais, et concilier vie professionnelle et vie privée était déjà très difficile pour moi, me mettant sous pression depuis des années, encore plus maintenant que j'étais seule et divorcée.

 

Mai 1985

Dès sa sortie de l'hôpital d'Orsay, où j'étais aller voir ma fille à plusieurs reprises avec Aurélie lors de week-end, j'espérais bêtement pouvoir retrouver la gentille gamine qu'elle avait été dans sa jeunesse. Le départ d'Alain était pour moi, à cet instant, la fin d'un parcours chaotique car j'estimais qu'il était responsable de l'état déplorable dans lequel elle se trouvait. J'avais espéré que la venue au monde d'Aurélie et la mise à disposition d'un logement entièrement meublé feraient cesser ce comportement marginal et que la maturité leur apporterait à tous deux une certaine sagesse car Aurélie n'était pas un accident, mais une naissance désirée. Ils comptaient, surtout trop sur nous, pour résoudre leurs problèmes.

Je me rendais à son appartement car elle était sans ressource et je supposais qu'elle voulait reprendre Aurélie le plus vite possible. J'étais prête à l'héberger chez moi avec la petite et à lui faire quitter le logement de Palaiseau où elle ne pouvait rester seule. C'était facile, l'appartement appartenait à mon entreprise et je trouverai un autre candidat sans aucune difficulté.

N'obtenant pas de réponse, je m'inquiétais, ayant peur qu'elle ne réitère une tentative de suicide. Aussi, j'allais demander de l'aide à la caserne des Pompiers toute proche puisqu'ils étaient déjà intervenus lors de son hospitalisation. A notre grande surprise, lorsque je fus de retour avec deux pompiers, elle ouvrit enfin la porte, m'injuria avec une violence verbale qui me sidéra, me disant de "me casser"... Elle était avec un nouveau "mec", au genre encore plus marginal que tous ceux que j'avais pu connaître jusque là ! Il est vrai que je ne fréquentais pas le métro à la station "Les Halles"...

Les médecins l'avaient remise sur pieds à coup de médicaments, elle avait repris du poil de la bête, et je ne reconnaissais plus ma fille !

Ce jour là, j'ai pris conscience de son vrai caractère, si semblable à celui de son père : autoritaire, jusqu'au boutiste, ingrat. Déboussolée, je décidais de prendre mes distances avec elle face aux aspects agressifs que je ne supportais décidément plus. C'était viscéral.

Quelques jours plus tard, Valérie et Pascal son nouveau compagnon, étaient tous deux sous les verrous, ayant été jugés en comparution immédiate. Condamnés à 1 an de prison : 6 mois ferme, 6 mois avec sursis. Elle était incarcérée à Fleury-Mérogis et lui à Fresnes. Mais j'en ignorais le motif réel, une banale histoire de walkman volé, parait-il ?.. Puisqu'elle était majeure, nous n'avions pas été prévenus pour lui trouver un avocat, et celui commis d'office n'avait rien à faire de son cas, affaire somme toute banale pour lui !

Se posait la question essentielle qui me taraudait : que s'était-il passé pour que ma fille passe, en quelques semaines, de la mère de famille élevant son enfant, certes avec le père qui n'assumait pas, en une jeune femme punk fréquentant des drogués et des marginaux ?

*****

Pourtant, grâce à Maître C, je fis des pieds et des mains pour la faire sortir de Fleury. Elle était dehors 14 jours après, mais les conditions de liberté conditionnelle impliquaient qu'elle travaille. Elle ne tiendra pas ces conditions vu son état de santé précaire et sera hospitalisée à Ste Geneviève des Bois après une nouvelle arrestation très mouvementée.

Le Psychiatre qui l'avait prise en charge, après avoir entrevu son père, me convoquera à un entretien auquel je me rendis. Devant les propos aberrants et délirants de ma fille et alors que, la réunion terminée, elle s'éloignait, il me mettra en garde: "Coupez avec elle, où elle vous détruira, elle ne respecte rien, ni les gens ni les horaires. Je ne veux pas l'escalade avec elle. Elle aurait pu être une jeune fille de bonne famille, elle a choisi d'être une loubarde, elle doit assumer son choix".

J'allucinais ... Elle sera ensuite réintégrée à Fleury jusqu'à la mi-septembre.

 

*****

J'ai cru ce spécialiste car je devais me rendre à l'évidence, je n'avais guère d'alternative, ou je m'enfonçais avec elle, ou je la laissais s'enfoncer seule. Je lâchais prise, comme avec son père un an auparavant, car sa seule présence me mettait sous tension et je perdais pied. Son père lui rendra visite à plusieurs reprises, j'irai une seule fois avec lui, mais je lui écrivais presque tous les jours en envoyant des mandats et des colis. Elle était l'ombre d'elle-même, maigre comme un clou, flottant dans sa robe blanche.

Ce jour là, d'ailleurs, les choses ont failli mal tourner à la sortie de Fleury. C'était trop dur à supporter, s'ajoutant au comportement ignoble de mon "ex" qui avait voulu s'éclipser en douce en me larguant lamentablement sur le parking. Il venait de m'informer de son refus d'aller chercher Aurélie, alors qu'il me l'avait promis, car je travaillais, et lui était en congés. C'est un lâche qui n'a pas de paroles et j'ai failli "péter les plombs" pour de bon.

Aussi, je le dis simplement, j'ai failli le tuer en l'écrasant comme une crêpe contre un mur où je l'avais coincé avec ma voiture. Trop c'est trop, je ne réfléchissais plus, je n'en pouvais plus. J'avais les épaules solides, mais le fardeau commençait à me faire plier les genoux.

Il était là, devant mon capot, j'avais le pied sur l'accélérateur et le moteur vrombrissait nerveusement. Il avait peur, cela se voyait.

Il a eu la vie sauve, ayant lâché cette phrase : "je ne mérite pas que tu ailles en prison à cause de moi". Cela m'a stoppée net et m'a ramenée à la lugubre réalité. C'était un salaud. J'ai passé la marche arrière, et je suis partie, le laissant réfléchir à la portée de ses actes. Il a compris que je n'étais pas apte à tout encaisser sans broncher. Il fallait qu'il arrête de me faire souffrir. Je n'étais plus que haine envers lui.

Tous les deux, le père, la fille, m'avaient fait trop de mal. Il fallait que je déconnecte et on me conseillait "ne restez pas toute seule, c'est mauvais pour le moral". De toute façon l'idée de devenir la femme trompée et abandonnée qui pleure du matin au soir me révoltait. J'allais me faire la promesse solennelle d'en finir pour de bon avec les crises de larmes.

 

Août 1985 : Grèce du Nord et Corfou

cliquer ici : pour lire le récit

Corfou : Paola et moi

Il fallait que je me change les idées. Mon entreprise était fermée pour congés payés en Août.

J'allais mieux, mais je n'allais pas bien. De toute façon, je ne pouvais rien faire de plus.

Poussée par mes amis, j'ai opté, pour des vacances au Club Med à Corfou.......A mon retour, j'allais me réfugier dans le travail, c'était la meilleure chose que je pouvais faire.

septembre 1985

Valérie sortira de Fleury le 13 septembre 1985. Entre-temps j'avais payé ses loyers en retard, fait le ménage, pour qu'elle puisse conserver son appartement. Son père s'était occupé de trouver un autre maître à leur chien, un berger allemand, qui, seul dans l'appartement, le temps que nous soyons prévenus de son incarcération, avait en trois jours, fait des dégâts considérables. Nous avions d'ailleurs été alertés par l'administration pénitentiaire, qui nous ayant fourni les clés de son logement, se demandait où pouvait bien être passée Aurélie ! Elle était chez l'autre Mamy en sécurité.

Après cette détention, Valérie voudra récupérer Aurélie toujours à Suresnes, ce qui me paraissait fort compréhensible et je comptais sur la présence de la petite pour stabiliser ma fille, mais Alain s'y opposait farouchement inquiet de son comportement. J'accompagnais donc Valérie pour essayer de le raisonner, mais rien n'y fera et se mettant en colère il me portera des coups de poings au visage, ce qui me fera tomber au sol, groggie.

Je quittais Suresnes hagarde, laissant sur place Valérie et Alain à leur violente dispute. Je ne pouvais pas vivre ainsi.

Dans la voiture qui me ramenait seule à Verrières, je pleurais tellement que je ne voyais plus rien devant moi à travers le pare-brise. Je m'étais trompée de route, ayant pris l'autoroute de l'Ouest par erreur. Au bout d'un moment, complètement perdue, ne sachant plus où j'étais, je me suis arrêtée pour demander mon chemin à deux motards CRS qui se trouvaient sur le bord de la route, étonnés de tant de larmes. "Ya pas de quoi pleurer Madame" et ils me conseillèrent de faire demi-tour à la prochaine sortie pour retrouver mon chemin.

Je serais un long moment avant de revoir ma fille. J'allais couper les ponts, je ne voulais plus m'impliquer, elle-même ne faisant pas assez d'efforts pour changer de comportement.

 

Octobre 1985

Briançon

Depuis quelques semaines j'allais mal, je souffrais depuis peu de petites d'hémorragies totalement anormales et après une consultation auprès d'un chirurgien - ami de Claudine, son mari étant cardiologue - intervenant à l'Hôpital Américain, je serai opérée d'une hystéroctomie, car je souffrais d'un fibrome. J'avais peur de mourir et ce sera le début de mes problèmes de santé. D'après un psychiatre rencontré bien des mois après ces événements, ces problèmes étaient liés à ceux de ma fille et au stress récent provoqué par des émotions trop douloureuses.. La maladie ne frappe pas n'importe où, n'importe comment non plus. Il m'expliquera qu'il y a une corrélation entre la maladie et la souffrance psychique, cela ne faisait guère de doute dans mon cas.

Ne pouvant rester seule à mon domicile, j'allais partir trois semaines en convalescence près de Briançon.

Dans le train qui m'éloignait géographiquement du lieu de mes soucis, je me sentais rassérénée un peu, même si je savais que c'était reculer pour mieux sauter. L'air de la montagne, le calme de cette maison de repos me fera le plus grand bien. Je me terrais loin des regards comme une bête malade, mais au fond de moi j'avais l'impression culpabilisante de faillir sur tous les plans. J'avais besoin de déconnecter, tant de mon "ex" que de ma fille.

Les journées passaient très lentement, et après un repos que nous faisions entre deux et quatre heures de l'après-midi sur le balcon ou dans nos chambres respectives, nous pouvions marcher un peu dans la montagne environnante ou aller jusqu'à la ville faire quelques achats pour nous changer les idées. C'était le calme plat, tellement loin de l'agitation qui m'entourait habituellement.

Avec le retour à Verrières, quelques semaines après, je retrouvais tous les problèmes dont bon nombre me dépassaient. Cependant, je me sentais plus légère et plus libre. Je repris le travail en meilleure forme.

 

Noël 1985

J'appréhendais les fêtes de fin d'année que j'allais passer seule.

Je me tournais vers mes parents, à qui je téléphonais pour enfin passer quelques jours avec eux en Normandie où ils étaient installés, désormais à la retraite. Je m'en faisais une joie. Ils ne voulurent pas me recevoir, sous prétexte, m'affirmera ma mère, que j'étais divorcée !. Je m'aperçus ainsi qu'elle était toujours aussi bornée, dure et imperméable que dans ma jeunesse, mais la réalité allait s'avérer bien pire que cela quelques mois plus tard.

Contrairement à toute attente, mes parents avaient pris position pour Alain. Ils témoigneront par écrit en sa faveur dans le dossier de transfert d'autorité parentale d'Aurélie. Je ne découvrirai leur attestation que dans le bureau de la Juge. . Alain était arrivé à les manipuler au détriment de leur propre petite fille. Je ne pouvais admettre qu'ils puissent porter un tel préjudice à ma fille sans m'en avoir parlé au préalable, alors qu'ils ne savaient pas ce que les mots drogue et dealer voulaient dire.

De ce ton sec et cassant que j'avais tant redouté enfant, ma mère me dira "que mon père et elle préféraient rendre visite à Aurélie chez l'autre Mamy, car c'étaient des ouvriers, des gens simples, plutôt que chez moi depuis que j'étais devenue "directeur" !. J'étais anéantie, nous avions franchi un point de non retour. J'éclatais en sanglots et laissais libre cours à mon chagrin et à mes désillusions.

Je ne leur pardonnerai jamais ces paroles redoutables et ils seront huit années sans me revoir.

Le mur qu'ils avaient dressé entre nous était devenu infranchissable.

1986

week-end en Hollande avec Annie
Chamonix : Moi, Louis et Annie

Je devais livrer un combat : dompter l'arrogance des week-end qu'il fallait meubler, sans parler des vacances, le point noir absolu. Ne pas me laisser submerger par l'énorme masse du temps qui refuse de passer.

Aussi, avec la nouvelle année, j'avais pris des résolutions.

J'avais décidé de me trouver des occupations pour m'occuper les week-ends, surtout ne plus déprimer, ne plus pleurer. Je me suis abonnée à un club de célibataires organisant des sorties sur Paris, des visites de musée, des soirées restaurant, des sorties le week-end et de courtes vacances. C'est ainsi que je rencontrais Annie et son compagnon de l'époque Louis avec qui je me liais d'amitié, mais aussi Anne-Marie. Avec cette dernière, je me suis inscrite à des cours de peinture qui avaient lieu tous les samedis après-midi, activité dont j'avais rêvé toute ma vie. Nous allions, aussi, nous retrouver tous les quatre pour d'agréables week-end de découverte entre amis, tels qu'en Hollande ou à Chamonix.

C'est dans ce club que j'ai connu Catherine Aubier, la célèbre astrologue spécialisée dans l'astrologie chinoise. Etant moi-même passionnée par cette" science", je la rencontrais à diverses reprises et, pendant plus de dix ans environ, elle me conseillera utilement. Une de ses amies me faisait aussi des prédictions. Certaines allaient s'avérer fort exactes, notamment concernant Godia, le deuxième enfant de Valérie. Plusieurs mois avant sa naissance, elle m'a affirmé -alors que ma fille était enceinte jusqu'aux yeux- "que ce petit être n'existait pas, il ne figurait pas dans le thème astrale de sa mère, elle ne sortirait pas de la maternité avec le bébé"..

J'étais dubitative, pourtant la cruelle réalité, quelques mois plus tard, allait me rattraper.

Progressivement je devins accroc des espoirs que Catherine savait me faire miroiter sur mon avenir personnel ou professionnel. Cela m'aidait et me stimulait. Elle allait m'éclairer sur le caractère difficile de ma fille, similaire à celui de son père. Elle me découragera sans réserve sur un homme qui, d'après elle, n'était pas fait pour moi et m'annoncera un cap très difficile en 1996 et une fin de carrière en 1998.

L'homme assez mystérieux, car il avait horreur des questions indiscrètes, et qui voyageait beaucoup, disparaîtra sans crier gare, et je ne saurai jamais ce qu'il était devenu. Je n'ai d'ailleurs pas cherché. Par contre, il avait contribué à me reconstruire en m'affirmant "Tu as les moyens de vivre comme un homme, penses à toi et protèges toi". Un comportement égoïste, il est vrai, dont les hommes sont tellement coutumiers.

Ayant un jour croisé mon "ex" et voyant combien j'en avais encore peur malgré les années passées, il me conseillera : "Il te prend pour sa mère, il se rappelle de toi quand il a besoin de toi, n'acceptes pas cela".. Cet homme m'a beaucoup aidée à briser ma dépendance envers mon ex conjoint.

Puis, en 1996 un grave accident m'obligera à 10 mois d'arrêt de travail et, en 1998, je partirai en pré-retraite.

Catherine avait donc vu juste.

*****

Alain n'ayant pas l'autorité parentale ne pouvait pas légalement garder Aurélie à Suresnes. Valérie voulait récupérer sa fille , mais sans travail, sa santé en lambeaux, cela paraissait improbable d'autant que son comportement toujours en dents de scie ne me facilitait pas la tâche.

Les services sociaux auxquels il s'adressera, placèrent la petite chez une nourrice agréée à Igny le temps d'apaiser le climat entre les deux parents et dans l'attente de la décision du Tribunal de grande instance d'Evry.

Je payais l'avocate -la même que celle qui s'était occupée de mon divorce - mais Valérie ne se rendait pas aux rendez-vous fixés. Il y avait, aussi, un autre avocat nommé d'office par l'aide judiciaire mais sans plus de succès.. C'était un vrai dialogue de sourds. Je pensais qu'Alain la manipulait car ce n'était pas, non plus, un enfant de choeur. Que lui avait-il promis ou fourni en contre-partie de la garde de sa fille ?

Alain obtiendra le transfert de l'autorité parentale par jugement du 18 avril 1986 après une audience quelque peu suréaliste, à laquelle j'assistais : la Juge allait me menacer de "me jeter en prison si je continuais à m'occuper d'Aurélie" ! Je tombais des nues, moi qui ne l'avait jamais hébergée plus longtemps que quelques heures. Qu'avait donc pu raconter Alain ou Valérie ? La juge ne me laissera pas la possibilité de poser des questions pour obtenir une explication. J'apprendrai aussi que mes parents avaient établi une attestation en faveur de la mère d'Alain. Merci maman !

Le retour du Tribunal sera sinistre. J'étais écoeurée. Valérie sanglotait dans la voiture. Elle se rendait compte, enfin, qu'elle aurait dû agir autrement, mais c'était trop tard. Aurélie lui était enlevée et quittera la nourrice d'Igny pour être domiciliée légalement à Suresnes chez l'autre Mamy. Elle viendra un week-end sur deux en visite chez sa mère à Palaiseau.

J'étais au bout du rouleau. Une page de ma vie se tournait définitivement.

 

février 1987

Verrières 1985 : Juliette Cardoux, arrière grand mère d'Aurélie

Née en 1904, à Rozay en Brie (77), Juliette épouse d'Albert Lachaize, la mère de mon "ex", allait décéder à l'âge de 83 ans transportée à l'hôpital de Jouarre en Seine-et-Marne, car elle s'était " échappée" de la maison de retraite où elle résidait et souffrait d'une pneumonie dont elle ne se remettra pas. Elle avait perdu sensiblement la mémoire et la notion du temps. Sa disparition me faisait de la peine car c'était une femme qui avait souffert dans sa vie et que j'aimais bien, malgré qu'elle ne fut guère démonstrative.

J'ai compris, bien des années après, ses silences, ses mutismes, ses non-dits, ses acceptations, car elle n'osait pas affronter son fils. Pourtant, je pense qu'il l'aimait beaucoup, mais à sa manière. L'époque n'était pas à se dire "je t'aime" à tout propos comme de nos jours et les fils n'ont jamais été très attentionnés. Pudeur. L'époque de la télé réalité n'avait pas encore envahi notre vie.

Ayant élevé seule mon ex époux, je pense qu'elle en avait peur, qu'elle craignait ses réactions. Elle lui avait tout cédé depuis son plus jeune âge, et son caractère parfois brutal de gosse en manque de père avait pris le dessus sur une femme effacée, soumise, d'une autre génération, habituée à tout accepter, à ne jamais se rebeller. Parfois, au fil du temps, des années, des anecdotes avaient resurgies ce qui nous faisait rire, racontées en omettant les détails les plus désagréables.

N'avait-il pas, par exemple, saccagé tout son appartement, vidé tous les placards, retourné tous les lits et les armoires, afin de trouver une plaquette de chocolat qu'elle cachait, car elle avait de très petits moyens financiers et lui était accroc au chocolat ? A vingt ans, elle lui lavait encore les pieds, lui apportait son petit déjeuner au lit, alors qu'elle travaillait durement à faire des lessives, par tous les temps, à la rivière ? Elle acceptait qu'il arrive à n'importe quelle heure pour déjeuner ou dîner, elle le servait à table comme si elle était une employée de maison à son service. Jamais il ne se serait levé pour la laisser s'asseoir et souffler. Il avait priorité sur tout et sur tous. Elle était à l'entière disposition de ses enfants et jamais elle n'avait osé tenir tête à ce fils, le petit dernier, qui la menait par le bout du nez.

Les mères ne sont-elles pas responsables si leurs fils deviennent des tyrans ? Elles croient pourtant en faire de vrais hommes !

J'ai assisté à son enterrement dans la belle église de Rozay. Elle habitait juste en face, à vol de prières, et tous les soirs elle était chargée par le Curé de la paroisse d'en fermer les portes à clé, ce qu'elle avait effectué pendant des dizaines d'années. C'était son dernier voyage. Elle avait élevé ses enfants comme elle avait pu, puisque son époux s'était volatilisé au lendemain de la libération de la France par les forces alliées, entourée de voisins parfois avenants, parfois hermétiques. La France à peine profonde, entre ragots et bienveillance, celle des campagnes d'autrefois.

Mais, je ne faisais plus partie de la famille. Mon ex-belle soeur à qui je proposais de l'aide pour ranger et vider son logement me répondra brutalement "je n'ai pas besoin de toi". Ainsi, se tournait péniblement une nouvelle page de ma vie. Décidément, je n'étais plus rien.

J'ai repris ma voiture pour rentrer sur Paris, j'avais le coeur lourd, bien lourd...

 

Mars 1987 : Mexique

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Mexique : Eliane et Astrid

Il y a des civilisations qui fascinent et le Mexique est une terre de rêves.

Comment imaginer ces villes ensevelies et perdues dans la forêt tropicale sans les avoir parcourues ? Que sont devenues ces civilisations mystérieuses du fameux serpent à plumes ? 15 heures de voyage pour arriver à Mexico et 15 jours de circuit dans ce pays merveilleux pour trouver les réponses à ces questions........

Le retour vers Paris se fera via Houston, ravie de ce premier voyage lointain et de ces 15 jours passés avec des amis.

 

mars 1987 - GODIA

Aurélie et Godia

Le 21 mars 1987 naquit, à Palaiseau, Godia, le fils de Valérie et Pascal F.

J'étais en voyage au Mexique avec Astrid et son mari car le bébé devait naître au mois de mai.

Aussi, à mon retour, c'est avec une immense joie que j'appris la naissance de ce petit homme. Godia : prénom curieux, mais on ne m'avait pas demandé mon avis.

De faible constitution car venu avant terme, le nouveau-né fut mis en couveuse pendant trois semaines. L'hôpital où il sera transporté se situait sur les boulevards périphériques à Paris, du coté de la Porte de Versailles, ce qui ne permettait pas à ma fille de le voir tous les jours. Ma joie sera immense lorsqu'enfin, on me mit dans les bras ce minuscule bébé. Un garçon, c'était le rêve de toujours enfin réalisé. Il prenait de suite une place immense dans mon coeur.

Trois mois pour l'aimer, puis le drame.

Le 27 juin, Valérie me téléphonera pour me dire que Godia était décédé de la mort du nourrisson pendant la nuit. Un coup de fusil dans le coeur, je crus devenir folle au bout du fil. Je fus prise de tremblements, je ne cessais de pleurer refusant l'horrible vérité. J'étais dévastée.

Ma fille, comme son compagnon étaient incapables de s'occuper des formalités auprès de l'entreprise des pompes funèbres de Lonjumeau. N'ayant jamais eu à m'occuper de ce genre de choses, j'étais sidérée par le coût de l'ensemble des opérations. Financièrement, si je n'avais pas été là, les parents de ce petit ange n'auraient même pas pu enterrer leur fils convenablement, lui offrir ce joli petit cercueil blanc. Qui, en dehors de quelques privilégiés, dont j'avais la chance de faire partie, était en mesure de sortir une somme pareille ?

La seule contribution de mon ex-époux sera de me donner son accord pour que le bébé soit enterré dans le même caveau que son arrière grand-mère paternelle dans le petit cimetière de Rozay-en-Brie. Malgré la détérioration de nos relations, mon "ex" sera présent lors des obsèques, accompagné d'une voisine de l'immeuble de Massy ce qui me surpris, mais j'appris par ma fille, que c'était une de ses nombreuses conquêtes. Il n'avait aucune retenue, pas un semblant de dignité, en s'affichant ainsi...

J'ai eu l'ultime obligation de faire la toilette du bébé et de l'habiller pour ce dernier voyage, ma fille était sous le choc et ne voulait pas y toucher. Elle n'eut pas une larme, alors que moi j'étais liquéfiée par le chagrin. J'ose espérer que le karma de ce petit ange lui vaudra une réincarnation plus douce que ce passage sur terre bien trop court.

 

Aurélie, ma petite rousse aux yeux pervenche.

L'après Godia sera délirant. Pascal, très éprouvé par le décès de son fils, en voulait à Valérie sur qui il reportait la faute. Elle ne s'était pas levée la nuit alors que le bébé pleurait. Lui, non plus d'ailleurs. Des bagarres très violentes éclatèrent entre eux, au cours desquelles il la frappa et cassa tout dans l'appartement. Les pompiers et la police allaient intervenir appelés par les voisins. Pascal était devenu comme fou, il fallu envisager son hospitalisation d'office, mais retranché dans le local à poubelles de l'immeuble, il menaçait de se suicider à l'aide d'un couteau de cuisine. Appelée à la rescousse, je tentais de le raisonner, je réussis à l'approcher, à le calmer car je n'avais pas peur de lui. C'était en définitive un garçon fragile psychologiquement malgré ses airs et son look de skeaned. Il sera hospitalisé à Orsay plusieurs semaines.

Quatre jours après l'enterrement de Godia, Valérie prendra à partie une vieille dame dans la rue (qui semble-t-il l'avait interpellée brusquement à cause de son chien) et sur laquelle elle défoulera tout son trop plein de chagrin, d'angoisse et d'agressivité. Cette dame, belle mère d'un Procureur d'Evry, sera blessée et hospitalisée. Valérie sera arrêtée et transférée à Fleury-Mérogis. J'allucinais....

A partir de ce jour, le droit de visite et d'hébergement d'Aurélie allait se réduire comme une peau de chagrin au vue des rapports médico-psychiatriques de sa mère.

Alain, le père d'Aurélie, en profitera, en effet, pour faire une demande d'autorité parentale complète et non plus partagée avec seulement une visite autorisée de quatre heures par mois, en présence d'un tiers, c'était de bonne guerre !

Pourtant, quelques années auparavant et alors que Valérie était enceinte, j'avais aidé Alain à sortir de prison, lui ayant procuré un avocat de ma connaissance pour assurer sa défence. Puis, trouvé du travail grâce à Claudine (qu'il ne tenait jamais plus de quelques jours), j'avais, aussi trouvé un logement au jeune couple que j'avais entièrement meublé.....faisant de mon mieux pour leur assurer un bon départ dans la vie. Alain restera toujours un marginal avec des hauts et des bas et c'est en réalité sa mère, donc l'autre mamy, qui allait élever Aurélie. Ma fille était complètement déconnectée et "à l'ouest" et je savais qu'Alain avait beaucoup participé à l'état de santé lamentable dans lequel elle se trouvait, même si elle n'était pas exempte de tout reproche.

Plus tardivement, une assistance sociale laissera filtrer quelques remarques, notamment qu'elle avait été outrée par des propos tenus à notre encontre et entendus lors de réunions auxquelles elle avait participé en présence d'Alain. Lui aussi, était un grand manipulateur.

 

*****

En 2004, vingt ans plus tard et alors qu'il aidait mon "ex" à déménager, il préconisera, (devant moi, à un de ses copains qui l'aidait dans cette tâche, et qui connaissait quelques difficultés conjugales tout en voulant récupérer son enfant), d'opérer de la même manière que lui pour neutraliser sa compagne. Il se vantait d'avoir réussi son coup. Cela me confortait dans ce que j'avais toujours pressenti.

Je n'ai rien dit, il n'y avait plus lieu de rallumer la guerre. Je crois avoir tout fait pour apaiser le climat autour d'Aurélie, même si ma fille, par contre, n'a pas été à la hauteur de ce que j'attendais d'elle, elle ne savait qu'hurler, menacer, claquer les portes. Pourtant, lui retirer sa fille après le décès de son fils, c'était inhumain et ce n'étaient pas quatre heures par mois de visite qui pouvaient créer des liens familiaux.

J'ai, depuis, la haine des services sociaux et des Juges.

 

Août 1987 : Turquie

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soirée à Kuchadasi

Prendre le large pendant deux semaines, voilà la seule solution qui s'offrait à moi pour tenter de me remettre d'un divorce difficile et de tout ce cauchemar. J'ai choisi un circuit en Turquie avec le Club Med.....

A mon retour à Paris après 15 jours de voyage, j'ai repris le travail, plus active que jamais, la tête dans le guidon, pour ma survie.

 

Paris

En dehors des vacances, je continuais de sortir avec Annie presque tous les week-ends. Divorcée depuis plus de 10 ans, elle connaissait Paris comme sa poche, contrairement à moi. A cette époque, nous allions beaucoup au cinéma le dimanche après un déjeuner "resto".

Ayant rompu avec Louis, elle fréquentait pas mal les discothèques parisiennes des Champs-Elysées, de Montparnasse, de la banlieue chic de l'ouest parisien, où elle m'entraîna parfois pour danser sur la musique de "Nuit magique" de Catherine Lara, et quelques autres tubes et slows à la mode.

Au fil des années j'ai connu des hommes rencontrés par hasard, la plupart n'étant pas libres, ce qui me convenait très bien, et avec qui je faisais un petit bout de chemin. Je les ai laissé venir vers moi, je n'étais ni bien ni mal avec eux. Je me disais "on verra bien", pas la peine d'espérer. Dès que je ne les voyais plus, je ne pensais plus à eux, aucun ne me manquait. Je n'attendais rien d'eux.

"Chat échaudé..." !

Il est vrai que je n'ai guère, non plus, inspiré de folle passion ni ne suis jamais tombée amoureuse. Les hommes libres de 50 ans cherchaient des femmes de 20 ans leur cadette pour prouver qu'ils étaient encore susceptibles de séduire et les autres étaient pingres, à moitié barjots ou alcoolos..

Je n'étais pas assez disponible, pas assez amoureuse, et au bout de quelques temps les ralations se dégradaient. J'allais m'endurcir, devenir menhir, car ces hommes ne ressemblaient jamais à ce qu'ils voulaient faire croire d'eux.

Il y a, aussi, ceux qui se rappelle de votre existence lorsque leur femme est partie en vacances au bord de mer, à qui on offre un whisky ou une coupe de champagne et dont vous serez, ensuite, sans nouvelle pendant des mois, ... Aucun intérêt. Ils ne sont même pas capables de vous inviter au restaurant pour partager un moment agréable, ni de vous passer un coup de téléphone pour rompre votre solitude. A fuir impérativement, des lâches, des égoïstes.

Je ne croyais plus au prince charmant.

De toute évidence, mon job, les problèmes avec ma fille et une somme considérable de travail m'asphyxiaient et ne me permettaient pas de m'engager dans une relation suivie, que je fuyais. Je vivais dans l'instant, je n'avais plus rien à donner, pas à ceux-là en tout cas. Cela correspondait à une époque où j'étais entrain de me "noyer" et dans ce désert affectif, je saisissais la première bouée à ma portée pour ne pas me laisser couler à pic.

J'avais dorénavant le coeur sec et la sensation que je n'aimerai jamais plus personne. Il aurait fallu que cet homme providentiel ait une sacrée dose de patience.

 

1988

Mais les soucis continuaient de s'accumuler.

Maître C. plaidera l'état de santé précaire de Valérie après le décès de son fils et obtiendra sa non-inculpation malgré la gravité des faits. Cependant, excédée par les incohérences, la mauvaise volonté notoire de Valérie de changer de comportement, de se faire soigner, elle lui dira, à l'issue de ce procès et devant l'indifférence de ma fille malgré ce résultat inespéré: "Vous feriez mieux de vous jeter du haut d'une tour, ce serait aussi efficace, et surtout plus rapide".

Le Procureur fera appel de cette décision jugée par lui trop clémente, donc nouveau procès en perspective. Maître C. refusera dorénavant de s'occuper du dossier de Valérie. Une avocate commis d'office assurera sa défense. Je lui ai transmis toutes mes notes et mon dossier pour préparer l'audience car elle ne comprenait rien de ce que lui racontait ma fille. Elle obtiendra la mansuétude des Juges et la confirmation du premier jugement, avec trois ans de mise à l'épreuve. Je m'étais refusée d'assister à cette audience car je n'en pouvais plus. Valérie était libre, mais avec une obligation de se soigner. Formule qui, en réalité, ne voulait rien dire et qu'elle ne fera jamais.

J'envoyais un chèque à l'avocate pour la remercier, car les honoraires d'un avocat commis d'office sont si faibles que cela explique le peu de temps qu'il passe à étudier le dossier dont il a la charge, ce qui s'avère notoirement insuffisant pour défendre pleinement une affaire. Je lui avais mâché le travail pour plus d'efficacité. Le résultat seul comptait.

*****

Pascal disparu de la circulation, quitta son travail car j'étais arrivée à le faire embaucher dans ma société sur un ligne de fabrication, ayant pour Chef de production non pas mon "ex", mais un autre contremaître.

Le logement de Valérie se transformera en squat et sera complètement dévasté. Elle sera expulsée et hébergée par son père chez qui elle s'était réfugiée. Ce qui me vaudra cette "aimable réflexion" de ce dernier, qui tout à ses amours, ne s'était, jusque là, occupé de rien "T'es qu'une conne, avec moi, dans trois mois Valérie travaillera.." Il allait vite déchanter ! J'étais sidérée par ses propos grossiers devenus désormais courants.

Je vidais l'appartement de Valérie avec l'aide des gardiens de l'immeuble, confrontée douloureusement aux jouets qui traînaient un peu partout, au vélo d'enfant d'Aurélie. Les meubles étaient cassés, la porte fenêtre brisée, les placards fouillés, le linge moisi en boule dans les coins.... Quant à moi il était totalement exclu de prendre ma fille chez moi, je ne pouvais faire face à ses crises de violence et encore moins à ses fréquentations toujours aussi marginales. J'avais cherché en vain un centre spécialisé qui veuille bien l'accueillir pour la faire soigner.

Quelques mois plus tard, mon "ex" se retrouvera à l'hôpital avec plusieurs côtes cassées et de multiples contusions. Il avait été attaqué par un copain de sa fille, à moins que ce ne soit lui qui ait cherché la bagarre ? Les deux probablement ! Mais cette fois-ci, malgré sa hargne, il n'avait pas eu le dessus, il était tombé sur plus teigneux et vicieux que lui.

Leur existence était devenue si éloignée de mon quotidien que je les fuyais tous les deux pour me protéger car le contraire aurait été au détriment de mon propre équilibre, sans efficacité réelle, qui plus est. Je m'interdisais de culpabiliser car j'avais trop souffert ces dernières années. J'allais couper totalement les ponts, sauf une fois par mois. En effet, j'allais chercher Aurélie en voiture pour sa visite mensuelle autorisée de 4 heures. C'était si peu et bien trop court pour créer de vrais liens familiaux. Nous déjeunions au restaurant, toujours en présence d'un tiers, d'Alain son père, de mon "ex" ou bien de l'autre Mamy que je raccompagnais en soirée à Suresnes.

Jamais, nous ne passerons un Noël ensemble.

Les circonstances m'aidèrent à tenir bon, mais j'ai vécu toute cette période comme un calvaire car j'aurais aimé être, dans une autre vie, plus disponible et plus active pour ma petite fille comme mon tempérament m'y poussait.

 

avril 1988 : MAROC, le sud

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Ouarzazate ; le "village" du Club

8 jours au soleil, j'en avais besoin. Direction le sud Marocain. Une splendeur........

 

Un voyage exceptionnel. Je retournerai à Ouarzazate en 1992, pour un long week-end, invitée cette fois par Manpower, la société d'intérim avec qui mon entreprise travaillait.

 

Août 1988 : EGYPTE

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de droite à gauche : Fabienne, Monique et moi

Seule l'idée de pouvoir repartir en voyage me faisait tenir toute l'année.

Le retour sur Paris 3 semaines plus tard me ramènera vers mes soucis. J'allais me saouler de travail pour ne pas couler.

*****

Automne 1988 : Boca-Ratoon

Jour et l'an

La chance voulu que je trouve dans ma boite à lettres un prospectus annonçant l'ouverture d'un Club de tennis dans une commune proche de mon domicile. Le dirigeant n'était autre que Richard que j'avais bien connu et perdu de vue depuis quelques années !

Que de souvenirs dans ma tête. Les années 1972/80 et les cours de formation à l'ICG, car c'était lui qui m'avait poussée à m'inscrire au cycle "contrôle de gestion" qui durait deux ans et que lui-même terminait alors. Nous avions participé ensemble à des séminaires de plusieurs jours organisés au château de Fillerval dans l'Oise et il faisait en sorte que je déconnecte totalement de mes soucis familiaux ....! .

Mes dirigeants avaient donné leur accord avec difficulté car ces cours, dispensés par l'Institut Français de gestion de Paris, coûtaient une fortune et je devais m'absenter de mon emploi au minimum deux à trois jours par mois pendant deux ans. L'entreprise avait un gros budget formation à dépenser et guère de candidats intéressés pour reprendre des études.

J'avais perdu de vue Richard lorsque mon entreprise décida d'investir dans son propre ordinateur AS400 IBM. Je lui devais, pourtant, ma formation informatique acquise pendant nos 8 années de collaboration.

J'appréciais sa décontraction, sa bonne humeur, sa facilité d'adaptation en toutes circonstances. Après avoir été directeur commercial "Europe" chez Appel, j'avais du mal à l'imaginer en gérant d'un tennis. Pourtant, je n'allais pas manquer de m'inscrire au plus vite à des cours, moi qui n'avais jamais tenu une raquette dans les mains ! Ce sera laborieux et j'abandonnais bien vite...., mais l'ambiance était sympathique et je sortais, enfin, de mon "trou". Je pouvais, occasionnellement, déjeuner sur place ou participer à quelques séances de yoga. Cela meublait certains de mes week-end tout en me relaxant, alors qu'Annie était occupée par d'autres loisirs beaucoup plus personnels.

C'était un nouveau petit pas pour tenter d'oublier mes soucis.

 

1989 et années suivantes

Aurélie et son Papy en 1993

Dans les années qui suivirent le décès de Godia, il m'arrivait, parfois, de rencontrer mon "ex", de lui parler, en terrain neutre, les dimanches où Aurélie venait voir sa mère, car je tenais à ce que son grand-père soit présent, toujours par sécurité craignant la violence ou la mauvaise humeur de ma fille qui pouvait se déclencher à partir d'un petit rien.

Mon "ex" me surprenait de plus en plus par son nouveau mode de vie. Parfois, je me suis posé la question de savoir comment j'avais pu aimer cet homme, si différent désormais de celui que je connaissais. Je me demandais d'ailleurs si je l'avais jamais connu réellement. Il s'habillait autrement, des vêtements de mauvaise qualité, portait des santiags ridicules comme un jeune loubard et des blousons de voyou, il avait parfois le crâne rasé d'un bagnard ce qui n'était pas encore la mode comme plus tard dans les années 2000. Il recevait des coups de couteau lors de bagarres dans les bistrots, se retrouvait avec un oeil au beurre noir à moitié fermé, l'arcade sourcillière ouverte, une balafre sur la joue .. Je ne le reconnaissais plus. Quelle était sa nature profonde : celui que j'avais connu ou celui qu'il était devenu ? Les double Ricards et les nombreuses bières qu'il ingurgitait le rendait à moitié fou et violent. Il fréquentait régulièrement les poivrots du quartier dont il ne pouvait se passer et avec qui déconner était devenu la règle.

Il vieillissait mal.

****

Quelques années après, il parlera de se remarier, car me disait-il, "la femme qu'il voulait épouser le trouvait gentil". "Parce qu'elle ne te connaît pas et elle ne tardera pas à déchanter", lui ai-je répondu, car gentil, il ne l'était pas et ne l'avait jamais été. Il voulait sans doute en donner l'apparence quelques temps pour séduire, et cette nouvelle conquête croyait ce qu'il prétendait être.

Il n'insista pas et cette union avec une autre que la "Nouvelle" ne se fera pas. Qu'était-elle donc devenue, au fait celle à l'origine de notre divorce ?

J'apprendrai ainsi, par amis interposés, que son "coup de coeur" avec Ayata n'avait pas duré. Ses fils, devenus grands, avaient pris goût à l'air du temps qui voulait qu'une musulmane ne fréquente pas un français, encore moins ne s'affiche en concubinage occasionnel. Ils avaient mis mon "ex" dehors du domicile de leur mère après une bagarre où il avait tout cassé chez elle. D'ailleurs, il trouvait que sa famille, au sens large du terme et qui vivait soit-disant à ses crochets, lui revenait trop cher. Je "ricanais méchamment" !

Juste retour des choses, je l'avais prévenue, elle, que son béguin pour lui ne serait pas de tout repos...

*****

26 avril 1989

Après Fleury Mérogis, des séjours en hôpitaux et bien des démarches de ma part, le cas de Valérie sera examiné à notre demande par un psychiatre désigné par le Tribunal d'Instance de Palaiseau. Elle sera mise sous tutelle par décision du 26 avril 1989. Son père était désigné tuteur car son agressivité était impossible à gérer, sinon par lui, d'ailleurs presque aussi agressif que sa fille. J'espérais que cette mesure la protègerait. Je m'occupais des dossiers, du courrier et des finances.

Les mois et les années qui suivirent me firent rencontrer nombre de psychiatres et l'un deux m'expliquera que n'est pas fou qui veut ! On ne devient pas psychotique, on l'est. L'apparition des symptômes n'est que le fruit d'un fait pouvant être apparemment banal, tel que l'accession à un poste à responsabilité qui vous dépasse, une rupture amoureuse ou amicale.... Il me donnera en exemple, une image qui me laissera sans voix. D'après lui, tous les tabourets n'ont pas 4 pieds, il y en a qui tiennent parfaitement debout avec trois, mais s'il survient un évènement et qu'il en manque un de plus, tout va très mal !

Je me demandais si son exemple s'appliquait à mon ex, à ma fille, ou aux deux.

D'autres m'expliquèrent que seuls des soins appropriés et suivis, si elle en avait la volonté, pouvaient la sortir de l'enfer où elle s'était enfermée. C'était loin d'être gagné. La suite des événements confirmera leurs propos. Ils me dirent aussi "que j'en faisais trop et elle pas assez" et l'un d'entre eux me demandera "pourquoi j'en faisais tant" ?

Question saugrenue, me semblait-il, je trouvais qu'elle payait cher, très cher, sa désinvolture, son besoin d'aventure et son goût de la marginalité. Lui avoir retiré sa fille alors qu'elle venait de perdre son fils, nécessitait-il pas de ma part toute mon attention ? Pourtant, j'allais un peu lever le pied car je me heurtais à un mur avec elle. Elle était devenue ingérable.

J'allais fuir les psys qui me préconisaient de m'allonger sur un divan pour découvrir les raisons de mes angoisses, cette peur qui m'étreignait parfois, et tenter de comprendre, ainsi, les raisons ayant amené ma fille à une telle situation. Voulaient-ils que je sois la coupable désignée ? J'allais préférer écrire et voyager puisque j'en avais le goût et les moyens, pour tenter d'oublier mes tourments. Je me méfiais de leurs points de vue souvent contradictoires, en fonction de "l'école" à laquelle ils adhèraient. Le caractère, la personnalité : est-ce inné ou acquis, façonné par l'éducation reçue ou par les gênes hérités de nos ancêtres ? Les deux à mon avis. Théorie française contre l'anglo-saxonne. Mais pour eux seul l'acquis imprégnerait notre caractère !

Pourquoi deux enfants élevés de la même manière, dans la même fatrie, parfois jumeaux, sont-ils parfois si différents ?

Je souhaitais tourner la page, même si elle pesait des tonnes et je n'avais pas la possibilité de disposer d'après-midi pour suivre régulièrement des consultations. C'était déjà tout un problème lorsque j'étais contrainte de m'absenter de mon travail pour gérer les dossiers de ma fille. A l'époque on ne travaillait pas 35 heures et mon horaire hebdomadaire avoisinait plutôt les 45, voire plus avec quelques samedi matin, du travail le soir à la maison et le week end. Pas de RTT non plus.

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1989

janvier : Inde du Nord

voir récit de voyage et photos : cliquer ici

Monique, le guide, Marie jo, Bernard et moi

L'inde est un choc culturel. La misère vous écrase. .....

Retour vers Paris sous le choc, puis reprise du boulot après 12 jours de dépaysement.

Toujours autant de travail et je n'ai pas le temps de rêvasser. Tant mieux, cela me fait tenir debout.

*****

Août : Malaisie et Bornéo

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Désirée et moi à Chérating

Mon entreprise est fermée pour congés payés et si je ne veux pas cafarder, il faut que je voyage.

Mon projet : rencontrer les anciens coupeurs de têtes dans l'épaisse forêt de Bornéo !

Les vacances sont ma bouée de sauvetage, la période où je me retrouve telle que je suis vraiment ; j'aime la découverte, côtoyer des gens sympathiques et rire, cela me réconcilie avec le monde et avec moi-même.

Je ne me lasse pas de telles découvertes ainsi que des liens amicaux que l'on peut créer avec les personnes rencontrées au fil de ces circuits. Désirée avec qui je partage ma chambre est d'une gaieté contagieuse, Nicole et Henri le couple d'amis qui l'accompagne sont charmants et plein d'entrain. Nous repartirons ensemble vers le Guatémala l'année prochaine, c'est promis !

 

Mai 1990 : Le Yémen et le royaume de la Reine de Saba

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Yémen : camping au milieu de nul part

Quelle idée saugrenue d'aller camper au Yémen, mais j'avais envie de goûter à un autre style de vacances plus proche de la nature. J'ai choisi le tour-opérateur "Explorator"..........

Voyage assez éprouvant, mais unique en son genre.

Et dire que Ben Laden est Yéménite !

*****

Cécile

Comment ai-je appris le décès accidentel de Cécile, la jeune soeur d'Alain , avec qui Aurélie vivait chez leur mère ? Je ne m'en souviens plus. Sûrement un jour où, par hasard, j'ai téléphoné pour avoir des nouvelles de ma petite fille, car eux n'appelaient jamais. Au bout du fil, j'ai eu la mère d'Alain, en pleurs, son chagrin la submergeait. Elle venait d'apprendre que sa fille s'était tuée sur une route de Vendée avec un copain en allant rendre visite à son père, puisque ses parents étaient séparés.

Elle avait perdu le contrôle de sa voiture de location et s'était écrasée sur un arbre. J'étais encore une fois anéantie. Outre l'immense détresse de sa mère, je savais qu'Aurélie considérait Cécile comme une grande soeur et j'appréhendais son chagrin. Elle n'avait vraiment pas besoin de ce nouveau coup du sort.

Quelques jours après j'assistais à l'enterrement qui se déroulait dans l'église de Suresnes, puis à l'inhumation dans le cimetière de Chatou. Quelle journée éprouvante : leur famille, les voisins, leurs copains, tout le monde était en larmes, deux jeunes vies brisées, j'en sortais profondément meurtrie. Ils avaient 23 et 20 ans.

Si Dieu existe, il a du nous oublier...

 

Août : Guatémala

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Oublier, tout oublier pendant 15 jours.

Me voilà repartie, avec mes amis Désirée, Nicole et Henri. Le Guatélama est un pays de volcans dont certains en activité permanente.

Un circuit comme je les aime sur les traces de la conquête espagnole du 16ème siècle. Les conquistadors impressionnèrent le peuple maya grâce à leurs armes et armures et surtout leurs chevaux. Les Espagnols les exterminèrent ou presque.....

C'est la dernière fois que je partirai en vacances en Août.

Désormais ma société fonctionnait toute l'année sans fermeture fixe et j'étais désignée pour assurer la permanence d'Août, pour l'encadrement administratif (informatique, comptable, personnel...) . Pendant ce mois d'été l'usine tournait au ralenti. Je devais dorénavant prendre mes congés obligatoirement en Octobre et en Mai. Je ne pourrai donc plus repartir avec ces amis si chaleureux (Monique, Désirée, Jean-Paul, ..) que j'avais connus au cours de mes voyages précédents et avec qui j'avais partagé tant de rires et de bons moments (Turquie, Egypte, Guatémala, Malaisie..) . Progressivement, cela allait nous éloigner les uns des autres et sonner la fin de notre belle amitié.

Cela préfigurait, aussi, l'ère du fils en remplacement de mes dirigeants actuels, et une toute autre mentalité. Lorsqu'il arrivera, quelques mois plus tard, à la direction de l'entreprise cela allait me réserver des surprises !

 

Octobre 1991 : La Réunion et Maurice

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Voyage programmé avec ma copine Astrid et son mari, organisé par l'Oréal.

Cette île à grand spectacle, située à 9000 km de la métropole, est attractive par son relief montagneux impressionnant et le Piton de la Fournaise, son volcan, toujours en activité........

Retour vers Paris, après 11 heures de vol et quelques frayeurs.

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Avril 1992 : Maroc

Week-end prolongé à Ouarzazate, offert par la société d'intérim aux différents responsables de personnel, DRH, ou chefs d'entreprise avec qui cette entreprise travaille. Deux avions complets affrétés sur les lignes marocaines, logement dans un des plus bel hôtel de la ville. Un dépaysement assuré : dîner sous la tente berbère suivi d'une soirée folklorique fabuleuse,

Le lendemain visite en 4/4 des bourgades alentours, toujours dans un paysage somptueux. Par contre, c'est la période du Ramadan et notre chauffeur est nerveux. Il a hâte d'arriver à destination, il va trop vite et, dans sa précipitation, a failli, dans un tournant, ---le 4/4 se retrouvant sur deux roues---, nous faire basculer dans le précipice qui bordait la route. Sueurs froides... , car c'était la mort assurée.

La vie tient vraiment à un fil !

Trois jours de dépaysement et de réceptions au bord de la piscine pour oublier la grisaille de Paris.

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Mai 1992

Aurélie, pour ses 10 ans, avec Kevin, Dylan et Tom ses cousins Lachaize/Carroy
Disney-land : Aurélie et sa copine Marie Laure

 

Valérie partit pour l'Angleterre où elle restera pendant deux ans avec une bande de copains, seul moyen de couper avec l'environnement. Elle fuyait sa vie saccagée et vivra de son allocation d'adulte handicapée que je lui faisais parvenir dans une banque anglaise. Elle aussi tentait de tourner la page après les errances de sa vie.

Je poussais un "ouf" de soulagement, car la pression était trop forte, l'éloignement salutaire pour les uns et les autres, sauf pour Aurélie privée totalement de sa mère.

Je continuais cependant d'assurer la visite mensuelle de ma petite fille pendant le séjour de Valérie à Manchester, afin de ne pas couper totalement les liens entre Aurélie et notre famille. J'organisais par exemple un grand repas où j'avais invité tout le clan Lachaize pour l'anniversaire de ses 10 ans, puis nous passerons deux jours à Disney-land avec son père, l'amie de celui-ci et une copine d'Aurélie. L'hôtel était confortable, les attractions appréciées par les deux petites filles qui étaient aux anges.

Les quelques heures que je voyais Aurélie passaient trop vite.

Ma douleur s'était dégonflée, J'avais moins mal, puis plus mal du tout... Il y avait peut-être une cicatrice, mais ce n'était pas cher payé. J'avais découvert que l'on peut vivre sans être menacée. J'avais des bleus partout mais je survivais.

 

Juin 1992 : Sri Lanka et les Maldives

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les rizières en terrasses

Cette île, on l'appelait Ceylan dans le passé, mais tout justifie son nom de Sri-Lanka, "l'ile resplendissante", les éléphants sur les routes, la nature exubérante, les jardins extraordinaires, les montagnes couvertes de théiers.........

retour à Paris tout à fait reposée pour envisager une hospitalisation.

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Septembre 1992

Depuis déjà un certain temps, je souffrais de plus en plus de la jambe droite. Je ne pouvais plus marcher normalement. Après plusieurs consultations et radios diverses à l'hôpital Mondor de Créteil, le Professeur D. , ami de Claudine et parrain d'un de ses fils, décida de m'opérer d'une lombo-sciatique très douloureuse des disques L4-L5 et ablation de nombreux "becs de perroquet". L'arthrose envahissait peu à peu toutes mes articulations..

Les semaines précédant cette intervention, j'allais plusieurs fois me faire prélever mon propre sang pour qu'on puisse me transfuser en cas de besoin et j'acceptais avec quelques appréhensions un test de dépistage du sida car mon hospitalisation précédente à l'Hôpital Américain ne me garantissait pas, non plus, une transfusion sans problème. Annie qui travaillait comme secrétaire médicale dans un hôpital me racontait parfois de bien dramatiques fins de vie ayant pour cause le sida, cela me faisait dresser les cheveux sur la tête. La liberté sexuelle n'était plus de mise.

J'étais très angoissée de ne pas me réveiller ou d'avoir à affronter diverses complications. L'opération se déroulera le 9 septembre 1992. Je commençais à reprendre vie lorsque mon "ex" me téléphona pour prendre de mes nouvelles. Seules Astrid et Annie viendront me rendre visite à l'hôpital où je restais huit jours.

Une ambulance me ramènera à la maison, puis je partirai 15 jours dans une maison de repos située à la limite de la Champagne au milieu des vignobles, mais j'allais revenir bien vite chez moi car cet établissement était assez sinistre.

Après un mois d'arrêt de travail, sans rééducation particulière, j'étais à nouveau sur pied et j'allais reprendre mes activités professionnelles qui s'avéraient toujours aussi prenantes.

 

1993

Argentine-Chili

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Le Moréno

J'avais rêvé de voir les baleines .....

Un périple magique, la nature à l'état pur. Retour à Paris, via Madrid, 24 heures d'avion. Le merveilleux se mérite !

 

1994 : mon Père

Aurélie et son arrière grand-Père vers 1989

Ma mère avait repris contact avec moi pour m'informer que mon père était atteint de la maladie d'Alzhameir, qu'il n'avait plus la notion du temps et ne savait plus en quelle année il vivait. . Je décidais, malgré ces longues années de brouille, d'aller me rendre compte moi-même de ce qu'elle m'affirmait et je programmais un court séjour à Vimoutiers en Normandie, où ils étaient domiciliés.

Je retrouvais un vieux monsieur au regard perdu, à la silhouette fragile, qui perdait peu à peu contact avec le réel et qui s'enfermait dans un monde parallèle où je n'avais plus accès. Des pans entiers de sa mémoire disparaissaient inexorablement, il s'enfonçait dans la solitude et l'oubli que procurait cette maladie. Il ne me reconnaissait pas. Cette déchéance allait m'affecter au plus haut point, ne voulant me souvenir que de l'homme travaillant sans compter, toujours prêt à rire, dont la dureté de ma mère m'avait privée.

Je repartais désespérée.

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Jamais je n'aurais cru que l'état de santé de mon père puisse se dégrader aussi rapidement. Il était désormais hospitalisé. Sans entretenir de vaines illusions, je m'étais imaginé disposer d'un délai de plusieurs années pour faire face à sa maladie. C'était idiot, j'avais espéré aussi avec les progrès de la médecine...

Il déclinait très vite, ne m'avait pas reconnue tout le temps que j'étais restée à son chevet et, de visite en visite à l'hôpital, --où je me rendais tous les mois environ--, je le trouvais à chaque fois plus amaigri, plus isolé dans sa démence. L'idée qu'il puisse mourir seul m'était insupportable, mais j'étais si loin de Vimoutiers. Ma mère, qui pourtant demeurait à coté de la maison de retraite, ne voulait plus lui rendre visite car son comportement était complètement irrationnel, parfois violent. Il avait maintes fois cherché à "s'évader" pour errer sans fin à travers la ville et la campagne. Pour contrecarrer ce désir de liberté, il était désormais enfermé dans sa chambre du soir au matin, la fenêtre cadenassée, privé même de télévision.

Arrivée un jour sans crier gare, je le retrouvais somnolent, probablement drogué, ligoté sur son fauteuil. Je criais au scandale auprès des infirmières dépassées. Mon coeur éclatait.

Pourtant, un jour, alors que ma fille était venue avec moi en Normandie et que je m'apprêtais à partir, il s'était soudain exclamé "ah, vous êtes là, et comment va le patron" ? C'est ainsi qu'il nommait mon époux. Bref éclair de lucidité, ses yeux s'étaient subitement éclairés, puis son regard s'était vidé aussi vite. C'était insupportable.

C'est par un coup de téléphone reçu à mon bureau un matin que j'appris le décès de mon père le 2 décembre 1994. Son coeur s'était arrêté, comme à bout de souffle. Mon chagrin était immense. Assommée, je devais filer au plus vite à Vimoutiers afin d'épargner à ma mère toutes les formalités administratives. Etait-elle triste ou soulagée ? Je ne savais pas trop. Elle avait pris quelques rides supplémentaires.

Elle allait se charger, par contre, d'annoncer ce décès à la proche famille dont j'ignorais tout depuis tant d'années. Ainsi, après la cérémonie à l'église, le jour de l'inhumation, puis au restaurant où je les avais invités, j'ai pu reprendre contact avec Germain le frère de mon père, ma cousine Patricia, mes cousins Jean Gosnet et Pierre Herbinière perdus de vue depuis quarante ans. J'étais heureuse de les revoir, même si nous avions tous beaucoup vieillis.

 

Mars 1994 : communion solennelle d'Aurélie

Aurélie, Alain son père, sa grand-mère paternelle et moi

Ma fille était toujours en Angleterre. Je recevais des nouvelles de temps à autre, mais je ne savais pas, en réalité, quel était son mode de vie ni les gens qu'elle fréquentait, à part Adam, un copain avec qui elle était venue faire un bref séjour de quelques jours en France et chez qui, semble-t-il, elle vivait. Un garçon charmant d'ailleurs bien plus jeune qu'elle.

Valérie était donc absente pour la communion de sa fille, et je fus invitée à la cérémonie religieuse qui se tenait dans des locaux dépendant de l'église. Aurélie faisait, en effet, partie des scouts de Suresnes et s'investissait sérieusement dans cette organisation. Quinze ans après, elle est toujours très proche de ses camarades qui , d'ailleurs, ne manqueront pas de la soutenir après le décès d'Emmanuel. Cela fait partie intégrante de sa vie d'adolescente, réunions, camping, et pique-nique de rigueur. Une vie saine, je l'espérais de tout coeur du moins.

Sa marraine et son parrain étaient présents à la cérémonie. Ce dernier, que j'avais connu tout jeune, était un copain de son père ou, plus précisément, avait été le petit ami de Cécile, sa jeune tante décédée trois ans plus tôt dans un accident de la route. Il ne se remettait pas de cette disparition brutale et, comme beaucoup de jeunes aujourd'hui, il était tenté de toucher à tous ces produits illicites promettant des paradis artificiels qu'ils ne trouvaient pas sur terre. Peu de mois après cette journée, il se suicidera. Une overdose ajoutée à une forte dose d'alcool.

J'étais à nouveau anéantie car je ne comprenais pas cette jeunesse pressée de se détruire, avant même que ne la rattrape le tic-tac inexorable de l'horloge biologique. Jeunesse désespérée, intolérante dans sa rébellion, face au temps qui leur file entre les doigts, détruisant bien avant l'heure leur corps et leur coeur. Que cherchaient-ils, qu'espèraient ils ?

J'étais déboussolée de savoir Aurélie encore au coeur de ce drame.

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octobre 1994 : Vietnam

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le passage du bac vers la baie d'Along

Décollage pour 12 heures d'avion, arrivée à Hanoï

Ce pays communiste, coupé du monde de 1954 à 1989, à parti politique unique, s'est enfin décidé à s'ouvrir aux occidentaux après ces nombreuses années de guerre destructrices et sauvages. Le communisme a fait le reste en l'isolant.

Aussi j'ai souhaité y faire un tour avant qu'il ne soit trop envahi par les touristes..........

Retour sur Paris, via Bangkok. Un voyage passionnant.

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