souvenirs suite : 1984 à 1986, divorce

cliquez sur les photos pour agrandir

 

En France : suite de "la vie en rose", François Mitterrand réélu ; incessante montée du chômage, création du RMI ;

En Allemagne : le mur de Berlin tombe dans la fièvre ; En Russie : chute du régime communiste.

*

1984 : l'année la plus longue

Janvier : Mon mari fera toujours partie de mon passé mais il ne fait déjà plus partie de mon avenir..

 

18 avril 1984 : une rencontre inattendue ...

I love you, ça n'existe pas, c'est un mensonge.

Je suis foudroyée, pétrifiée, le ciel m'est tombé sur la tête sur cette route de Seine-et-Marne, à quelques kilomètres de notre maison de campagne où, me croyant occupée ailleurs le jour de mon anniversaire, mon mari a cru bon emmener sa dernière conquête pour y passer probablement "chaudement" la nuit. Je suis sidérée, folle de rage, il a osé ! Mon époux, tétanisé, surpris par ma propre colère et la claque bruyante que je viens de lui administrer, reste bizarrement calme, silencieux ..., lui parfois si violent.

Je n'ai jamais pensé qu'il oserait coucher une autre femme dans notre lit conjugal, et c'est pour moi le coup de grâce. Il recule sans cesse les bornes de ce qui est tolérable et je suis victime d'un enchaînement maléfique.

Médusée, j'ai l'impression d'avoir reçu une grande bassine d'eau glacée en pleine figure..

Notre rencontre non programmée sur cette route de campagne fait partie de ces événements irréversibles qui donnent un grand coup d'accélérateur, ou de balai, dans votre vie. En l'espace de cinq minutes, notre existence confortable a basculé comme dans un télé-film sordide.

C'est ainsi que j'ai perdu brutalement mes dernières illusions, et c'est la goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà plein à ras bord. Je comprends brusquement pourquoi il est d'humeur maussade depuis plusieurs mois, son visage fermé montrant en permanence une sourde irritation. Il est irascible, colérique, cassant alors que j'ai besoin d'harmonie, de calme et de tendresse.

Je n'y ai guère prêté attention car il est coutumier de ces sautes d'humeur, mais j'aurais du m'alerter le soir des fiançailles de son neveu en février dernier. Hargneux , renfrogné toute la journée par la présence de notre fille et de son compagnon, s'emportant brutalement, agonisée d'injures, j'ai subi, une nouvelle fois, ses accès de fureur et une grêle de mots cinglants qui m'atteignirent comme des coups de fouet. J'avais eu le tort de raccompagner en voiture, à leur domicile tout proche, un couple de ses cousins et il avait patienté quelques minutes de trop !

Depuis un bon bout de temps, il me terrorise aussi souvent qu'il le veut, avec ce regard de pierre, dur et noir de forcené, poursuivie par sa fureur et ses coups tordus et j'ai passé, le reste de la nuit en pleurs dans un coin du lit.

En réalité, une autre femme, dont il est amoureux, est entrée dans sa vie.

 

Il fait si beau, et il est plus de 21 heures.

bon anniversaire !

Un soir léger et doré, sans un souffle de vent, sans chaleur excessive, une journée divine ! Je viens de "fêter" seule mes 44 ans, et j'ai travaillé contrairement à mon époux, qui s'est octroyé une semaine de vacances dont, dit-il, il a grand besoin. La tension entre nous est à son extrême limite et cette séparation occasionnelle m'est apparue bénéfique.

Aussi, sans aucune nouvelle depuis plusieurs jours, j'ai décidé brusquement de "remonter" en Seine-et-Marne, avec une bouteille de champagne dans le coffre de ma BX citroën pour fêter l'événement puisque, comme d'habitude, il n'y a pas pensé.

Prémonition, ou bien ai-je trouvé bizarre ce soudain et inhabituel besoin de vacances en solitaire ?

Elle est là, la "Nouvelle", recroquevillée et tremblante sur le siège avant de sa méhari que j'ai fait stopper après l'avoir doublée, ébahie de le trouver là en bonne compagnie. Je l'ai reconnue immédiatement alors qu'elle tente de cacher son visage dans le creux de ses bras. Je n'ai jamais pensé qu'elle puisse être ma rivale, mais je connais bien son nom : "Ayata" une Algérienne, ouvrière sur une ligne de fabrication de l'usine, lui qui se dit volontiers raciste et Le Peniste. Je pensais aussi qu'il préfèrait les blondes plutôt que les peaux mates et elle n'est pas Vénus, mais les maris quinquagénaires, souffrant brutalement du démon de midi, sont comme les postillons d'autrefois, qui changent leurs chevaux pour terminer le parcours avec une bête plus fraîche !

Je ne lui en veux pas, à elle, je l'ai même mise en garde, elle ne sait pas quel homme pervers, menteur, manipulateur, macho, autoritaire, il est. Elle ne connaît rien de lui, de ses colères subites, de ses coups de gueule haineux, de ses amis. Cette femme n'a pas grandi avec lui, vieilli près de lui. Comment peut-on espérer finir ses jours avec quelqu'un dont on ne connaît pas la vie ? Elle n'a pas connu, non plus, ses voitures, sa seule passion : la "de deuche" si longtemps convoitée, puis la Panhard sport, d'un rouge flamboyant, que nous avons tant aimée, qu'il conduisait à tombeau ouvert et qui finira piteusement sur le bord d'un fossé après une course poursuite, n'ayant pas supporté que l'on puisse le doubler.. et quelques autres encore.

De cette longue histoire au volant, elle n'a connu que la BX du cadre moyen et la méhari du "gentleman farmer-frimeur".

"Je vous souhaite bien du plaisir" ai-je dit à la "Nouvelle" en les quittant.

La haine, comme l'hiver, s'est emparée de mon coeur. Le Bélier que je suis voyait rouge !!!

 

Est-ce la meilleure chose qui puisse m'arriver, qu'il me quitte, Enfin ?

Je ne me suis pas battue pour le garder, je lui ai simplement laissé, mais je n'étais pas préparée à un tel tsunami dans ma vie.

Je ne veux plus gagner, je ne veux pas savoir, je suis trop fatiguée de ses colères, de ses mépris, de ses bagarres, de ses conquêtes de Don Juan à deux sous pour se rassurer, de sa paranoïa, de lui en un mot. C'est peut-être parce que je ne suis plus béate devant lui depuis belle lurette qu'il me trompe, compensant ses frustrations et la perte de l'estime de soi. Il n'est pas le prince charmant et je laisse ce mirage à la "Nouvelle" car j'ai plié bagages mentalement depuis déjà quelques années.

Il faut bien qu'il la raccompagne chez elle puisque nous sommes à 50 km de Chilly-Mazarin, où elle habite. Il tourne casaque, rebrousse chemin et disparaît, mors aux dents, dans un tourbillon de poussières. Quant à moi, je finis ma nuit seule dans notre maison de campagne, à Rozay-en-Brie, à deux kilomètres du lieu de cette pénible rencontre.

Je me suis couchée dans les draps glacés, mais impossible de fermer l'oeil. Je me sens bafouée, humiliée, méprisée, détruite. En vérité si je veux être honnête, il est évident que moi-aussi je me suis lassée de lui, convaincue que notre divorce est programmé depuis déjà longtemps.

Dans le fond c'est certainement mieux ainsi : plutôt la désertion que l'indifférence.

A quoi bon être fidèle tout court, fidèle à quoi, à qui, et pourquoi ?

C'est décidé, j'allais partir...

 

Il faudra bien, aussi, que l'on s'explique...

Les jours suivants : tel Adam accusant Eve, la vie avec moi lui est devenue insupportable.

Il affirme : "être amoureux pour la première fois de sa vie, voulant vivre cela", donc heureux et triomphant !

La première fois ? Bizarre, merci, pour moi !

Et les autres, toutes ces femmes qu'il a eues pendant nos vingt cinq ans de mariage ? Celles cachées ou non.

"ça n'a jamais compté puisque ça n'a jamais duré, me dira-t-il".

Comme il veut me faire du mal il me donnera le coup de grâce avec une précision qui frise la goujaterie ! Car il n'y a aucun égard, aucune sollicitude de sa part et j'ai même droit à quelques détails croustillants : la punaise fait sa mijaurée ne voulant pas croquer la pomme, et le naïf ne voit pas qu'elle le mène en bateau avec sa chasteté offusquée. Divorcée depuis peu, elle veut l'anneau au doigt. Elle a deux enfants.

Qu'ai-je donc été pour lui pendant 25 ans ? Pourquoi s'est-il marié ? J'ai posé la question : il fallait bien crever l'abcès.

Il me donnera la réponse qui justifie bien des tourments depuis tant d'années : il voulait venir travailler sur Paris. Son frère qui l'hébergeait provisoirement à son retour du service militaire se mariait. Il devait trouver un logement. Il n'était pas amoureux, n'aimait personne, m'avait trouvé juste "mignonne", avait eu besoin de moi, ne voulant pas vivre seul. Et je travaillais..

Le mufle !! J'étais, en somme, une co-locataire, pour améliorer son confort et sa pitance..

J'avais eu la prétention, la bêtise, l'innocence de penser qu'il pourrait m'aimer. Quelle naïve, et ça tournait à la niaiserie !

J'ignorais, alors, qu'il existe deux types d'hommes, indépendamment de l'orientation sexuelle : ceux qui aiment les femmes, les dorlotent, les protègent... Les autres, les méprisent, les dévalorisent, les soumettent avant de les détruire. Ce sont ceux qui souhaitent se passer de leur compagnie mais qui ne le peuvent pas pour des raisons sociales, culturelles, familiales et de confort bourgeois. Mon mari, faisait partie de la deuxième catégorie, préférant boire, rigoler, parler foot, femme, sexe ou voiture, toujours en compagnie de ses copains.

Pourquoi cherchait-il à me torturer en me lâchant, fier de lui, le nom de quelques une de ses maîtresses passées : la mère d'une amie d'école de notre fille, une responsable de service de notre entreprise, la femme de ménage de Rozay... mais il m'en camouflait certaines, trop proches de nous, trop connues. Et je n'ai pas oublié ni la fille de la dentiste, ni la "fille un peu pute" rencontrée chez Ange, ni celles dont je n'ai pas su le nom, mais dont j'ai deviné l'existence. Se croyait-il au confessionnal pour alléger sa conscience, à moins que je ne sois devenue sa mère, celle à qui on confie ses petits secrets d'adolescent pour se soulager ?

Non, il veut m'écraser, me ridiculiser, m'anéantir, me soumettre et me dominer.

C'est un pervers qui ne peut rendre une femme heureuse que s'il en fait souffrir une autre. Je suis sa chose, son meuble, sa propriété comme au Moyen-âge.

Je devrais, je pourrais le vexer, le faire souffrir un peu, au moins d'amour propre, en lui disant que je l'ai trompé. Et pour le ridiculiser encore plus, lui laisser supposer que c'est avec un de ses meilleurs copains. Mais non, je ne me suis pas hasardée à de tels propos, j'ai trop peur que cela finisse par des coups de fusil et dans un bain de sang.

Et j'ai déjà eu ma dose de coups de poing, de pied et de bleus par le passé.

Ne lui ai-je pas parlé, un jour, de la drague un peu "lourde" qu'exerçait sur moi un de ses copains les plus proches. Presque du harcèlement. Ne m'a-t-il pas répondu "Tu dois rêver et je ne suis pas jaloux". Et pourtant celui-ci me proposait, sans l'ombre d'un doute sur ses motivations, "un petit tour dans le bois voisin".

Peut-être pour cueillir du muguet ou des jonquilles ??

 

Bonne à jeter aux chiens !

Amoureux, du moins le croit-il. "il veut divorcer" affirme-t-il...tout en me précisant : "cette fille c'est une lubie, comme j'en ai eu d'autres, tu le sais bien. Mais lorsque j'ai décidé, il faut que j'obtienne ce que je veux !". Il précise aussi : "être conscient de faire une connerie, mais tu n'as qu'à attendre !".

Je m'insurge : "attendre quoi" ? Il veut, en réalité : "essayer et voir ce que ça donne !".

"Ce que ça donne ? "et si ça ne marche pas, tu reviendras vers moi, C'est ça ?". Quel cynisme...

Il insiste : Il ne voit pas "Pourquoi je n'accepterais pas le marché ? Pourquoi c'est si choquant, car il se peut que cela ne dure que quelques mois ! "

Il est évident, à ce moment là, qu'il me considère capable de tout encaisser sans broncher..

Celle qu'on prend, qu'on laisse. Et si la "Nouvelle" ne me plait plus, je reviens à l'ancienne. C'est vrai quoi : satisfait ou remboursé.. !

Je scrute mon époux. Je ne suis plus tout à fait sûre de connaitre l'homme qui me fait face !

Quant au destin de la "Nouvelle", il me répond : "c'est son problème, elle prend ses risques".

La vulgarité de sa proposition, ce terme de "marché" me révulse.. Je suis donc devenue, à cet instant, un pis-aller, un moindre mal, une pauvre alternative. Voilà mon nouveau statut : la roue de secours ! Cette fois-ci, il est allé trop loin. Plus loin que je ne peux le supporter ..

Comme si je n'étais qu'un grain de poussière qu'on planque sous le tapis en attendant des jours meilleurs lorsque, enfin, il aura fait le ménage dans sa vie.

Désormais je le gêne : il faut m'abattre, me briser et il me conseille : "de décrocher ou alors il va me mener la vie dure".

J'ai sursauté : décrocher ? me mener la vie dure ?

Il veut jouer au plus malin.. "me pourrir la vie".. C'est insupportable.

Comme quoi 25 ans après l'avoir épousé, je le découvre encore, car tout au fond de moi je l'en sais tout-à-fait capable.

Il peut être parfois "très tordu" et pervers.

Désormais j'en suis sûre.. Je ne veux plus continuer, c'est fini. Oui, c'est fini, bien fini !

Reste à définir les modalités de notre séparation. Il veut la guerre, il l'aura.. !

 

"Il en a marre de tout"

Ainsi, au fil des jours, il va déballer tout ce qu'il a sur le coeur.

""Il en a marre de moi, du carcan du mariage, de l'usure du temps, de son confort bourgeois, de sa fille qui l'a déçue, de ses amis, de faire semblant, de mentir tous les jours ... et de la vie qu'il mène"".

""Il ne veut plus de maison à la campagne, de feu de bois dans la cheminée, d'étangs au bord de la rivière pour s'y baigner, de méchouis avec les amis et les cousins l'été. Il ne supporte plus les contraintes, souhaite vivre en HLM, alors qu'il n'y a jamais vécu, avec une compagne rentrée du travail à 17 heures, car il en a marre de m'attendre.. "", (n'ayant pas les mêmes horaires de travail : lui celui des lignes de fabrication, moi de la direction. Ils auront au moins un point commun, à défaut du reste).

Pense-t-il sincèrement, lui habitué à son confort bourgeois, qu'il va se contenter de la vie minable que cette femme lui propose entre son HLM et un salaire au smic ? J'en doute ! Mais, il y a une telle sincérité dans sa mauvaise foi, avec une expression de consternation méprisante, que j'en reste stupéfaite.

"Es-tu sûr que ça tourne rond dans ta tête", lui ai-je demandé ?

Exit : l'épouse qui tire la charrette comme une mule soumise depuis des années...En effet, il me licencie, comme on abandonne un chien galeux sur le bord de la route.

Mais, égaré par ses oeillades et puisqu'elle lui résiste juste assez pour se sentir conquérant, il s'accroche à cette lubie pour prouver à tous nos amis une détermination dont il est dépourvu d'ordinaire ! Mon mari est en réalité un malade en plein délire et sa mauvaise humeur permanente, depuis des mois, cache tous ses mensonges et sa paranoïa.

Je reste stoïque, j'encaisse et ne verse ce jour là aucune larme, sachant que le mariage n'a rien d'éternel malgré tous les efforts.

****

Il m'affirmera, un autre jour, que "la Nouvelle" a su, contrairement à moi, mettre au monde des garçons qu'il aime désormais comme ses fils. Les deux enfants ont gommé purement et simplement la sienne, qu'il ne veut plus recevoir depuis des mois. Et, comble d'ironie, il précisera "que sa nouvelle conquête est enceinte, qu'elle ne veut pas avorter" comme je le lui conseille d'ailleurs.

A 50 ans, le grand-père redevient "papa", croyant rajeunir sans perdre ses rides, tout en perdant déjà ses dents et ses cheveux devenus presque blancs !

A sa manière, il a résolu son problème d'égo et d'infériorité. Avec "la Nouvelle", "il se sent supérieur" m'avouera-il ! . Quant à moi, il est clair que les bornes sont franchies définitivement et je ne vais pas me traîner en vain à ses pieds.. même si je suis en miettes à l'intérieur.

Pourtant, quelques semaines plus tard, il est bien toujours là.

Aussi, hors de moi, je lui ai demandé de quitter la maison, j'ai même jeté sur le palier toutes ses affaires et ses santiags de loser qui me sortent par les yeux. Ayant oublié son blouson, je l'ai balancé sur la pelouse, par le fenêtre du 3ème étage. Je n'ai pas revu mon époux pendant plusieurs jours, mais la semaine suivante, il était de retour ! D'après ses dires : "il a dormi dans un grenier avec juste une cuvette d'eau pour la toilette et a trouvé cela amusant".

"Son amoureuse ne pouvait pas l'héberger.. il appréçiait de retrouver sa douche !". J'allucinais..

Plus d'un an après, alors que je m'étonnais que le bébé ne soit pas encore né, il me jettera à la figure "c'était juste affirmé pour te faire souffrir".

Lui qui d'ailleurs n'avait jamais voulu un second enfant. C'était limpide, éclatant : c'est un fou furieux.

.

Fin de la saga. Stop ! Séparation ou divorce ?

C'est un fait acquis, nous avions atteint le bout du chemin. Il n'y a même plus à y réfléchir.. C'est la fin.

ça ne sert à rien de discuter, pleurer, crier, supplier.. Peine perdue, il faut s'y résigner !

****

J'ai besoin d'être libre, j'ai besoin d'air, je n'en peux plus de lui, de le porter à bout de bras depuis tant d'années.

De toute manière, il déteste ce que j'aime et moi, je ne supporte plus ce qu'il est devenu, mentant en permanence, ne sachant parler que de projets plus ou moins farfelus ou foireux qu'il ne mène jamais à terme.

Aussi, comme je suis épuisée par nos derniers mois de guérilla, je n'ai plus qu'un désir : abdiquer, lâcher la corde et il n'est pas question, pour moi, d'accepter la situation de bigamie qu'il veut m'imposer, exigeant toujours plus de soumission, d'humiliation pour me faire payer une dette qui grossit depuis des années. Je l'ai dépassé et il n'a pas accepté ses échecs récurrents...

Qu'a-t-il cru ? que j'allais adhérer à son marché, me soumettre ?

Il veut que je plie, mais je ne plierai pas !

J'ai pris au sérieux chacune de ses paroles, ayant reçu une grande claque en pleine face.

J'ai décidé d'en finir une bonne foi pour toutes avec notre couple, même si je suis consciente que ma vie s'effondre brutalement comme un chateau de sable attaqué par la marée montante. Je vais lui montrer de quel bois je suis faite, le bois d'une battante. Pour cela, il faudra transformer ma défaite en victoire, faire le ménage dans ma vie et mettre mon époux KO en lui réservant un bon tour de cochon auquel il ne s'attend pas.

J'ai donc demandé le divorce et un domicile séparé, ce qui lui a permis de me dire, au comble de la mauvaise foi, "Si je comprends bien, tu me laisses tomber !".

Il inverse les rôles comme souvent.., c'est lui qui a une maîtresse et qui veut divorcer tout en voulant me garder sous la main ? Sans moi, se sent-il déjà perdu, même s'il affirme n'avoir besoin de personne ? A-t-il une addiction à cette relation nocive qu'est devenu notre mariage ?

N'a-t-il rien vu venir, lui non plus ? La midinette romantique et fleur bleue de ma jeunesse n'est plus impressionnée par le grand méchant loup. Devant ma détermination soudaine, il en reste tout bête, déstabilisé d'avoir perdu son pouvoir maléfique. Il n'en revient pas de voir ternir son étoile !

C'est décidé, nous n'irons pas plus loin dans ce mariage raté, complètement raté, qui m'a apporté plus de chagrin que de bonheur !

Je vais être enfin libre et je veux retrouver l'enthousiasme de ma jeunesse, la fantaisie, les fous rires et... les illusions !

Je me pose cependant la question : que vais-je devenir au mi-temps de ma vie ?

Ce sera le début d'une nouvelle ère : apprendre à vivre seule, mais libre, dormir sans personne à mes cotés. Probablement, dur dur au début..

 

Je le dis sincèrement, j'aurais préféré qu'il soit mort

J'ai pleuré, non pas à cause d'un mort, mais d'un vivant, assommée par ses arguments.

Mort ! Sa famille, nos amis, m'auraient entourée de leur chaude amitié, je pleurerais sans honte en m'abandonnant à une douleur bien légitime. Ils m'auraient consolée, cajolée. Chacun aurait célébré les mérites du "disparu", personne ne m'en dirait du mal, on m'en ferait l'éloge en me rappelant qu'il ressemblait, jeune, à tel ou tel chanteur de rock bien connu !. J'aurais gardé de lui que la beauté intacte des souvenirs, en chassant les mauvais et en oubliant les derniers mois de pourrissement de notre vie commune.

Mais là, ce n'est pas le cas. Quelques-uns de ses bons copains et certaines de mes relations professionnelles, m'expliquent qu'il ne vaut pas un clou, encore moins la corde pour le pendre. A moins d'être complètement maso je ne perds rien à cette rupture. L'homme de ma vie ne vaut pas le prix que j'y ai mis, même si j'ai toujours été là pour aplanir les problèmes sur sa route, enlevant de son chemin les grosses pierres et les petits cailloux.

Je lui dois, aussi, les heures les plus cruelles de mes années de mariage.

Que n'ai-je entendu ! Mais me dire du mal de lui ne me fait pas du bien, cela me détruit, Dans le jeu de l'amour j'ai été assez bête pour miser sur le zéro, croyant sans cesse ses mensonges, ses vaines promesses, sans vouloir admettre qu'on ne change jamais les rayures d'un zèbre.

Dans les semaines et les mois qui suivirent, je me suis sentie répudiée, en deuil de sa famille, de nos amis que je ne veux plus rencontrer. Tous, en effet, un jour ou l'autre, vont recevoir "la Nouvelle", la comparer à moi, elle de 15 ans ma cadette ! Outre la différence d'âge, nous n'avons rien de commun, en effet.. Je suis au sommet de la hiérarchie dans mon entreprise et elle ouvrière maghrébine sur une ligne de fabrication.

Ils la trouveront "charmante", sachant "se tenir à sa place", comme l'affirmera mon beau-frère au bout du fil ! Quelle place lui a-t-on offerte ? Celle que l'on m'a usurpée du jour au lendemain, moi qui, désormais, ne suis plus rien pour eux ? En réalité, mon époux se venge de moi, lui qui tente par tous les moyens, et depuis toujours, de me rabaisser pour mieux me dominer.

Dans mes yeux fermés qui ne veulent plus le voir, il ne peut plus s'admirer. Sa vie entière est bâtie sur des mensonges, des semi-vérités censées le faire passer pour quelqu'un de supérieur, de plus fort et de plus intéressant qu'il ne l'est. J'ai souvent tout gobé car je l'aimais. J'ai su à longueur d'années lui pardonner ses échecs, ses coups tordus et ses erreurs, mais cela n'a servi à rien.

 

C'est terrible, on n'a plus rien à se dire.

Vingt cinq années de mariage à partager le même nom, les mêmes soucis, et, du jour au lendemain, on n'a plus rien de commun ! Voilà trente ans que nous avons fait connaissance. J'avais 15 ans en 1955, j'étais une adolescente et lui, avec ses 20 ans, déjà, un roublard, un menteur-né.

Belle-mère, belle-soeur, beau-frère, neveux, amis : des mots à ne plus employer. Je n'ai donc été pendant toutes ces longues années que la "pièce rapportée". Désormais, je ne suis plus de la famille et je dois brutalement me détacher d'eux. Je vais oublier volontairement certains numéros de téléphone que je connais par coeur, car je sais que nos amis les plus proches recevront la "Nouvelle", pour commenter, soupeser, critiquer. Cette idée m'est insupportable. Je ne veux pas être comparée.

Aussi, j'ai décidé de me protéger et je ne mettrai plus les pieds chez eux.

Il me faut tout réinventer, tourner la page, penser à un divorce "aimable et civilisé", négocier les modalités de notre séparation.

Je dois apprendre à me passer de lui, de son avis, de son consentement, de son aide comme de sa présence. Je vais découvrir de nouveaux visages, de nouveaux pays, de nouveaux amis. Je veux renouer avec ma famille dont il m'a coupée depuis si longtemps, retrouver ma fille qu'il ne veut plus recevoir, son bébé l'ayant fait passer d'un seul coup du stade de père à celui de grand-père, étape de sa vie qu'il ne supporte pas, lui qui croit et ne veut pas vieillir.

Je dois repartir de zéro. Plus facile à dire qu'à faire mais j'ai choisi de vieillir sans lui.

Il aurait pu me dire : "je t'ai aimé, mais, les années passant, je ne t'aime plus", passe encore, j'aurais compris.

Mais là, c'est terrible, ces mots jetés à la figure, pour me terrasser, m'abattre : "je ne t'aimais pas, je voulais vivre à Paris" ! C'était donc prémédité...

C'est la fin d'une époque et, aussi, de ma jeunesse. Comprendre surtout que j'ai fait fausse route, que mes plus belles années ont été gâchées et, désormais, expier ce terrible désastre : ma rencontre avec lui et avoir eu l'idée farfelue de faire un enfant.

J'ai le coeur en compote.

 

La terre pourtant, ne s'arrête pas de tourner pour autant

Tout cela est bien trop rapide, trop brutal. Je suis triste, écoeurée, désemparée, mais je n'en peux plus de ses humeurs changeantes et imprévisibles, de ses coups tordus, de ses paroles destructrices.

Afin de voir clair et prendre des décisions, j'ai pris quelques jours de congés dans cette petite bourgade de Seine-et-Marne que j'aime tant, en abandonnant l'appartement de Massy dans lequel je ne veux pas revenir tant qu'il y est encore. Je ne désire pas me retrouver dans ces pièces vides et me sens désormais incapable de cohabiter avec mon époux, persuadée qu'il voudra me manipuler ou me faire du mal. Un jour gentil, conciliant, un autre jour pervers et brutal. Je ne tiens pas à ce que nous jouions à la guerre des tranchées, ni qu'il m'accuse d'avoir quitté le domicile conjugal ou qu'il finisse par me taper dessus.

Et curieusement, cette séparation si longtemps désirée, mais redoutée, va m'apporter une paix que j'avais cessé d'espérer. Je trouve ma solitude clémente et mon malheur douillet. Je respire. Il ne me fait plus trembler. Je me sens plus solide.

Je suis en cure de désintoxication.

Il va sans dire que je ne retournerai pas vers lui, et comme d'habitude, changeant de stratégie, il m'informe subitement : "vouloir s'organiser de grandes vacances, partir en Algérie avec la "Nouvelle" pour exploiter un petit commerce. Elle travaillera, et lui se "contentera de superviser les affaires". Je lui rigole au nez devant son nouveau plan de carrière insolite et une solution d'avenir aussi incongrue. ... Il se berce d'illusions comme toujours : Don Quichotte sur son bourricot fait fi des moeurs et coutumes de ce pays !

"Si tu veux te faire égorger, vas-y en Algérie, je serai rapidement veuve" lui ai-je répondu.

En réalité, il veut de l'argent pour assouvir son dernier caprice. Il se joue un nouveau scénario où il est le maître suprême.

Aussi, ne voulant pas reporter ce divorce aux calendes grecques et devant ma détermination, nous allons tout vendre : la maison de campagne que j'ai tant désirée, aimée, et notre terrain de trois hectares au bord de la rivière avec des étangs hérités de sa mère.

Il n'est d'ailleurs pas à une contradiction supplémentaire. Quelques semaines après, il changera à nouveau de projet précisant : "vouloir tout quitter, partir droit devant lui avec une botte de paille pour tout bagage dans sa méhari..!". L'amour et ses hormones lui montent-ils à ce point à la tête ? Dans ce cas précis, il est bon à enfermer car c'est un malade.

Mais, tout cela comme toujours, c'est du vent. Il ne partira jamais....

Dans l'immédiat, il va craindre pour son emploi. Travaillant tous deux dans la même entreprise, ainsi que "la Nouvelle", mes dirigeants mis au courant de mes déboires, (ayant pris des congés non programmés alors que nous sommes en pleine période de bilan), sont scandalisés par son cynisme. Ils ne se cachent pas de me dire, enfin, tout le mal qu'ils pensent de lui, ce dont ils se sont abstenus jusqu'à présent. Ainsi, j'ai donné du grain à moudre aux cancans et j'ai vite compris que tout le monde chuchotait dans mon dos, allant de son commentaire.

Bien évidemment, j'ai été la dernière informée de mon infortune, comme toujours !

Quelle terrible chose que la vérité !

 

Juin 1984 : paroles, paroles, paroles, il se ment ou il me ment ?

Je sais bien que rien ne dure sous le soleil, ni le bonheur, ni le malheur.

J'ai besoin d'être libre, j'ai besoin d'air.... Je n'en peux plus de lui.

Après plusieurs semaines de séparation, lui à Massy, moi à Rozay, j'éprouve un sentiment de sécurité dont je n'avais même pas idée. Privée de sa présence, je respire enfin. Et, même s'il me manque parfois, je n'ai plus mal, je m'en accommode plutôt bien. Si je souffre, ce n'est plus par amour, mais seulement par amour-propre. Tant d'années d'indifférence, de désillusions, méritent que je brise mes chaînes.

Puis, comme toujours avec lui , il y a eu un nouveau revirement. Un matin, mon mari m'attend sur le parking de notre entreprise.

- "Je ne veux pas divorcer, je t'aime à nouveau", affirme-t-il d'un air buté, sans se préoccuper de ce que je peux bien penser !

- "A nouveau" ! cela veut dire quoi ? Par intermittence, entre deux liaisons extra conjugales ?

"Notre mariage n'a plus aucune raison d'être. Ne me dis pas que tu m'aimes, tu ne m'as jamais accordé un regard aimable ou murmuré un mot tendre". Que s'est-il mis en tête : on efface tout et on recommence ? Une réconciliation sur l'oreiller ? Raccommoder notre vie ? Mais il y a trop de choses à raccommoder, c'est devenu mission impossible ! Je n'en ai plus la force.

"C'est juste trop tard, inutile de s'obstiner ", tu ne m'intimides plus, lui ai-je répondu.

Ses paroles sont-elles dictées par intérêt ou veut-il m'embobiner encore une fois ? Me déstabiliser ?

Comment imaginer que mon époux puisse être si malvaillant ? En réalité, il ne n'admet pas d'être quitté. Il en va de sa fierté, de son image. Il a perdu son pouvoir de nuisance !

Pourtant j'aurais aimé pouvoir lui expliquer que nous ne sommes pas obligés de nous détester, que je ne suis pas son ennemie, malgré tout ce qu'il m'a fait endurer. S'il ne m'aime plus, s'il ne m'a jamais aimé, ce n'est pas un drame non plus, moi-même je ne supporte plus son humeur en dent de scie, sa bêtise et ses coups tordus.

Et d'ailleurs, cette discussion sur le parking de notre société, ce n'est ni le lieu ni le moment de parler de tout cela.

Je pense, surtout, que sa réaction est commandée moins par souci de me ménager que par son souci de rester le maître, de me garder sous la main, pour me faire payer, un jour ou l'autre, le fait d'avoir voulu m'échapper de son emprise en divorçant. Mais aussi, une sorte de résistance au changement, à la nouveauté, dont il a fait preuve pendant toutes nos années de mariage. Je suppose qu'il n'arrive pas à choisir entre moi et la "Nouvelle". Il voudrait garder les deux ! C'est classique.. Car c'est un faible, un égoïste, un loser, et surtout un manipulateur pervers, incapable de mener quelque chose à bien ou prendre une décision sérieuse.

Il est devenu mon pire ennemi, sa folie me fait peur car il ne la maîtrise pas. Je dois le fuir, partir, lui échapper le plus vite possible....

Bien évidemment, je reste nostalgique du bon vieux temps et de notre jeunesse, (peut-être comme lui), mais je veux en finir avec cette interminable agonie de notre couple. Pour cela, je vais choisir pour lui, déterminée à vivre sans lui. Néanmoins, ce sera déstabilisant de le croiser, plusieurs fois par jour, dans les couloirs de notre entreprise ou lors de réunions professionnelles communes.

Par conséquent , je ne serai pas seule à payer les pots cassés !

 

Le désamour

Je me souviens très bien quand a commencé ce désamour : en 1975.

Ce jour là, il m'avait frappé violemment lorsque j'avais émis le désir de quitter la réunion où nous nous trouvions chez des amis communs. J'avais désapprouvé son comportement d'un battement de paupière ou d'un regard oblique, et son égo ne l'avait pas supporté.

Puis la reprise de mes études à l'IFG, et enfin Richard ont fait le reste... J'ai pris le large sans retour possible...

Depuis, nous avons vieilli, changé, et suivi des chemins divergents. En outre, cela doit le déranger de lâcher la sécurité que je représente. Les années aidant, je souhaite qu'il fasse pour "la Nouvelle " un peu plus d'efforts qu'il n'en a faits pour moi, ce en quoi je ne crois guère d'ailleurs.

A moins que celle-ci ne l'ait déjà quitté ?

Car, son mode de fonctionnement, vis-à-vis du sexe opposé, ne laisse augurer rien de bon, pour peu qu'il ne consente à évoluer. Paraît-il qu'elle lui affirme : "qu'elle ne veut pas être responsable de tout ça". Soit disant, "pas le genre à briser un ménage uni, et que 25 ans de mariage c'est quelque chose de beau..!".

Elle aurait pu y penser un peu plus tôt !

Aussi, je ricane... car unis, nous ne le sommes plus. L'a-t-on été d'ailleurs ? A part sur le papier de notre acte de mariage.

N'a-t-elle pas, elle aussi, peur de perdre son emploi, de subir de la part de ma Direction, le même sort que la fameuse "Blondasse", maîtresse de mon mari dans le années 1970 et dénoncée par une de ses collègue de travail ! Toutes les deux licenciées d'ailleurs immédiatement après un tel "exploit" !.

Et c'est le défi, posé par la conquête de la personne qui intéresse cet homme, le faisant se découvrir "amoureux". Une fois le but atteint, il se lasse très vite.

Par contre, j'aimerais me transformer en petite souris pour me glisser, sans tarder, dans l'appartement HLM de sa nouvelle conquête, dans cette triste barre d'immeuble de cette banlieue Zep, où on s'étiole d'ennui, attablé avec ses "nouveaux amis" qui sont sensés ne boire que de l'eau..., où la femme, tradition musulmane oblige, n'est surtout pas admise à la même table.

Il a beau m'affirmer qu'il apprécie de se retrouver "entre hommes", d'être servi, j'ai peine à croire que cela dure longtemps.

 

La rupture est facile. La séparation s'avère beaucoup plus difficile

Par le passé, j'ai avalé trop de couleuvres, lui ayant fait confiance tant de fois en dépit de tous ses mensonges.

Si, par faiblesse, j'accepte de reprendre la vie commune et le train-train quotidien, cela va devenir rapidement l'enfer, scénario déjà bien connu par le passé. Inutile de recommencer pour qu'il n'apprécie en moi que le coté "repos du guerrier", pour avoir le beurre et l'argent du beurre, alors qu'il "s'amuse" ailleurs. Le confort et l'aventure, le fantasme parfait !

Les raisons sont simples : c'est une question de respect de moi. Le gamin tyrannique n'a plus quinze ans et je ne suis pas sa mère !

Depuis tant d'années, il croit à tort que je lui suis acquise n'ayant utilisé que rarement la séduction sur d'autres hommes, ne serait-ce que pour le faire douter. J'ai aimé une image, un homme soi-disant plein d'assurance, de morgue, de certitude, mais tout cela repose sur du vide. Il ne me quitte pas pour elle, non, il me quitte parce qu'il en a assez de ne pas réussir dans la vie. Je suis devenue une provocation vivante qu'il oppose à ses échecs professionnels répétés développant un sentiment d'infériorité, donc un affront personnel et une énorme frustation.

C'est un malade : dépression narcissique aurait dit un psy. Pervers aurait dit un autre..

Cette femme est un prétexte, mais à 50 ans, on ne recommence pas sa vie, on la rapièce, la rafistole, on colmate, on ne fait pas du neuf. Le déclin est forcément programmé. Chacun est responsable de son destin et nous allons en payer le prix. Ainsi, c'est fini : mon coeur ne veut plus et ma tête refuse. Je suis calme, enfin prête. Je ne suis pas en colère, je suis déterminée, et totalement lucide que cela ne va pas être facile.

 

Paroles d'avocat

Après quelques jours terribles, en plein désarroi, je relève la tête, et me redresse.

Il me faut du courage, de la fermeté. J'ai pris un rendez-vous auprès d'une avocate que Claudine, l'avocate de mon entreprise, m'a conseillée : Maître C.., avocate en droit des familles à Evry. Il me semble que depuis mon mariage je n'ai jamais cessé de vouloir divorcer. Désormais, cette nécessité s'impose, après s'être proposée à moi plusieurs fois sans succès par le passé. Mais le divorce amiable n'existait pas encore..

"Préparez vous à la guerre" m'a-t-elle dit. "Et quels sont les motifs évoqués ?"

Je lui résume la situation : --"il me trompe avec une femme rencontrée sur notre lieu de travail après de nombreuses autres maîtresses ; il me laisse depuis toujours dans une misère affective sans pareille ; il boit beaucoup plus que de raison et m'a frappée ;

-- il déteste ma famille qu'il ne supporte pas et dénigre ; n'a que du mépris pour mes amis qu'il refuse de rencontrer ; quant aux siens il fait tout pour leur faire croire que je suis nulle ;

-- il m'isole et refuse catégoriquement de recevoir notre fille et son bébé, même de les rencontrer.

En outre, il n'a pas eu de scrupules à vivre à mes crochets à l'occasion, et tout cela n'est rien sans l'agressivité et la brutalité de ses propos qu'il manifeste en permanence depuis des mois, situation qui tourne au cauchemar. J'arrive à en avoir peur et j'ai l'impression qu'il a des complexes, mais je ne sais pas de quoi ? Peut-être d'infériorité ?

Je ne veux pas être une femme soumise et battue. Aujourd'hui cet homme est devenu mon pire ennemi".

"Comment avez-vous pu tenir aussi longtemps", me répondit-elle ?

Puis, elle conclut : ce sera 6000 francs ! Reprenons rendez-vous avec votre conjoint pour un divorce amiable, si vous le souhaitez..

 

Juillet 1984 : la fée clochette a disparu..

Je ne recollerai pas les morceaux comme tant de fois par le passé.

Notre maison est vendue.

Un refuge bien modeste, qu'il appelle, suivant son humeur, "Ma folie des grandeurs" ou "Ma maison de merde". Il s'en moque de cette maison douce et accueillante, des jolis meubles qui sentent bon la cire d'abeille, des bouquets de fleurs, nappes brodées, jolie vaisselle de porcelaine, linge parfumé à la lavande.

Je laisse derrière moi le jardin auquel j'ai apporté tant de soins depuis 15 ans : le parfum apaisant de l'herbe fraîchement tondue ; la terrasse ombragée où j'aime me prélasser l'été ; les fleurs que je coupe pour faire des bouquets ; les rosiers odorants ; les buissons où nichent les oiseaux ; les arbres au feuillage léger ; le petit bassin où nagent quelques poissons rouges ; la senteur délicate du lilas au printemps, du chèvrefeuille et des roses en été ; la grande cheminée où flamboie un feu de bois craquant l'hiver. J'y suis seule la plupart du temps, mais je m'y sentais bien, même si cette solitude me pesait de plus en plus, depuis que notre fille n'y venait plus.

"Je peux vivre entre deux ballots de paille et manger sur une caisse en bois" m'affirme-t-il, fanfaron,

Quant à moi, j'ai le coeur brisé... mais inutile de pleurer, les larmes n'émeuvent que les hommes amoureux.

Dans les semaines qui suivront, je ferai table rase du passé, une page de ma vie définitivement tournée et je ne remettrai jamais les pieds dans ce petit village que j'ai tant aimé. De toute manière, nos amis, nos très bons amis, ses meilleurs copains, ceux que nous avons invité tant de fois à partager nos dîners ou nos méchouis l'été, n'ont pas le courage de venir me voir, ni même passer un coup de téléphone, au cas où, dans ma douleur, je me serais ouvert les veines d'un coup sec.... Je les ai tous rayés de ma vie.

La vie n'est vraiment pas un roman, on part vite en vrille.. Il fallait que je réagisse et vite..

*****

J'ai déserté Rozay en lui abandonnant aussi le logement de Massy, car je souhaitais vivre ni dans les décombres ni avec son fantôme.

J'ai pris en location un pavillon tout neuf, avec un jardin sans arbres ni fleurs, dans une jolie résidence à Evry près d'un petit bois et d'un château en ruine. J'ai récupéré les meubles que j'aimais, je lui ai laissé les autres. On a séparé les assiettes et les verres. Avec nos deux maisons nous en avions suffisamment pour ne pas nous déchirer à ce propos. D'ailleurs, rien ne l'intéresse, tout lui est indifférent, même les photos de sa famille, rien de ce qui est susceptible de lui rappeler notre vie commune ou l'enfance de notre fille.

Difficile de partager nos chats : un pour moi, deux pour lui !

Pourtant, bizarrement, il veut récupérer son alliance qu'il ne porte plus depuis 25 ans. Ce n'est quand même pas pour l'offrir à "la Nouvelle ", ou la revendre ?

Il en est capable. Aussi, je lui refuse ce dernier caprice, en lui rappelant que cette bague a été payée par mes parents. Mon époux ne m'a rien offert lors de notre mariage, ni bague de fiançailles, ni même l'anneau nuptial. Avec mes rares économies, je lui avais offert par contre une jolie gourmette en argent.

Comme toujours, il s'énerve, avec cette brutalité de ton à laquelle je n'arrive pas à m'habituer et dont il use fréquemment dès qu'il n'obtient pas ce qu'il désire. Mais je ne cède pas. Quelques temps après, j'ai fait monter un petit diamant et une émeraude sur l'une et l'autre de nos deux alliances que je porte désormais en bijou.

 

Un divorce amiable : que veut-il ?

J'ai appris qu'on ne doit pas prononcer le mot "divorce" si l'on n'est pas prêt à en accepter toutes les conséquences.

Aussi, je ne veux rien de lui, je ne lui demande rien, je suis autonome et j'opte pour un divorce amiable. Etant mariés sous le régime de la communauté, il faut lister nos biens, les évaluer, et les frais d'avocat doivent être pris en charge par chacun par moitié. Mais, de prime abord, il ne veut rien payer.

Tout au long de notre vie commune, c'est moi qui ai tout financé : la maison à la campagne, les étangs sur notre terrain pendant les deux années où il fut sans revenu, et j'ai participé largement au remboursement de ses dettes lorsqu'il a fait faillite dans ses entreprises foireuses. Mon mari a profité de mon argent sans jamais me dire d'arrêter de dépenser autant pour lui.

Il estime avoir droit à une indemnité compensatoire, à une pension alimentaire, à "sa part du gâteau", comme il dit, car, mon salaire étant bien supérieur au sien, je lui fais perdre, en divorçant, "son train de vie et les avantages acquis " !

J'aurais vraiment tout entendu ! Et, bizarement, je suis encore surprise, découvrant un homme que je ne connaissais pas.

 

Une grenade dégoupillée..

"Les avantages acquis" a-t-il susuré à l'avocate : autant lancer une grenade dégoupillée !..

J'ai l'impression d'entendre le délégué syndical de ma société, car pour cela, il est prêt à tous les coups bas !

Il demande "une rançon" pour me libérer. Je suis donc devenue sa prisonnière ou, une esclave monnayée comme au temps de la traite des Noirs ! Le voilà transformé en gigolo.., il ne suffit pas qu'il empoche la moitié de tout ce que j'ai payé avec mes seuls salaires. J'ai honte pour lui. Je suis sous le choc, car cela résume tout ce que j'ai représenté pendant 25 ans de mariage : une planche à billets, un carnet de chèque, un confort douillet.

Puis, devant mon refus obstiné de monnayer quoique ce soit, il décrète ne plus vouloir divorcer. Il freine des quatre fers !

L'avocate, qui connaît la musique et la procédure, me confirme discrètement, décontractée mais embarrassée, qu'il est dans son droit ! Une chose la chagrine : était-il d'accord pour que je reprenne mes études ?. Le comble..! je lui affirme qu'il n'a jamais signifié de désaccord .. Cela peut-il être, à notre époque et dans notre cas précis, un motif de divorce en sa faveur ? Il semblerait que oui !

Elle cherche à me rassurer malgré sa désinvolture. Elle en a vu d'autres, ne s'affole pas, mais les problèmes qu'elle soulève me donnent à réfléchir...Elle me conseille "Fini le divorce amiable, optons pour un divorce pour faute". D'après elle, il va comprendre sa douleur. Elle préconise la guerre. Une guerre civile avec blessure, meurtrissure, brûlure. On sait où viser pour faire mal, plaisir d'avilir, voir souffrir.

Le divorce est un bourbier, et c'est ce que j'ai désiré éviter. Faut-il passer, au vingtième siècle, par une procédure de divorce pour adultère, trahison, bigamie, coups et blessures, filatures et détective privé ? S'il s'entête, je n'hésiterai pas à le faire si nécessaire : "Coucou", c'est l'huissier au petit matin qui débarque chez les tourtereaux .. !

La vérité, c'est que le mariage est une hypocrisie sociale, l'amour une illusion romantique, une faiblesse de l'âme, et l'égalité des sexes une vaste fumisterie, car dans un couple l'égalité n'est qu'une source de conflits, de tension et de frustrations.

Les enfants sont loin de souder les couples, bien au contraire, ils en sont les fossoyeurs. Les hommes trompent leur femme avant de s'en défaire lorsqu'elle prend de l'âge, du poids ou des enfants, ou les trois à la fois, avec des temps d'attente plus ou moins longs selon les individus. J'ai découvert ainsi la vraie personnalité de mon mari pendant ces quelques mois de procédure de divorce et j'en ai appris beaucoup plus à son sujet qu'au cours de nos vingt cinq ans de vie commune.

Pour bien faire, il faudrait commencer par divorcer pour se marier ensuite.

Trois ans, sept ans, vingt cinq ans, sont les trois grandes crises. Trois ans, fin de la passion physique. Sept ans, fin de l'amour. Vingt cinq ans, la plus dure, la plus terrible, la plus sanglante, c'est la fin de la famille, lorsque les enfants grandissent et qu'il ne reste vraiment plus rien.

 

Négociation : bla... bla... bla,"

L'affaire", bien évidemment, fait des vagues au sein de mon entreprise .. ! La femme de mon PDG tranche devant mon désarroi et lui fait savoir : "Ou il garde son emploi dans la société (et sa nouvelle conquête avec lui), ou il est licencié (elle aussi) s'il ne se montre pas correct envers moi".

Elle souhaite également que je conserve mon nom de femme mariée car, pour mes dirigeants, le divorce est mal admis dans le cercle professionnel où je navigue et mon nom de jeune fille inconnu.

Mon mari doit revoir ses exigences à la baisse et accepter ces conditions. Ce qu'il fait contraint et forcé, se gardant bien de démissionner, ce qui m'aurait soulagée moralement. Mais s'il se décrète chômeur et s'il va pleurer misère devant un juge, je ne suis pas sortie de l'auberge ! Il est évident, qu'il ne suffit pas de changer de nom, d'amis et de domicile pour oublier son histoire et les 25 années vécues ensemble.

C'est ainsi que pendant plus de dix ans, je vais côtoyer mon époux dans les couloirs de mon entreprise, jusqu'à son départ en pré-retraite en 1994. La "Nouvelle" rase les murs et la moquette pour ne pas me rencontrer, mais heureusement nos sphères d'activité sont fort éloignées.

Je l'ai ignorée, elle ne mérite pas que je m'y arrête.., même si j'ai souhaité qu'elle crève, le peu de fois où je l'ai croisée. Je sais qu'il la trompera, car il m'a toujours trompée, ce qu'il n'a pas manqué de faire. Ce qu'il aime avant tout, c'est plaire et obtenir ce qui lui est inaccessible, cela flatte son égo.

Comment prendre au sérieux de tels hommes ?

Notre divorce n'est pas une tragédie, des milliers de couples se séparent chaque année. Ainsi, je dois me résoudre à ne compter que sur moi-même et il est temps de me constituer une bulle, une coquille, une protection. La liberté, pleine et entière.

Je vais vivre, dans les années qui suivront, d'autres chagrins qui me marqueront bien plus profondément.

 

Août 1984 : premières vacances en solitaire, la Tunisie

Tunisie, le marché

Je fuis ma solitude de divorcée, et la ville nouvelle d'Evry où je demeure désormais.

Direction la Tunisie du sud.

C'est décidé, j'irai seule comme une grande en vacances. Un défi, suivi d'un coup de téléphone à l'agence de voyage pour une réservation dans un club de vacances au bord de mer. Voilà 30 ans que je n'ai pas pris l'avion, ça va être génial. Sur le coup, je suis assez fière de ma décision courageuse, je pavoise car j'ai besoin de soleil.

Tous ces bouleversements m'ont épuisée, le traumatisme est majeur. J'envoie quelques cartes postales colorées à ceux que je crois être encore mes amis, ma famille, désormais plus pour longtemps. Horrible séjour, à table avec des inconnus qui disent à peine bonjour, parle de la bouffe ou de la couleur du ciel.

Je décide de fuir la plage et je m'inscris pour des excursions.

Ce périple, m'a conduite jusqu'à la frontière algérienne, Tozeur et ses palmiers, l'oasis de Nefta, quelques jours au bord de mer à Djerba et visite des souks.

Le soleil m'a fait du bien, mais je me sens seule et abandonnée. Je cafarde.

Le plus terrible, ce n'est pas le désamour, c'est la blessure narcissique qui reste ouverte telle une plaie béante. Je suis séparée de mon époux et il est clair que je ne l'aime plus. Pourtant toutes mes pensées me ramènent vers lui. Je suis obsédée... De l'aube au crépuscule ou de la nuit à l'aurore, je n'arrive pas à penser à autre chose. Je respire l'air de la liberté mais mon esprit n'est pas libre, je n'arrive pas à faire le deuil de lui.

Un lien terrible m'attache encore à lui, le lien de la victime à son bourreau.

 

Evry : la ville nouvelle

A mon retour à Paris, je renoue avec mes parents que j'invite à découvrir ma nouvelle maison d' Evry où ils passeront la nuit.

Je n'ai plus de contraintes, plus de réflexions désagréables de la part de cet époux qui m'a coupée depuis longtemps de mes racines familiales. Je retrouve enfin le plaisir de recevoir ma fille, son compagnon et leur bébé sans craindre sa mauvaise humeur et ses paroles haineuses. J'ai même bâti, au fond de moi, le secret espoir que le jeune couple vienne demeurer avec moi. Mais ils refusent, préférant rester habiter à Palaiseau. Or, ce choix d'être indépendants suppose, de leur part, des revenus réguliers qu'ils n'ont pas.

Evry ; ma mère, Alain, Valérie et Aurélie
Valérie et Aurélie

La maison est grande, de plain-pied avec terrasse, conçue pour une vie familiale, avec trois chambres à l'étage, salle de bain, et au rez-de-chaussée, un salon, salle à manger, une grande cuisine, une salle d'eau, le tout complété par un garage et un jardin. Bien que située dans un quartier pavillonnaire très calme, elle est isolée et proche du fameux quartier "des Tarterets" qui commence à faire parler de lui à cause de sa population black-blanc-beur organisée en bandes, s'affrontant en batailles rangées dès la nuit tombée.

Seules deux maisons sont occupées sur une vingtaine que comporte cette résidence toute neuve et de qualité. A quelques semaines d'intervalle, par deux fois, je suis cambriolée, avec des vitres brisées. Je reçois des coups de téléphone anonymes, ce qui contribue à me déstabiliser. Je connais rapidement la peur de la solitude, de l'agression, sentiment qui, jusqu'alors, m'était totalement inconnu. Même la journée, dès que je m'absente pour ne serait-ce quelques courses, je ferme tous les volets pour éviter de désagréables surprises à mon retour.

Puis, il y a le silence, celui déroutant après une disparition. Je cherche une présence, un écho ordinaire, mais je comprends rapidement que je suis seule désormais, tout-à fait seule et que personne ne viendra troubler ce silence qui m'écrabouille...

Je ne m'y habitue pas... cela me rappelle la solitude de l'enfance, l'appartement vidé des parents, ça ne peut pas s'oublier..

Pourquoi ai-je pris en location une maison aussi grande. Je me le suis demandé bien des mois après ?

Encore une chance, il me reste mes deux chats : Zoé et son petit.

 

Novembre 1984 : coups et blessures

Grâce à l'avocate, nous progressons à nouveau vers un divorce civilisé, puisque l'adultère n'est plus une faute. Nous avons passé la requête de non-conciliation. Nous sommes définitivement séparés, mon mari et moi, sans retour possible, lui demeurant à Massy et moi à Evry.

Nous ne partageons plus rien : j'aime désormais la campagne qui me manque et lui la déserte ; j'accepte mon âge, lui le fuit ; je réussis ma carrière, lui banalise tellement la sienne qu'il reçoit, en quelques mois, plusieurs lettres d'avertissement et de mise en garde pour absences injustifiées, abandon de poste, désintérêt à son travail, pouvant déboucher sur son licenciement qu'il évite de justesse..

Plus que jamais, il devient laxiste, provocateur, attiré par certains dangers.

***

Un samedi en soirée, mon époux se présente à mon domicile d'Evry, sans crier gare. Il veut me parler.

Ayant enjambé d'un bond la barrière du jardin, il entre dans la maison se considérant comme chez lui.

La discussion entre nous s'est vite envenimée. Je ne veux pas de retour en arrière, encore moins écouter ses arguments, ses contradictions, ses fausses promesses, ses circonstances atténuantes, ses mensonges ou ses explications vaseuses. Il ne va pas, comme souvent, s'en sortir avec des pirouettes, et des approximations.

Quoiqu'il fasse, quoiqu'il dise, rien ne sera plus pareil, rien ne sera jamais plus comme avant.

Pour moi tout est clair, alors que je le vois inventer de nouvelles ruses pitoyables censées me consoler, me rassurer, m'embobiner.

Il est probablement éméché comme très souvent depuis notre séparation, mais il tient bien l'alcool et, à part son agressivité accrue, c'est difficile à détecter. Son éternel mal de vivre, ses complexes d'infériorité, ses nombreux échecs professionnels le prédisposent aux excès et les "bons copains", avec qui il a passé la journée, n'arrangent rien. Il n'arrive pas à évoluer, à se calmer.

Je le trouve pitoyable. Entre nous le dialogue n'a jamais existé, encore moins ce jour là.

Son seul moyen de communication depuis l'enfance c'est la bagarre et les coups de poing d'où il pense sortir grandi !

****

Je ne sais plus trop quel a été mon crime ce jour là : un haussement d'épaule, une parole malheureuse, un refus de reprendre la vie commune ?... Il s'est mis à me cogner, à coups de pieds, de poing. Il me shoote dans les côtes, dans les jambes, dans la tête, me démolit, casse le mobilier, tape dans les portes des placards de l'entrée à coups redoublés, jusqu'à ce qu'elles s'écroulent, brisées, dans un grand fracas.

Etourdie de coups, hébétée de douleur, je suis tombée sur le carrelage.

Je me suis relevée, j'ai cherché refuge à l'étage pour appeler la police. Il m'a rattrapée dans l'escalier et, me tirant par un pied, me fait dégringoler toutes les marches. Il est devenu fou, en me précisant "un jour je te tuerai". Dans son regard, à cet instant, il en était capable. J'avais osé le rejeter, lui tenir tête. J'aurais du me méfier, ne m'a-t-il pas déjà frappé, voilà dix ans, de la même manière et aussi sauvagement parce que je l'avais désapprouvé simplement du regard ?

Il m'a enfin lâchée, soudain dégrisé. Il a l'air bien embêté, effaré et stupide devant les policiers goguenards qui ne font rien, ne disent rien, semblant même, par leur silence, plutôt prendre position de son coté. ... S'il m'a tabassée, je dois bien avoir quelque chose à me reprocher n'est-ce pas ? Cela se lit dans leurs regards et je me souviendrai de leurs têtes.

Pourtant, je suis brisée transportée aux urgences dans le car de police.

C'est ainsi que je me retrouve à 23 heures, le 10 novembre, à l'hôpital d'Evry parce que mon mari, qui me quitte pour une autre, vient de me frapper, de me blesser. Examinée, pommadée, pansée par une infirmière qui n'en peut plus de soigner des femmes "tombées malencontreusement dans l'escalier", je suis rentrée chez moi seule, le corps et le coeur meurtris, avec contusions à l'épaule, aux cuisses, aux jambes, à la tête, des bleus à l'âme et au corps.

Le lendemain, je suis pleine de traces bleuâtres, d'ecchymoses violettes. J'ai eu l'audace de lui échapper...

L'affront est impardonnable !

Pourtant, assis au volant de sa Méhari, devant la barrière du jardin, il est là à attendre que j'ouvre les volets de la cuisine..

Désormais, je sais ce qui me fait peur chez lui : ce n'est pas sa personne "mon mari"... mais sa folie, car c'est un fou !

En réalité, il a peur que je porte plainte ... Les policiers ont du le briefer.. ! Auprès d'eux, il s'est engagé à payer les dégâts matériels. Ce que j'aurai du mal à obtenir d'ailleurs..

 

Notre histoire doit s'arrêter là impérativement

Par l'hôpital, il m'a été remis un certificat médical attestant de mes blessures, document que je confiais, quelques jours plus tard, à mon avocate.

"Une bonne plainte en pénal" me conseille-t-elle, il va comprendre sa douleur. La divorce change ainsi de nature.

Pourtant, je renonce à porter plainte. Par pitié, par lâcheté, par faiblesse, par bêtise. Par trop bonne éducation passéiste, par respect de l'homme, de l'époux, du père ? Par peur, oui... par peur ! Les policiers lui ont sûrement intimé l'ordre de se calmer, car si je porte plainte, il se retrouve en garde à vue, avec probablement quelques mois de prison avec sursis à la clé voire plus si je prouve la récidive !

Il m'a demandé pardon en précisant que je le rendais fou. Mais, Fou il l'est.. et l'alcool n'arrange rien.

Toujours est-il, après cet épisode douloureux, il consent enfin à un divorce amiable. C'était le prix à payer ..

***

Je sais, aussi, qu'entre nous, tout est définitivement cassé. Je ne veux plus souffrir à cause de lui. Je suis brisée et il ne subsiste en moi qu'une rancune tenace prête à se transformer en haine. Désormais la maison, dans laquelle je pensais être si bien, m'apparaît trop grande et sinistre. Elle n'a été qu'une étape pour quitter mon mari, me "désintoxiquer" de lui.

Je pleure sans cesse, je frôle la dépression.

Je vais fuir Evry, cette ville nouvelle sans âme, ce qui va prendre plusieurs mois, à la recherche d'un nouveau logis situé plus près de mon travail et surtout de ma fille et d'Aurélie ma petite fille. Je désire les voir beaucoup plus régulièrement, ce que m'empéchait de faire mon époux puisqu'il ne supportait plus ni sa fille, ni le bébé, ni Alain le père de l'enfant. Seuls les anciens camarades de Valérie, notamment ceux de Rozay qu'il connaîssait bien, pour côtoyer leurs parents depuis l'enfance, avaient grâce à ses yeux.

 

Une seule chose m'intéresse désormais : mon divorce.

Je suis incapable de penser à autre chose. C'est mon os à ronger, l'objectif numéro un, Cela me coupe l'appétit tout en m'empêchant de dormir.

J'ai maigri, je ne peux plus rien avaler, et perdu cinq kilos. Tant mieux.... me voilà rajeunie !

 

Noël 1984 : Père Noël absent..!

A gauche, la grand-mère paternelle et le mari de la marraine d'Aurélie..

 

Du coté de ma fille et de son couple, je découvre, stupéfaite, que rien ne semble aller, non plus !

A la naissance de sa fille, Valérie a bénéficié des allocations maternité, puis des allocations chômage puisqu'elle a travaillé suffisamment longtemps dans les bureaux de mon entreprise pour en bénéficier.

Tout a une fin, malgré la bonne volonté de mes dirigeants de lui assurer un petit emploi. N'a-t-elle pas abandonné bêtement ses études, refusé toute formation, d'où une inadaptation totale à tout emploi qualifié. L'informatique et la dactylo ne s'improvisent pas, ni la comptabilité, encore moins le secrétariat où désormais parler au moins une langue étrangère est devenu de rigueur. Il faut qu'Alain trouve un emploi et il ne s'y prête guère, non plus, malgré sa formation de boulanger. Pourtant, Claudine, intervenant comme avocate dans une chaîne de restaurants bien connue, lui trouvera un emploi sur Massy, mais cela ne durera que quelques semaines.

En cette fin d'année 1984 qui a été si difficile pour moi, je suis toute heureuse de passer le réveillon avec ma fille puisqu'il s'agit du premier Noël depuis la naissance d'Aurélie âgée désormais de 18 mois. Je l'ai vue si peu...Je fais ainsi connaissance de la mère d'Alain que je rencontre pour la première fois. Le début de soirée se déroule normalement et soudain, pendant le dîner, Valérie est prise d'une crise de fureur aiguë. Elle hurle "qu'on lui en veut tous, qu'Alain a tenté de la tuer en lui mettant la tête dans la gazinière". Ses propos sont incohérents, elle essaie, en outre, de lui retourner le contenu des plats sur la tête.

Cela frise l'hystérie furieuse.

Après le père, la fille... Quel est ce délire ? Que lui arrive-t-il ?

Je ne comprends rien. En fait, Valérie ne va pas bien du tout. Je tombe des nues, car ne la voyant que très rarement ces dernières années, je ne suis pas au coeur de leurs problèmes et n'en connais pas toutes les facettes, bien trop préoccupée, moi-même, à remettre de l'ordre dans ma propre vie.

Fumer un pétard n'explique pas tout, et goûter une autre drogue illicite n'a jamais résolu les problèmes de santé, encore moins le baby-blues. Alain affirme que ma fille est devenue impossible à vivre. La naissance d'Aurélie les a fait basculer dans une réalité qu'ils n'assument ni l'un ni l'autre.

Ayant connu par le passé les crises de violence de mon "ex", je ne suis pas apte, ni prête, ni ne veux recommencer avec ma fille. J'en suis strictement incapable.

Cette situation est pour moi ingérable et me déstabilise à nouveau de fond en comble. Je vais pourtant essayer de faire front, mais les sautes d'humeur tumultueuses de celle-ci, sa schizophrénie caractérisée, sa paranoïa vont m'obliger, au fil des mois et des années, à prendre mes distances avec elle.. moi qui avait tant espéré nous rapprocher après ces années de galère grâce à la venue de ce bébé..

Je vais découvrir la gravité de sa maladie accentuée par la drogue, le cannabis probablement, dont ils font usage régulièrement tous les deux. Voire plus ?

Je vais plonger ahurie dans un autre monde : celui des junkies !

 

Premier de l'an 1985 : des bleus à l'âme

En ce début d'année, croyant en son amitié, j'invite la soeur de mon époux pour déjeuner à Evry, puisqu'elle ne connaît pas encore ma nouvelle demeure. Mais elle annule, par téléphone sans explication, une heure avant le repas. Le chagrin va m'étouffer, puisqu'il annonce la fin de mes relations avec ma belle-famille comme je l'ai compris ce jour là.

Il me faut ravaler mes larmes et ne rien demander à personne.

Cette journée sera sinistre car je la passerai seule à pleurer.

Il est évident qu'on ne divorce pas seulement de son mari, mais aussi de sa belle famille et de ses amis. Les surprises sont grandes et les déceptions sont si amères que l'on ne s'en relève pas sans dommage. Ils seront lâches et fuyants. Je relègue des amies proches aux oubliettes et je vais tenter de me rapprocher de certaines autres qui se sont éloignées au fil des années. Pas facile non plus...

La réalité c'est de découvrir la face noire de l'humanité.

 

Janvier 1985 : Verrières le buisson

L'église

1910 La grande rue

 

En un an, j'ai quitté : Massy, Rozay, Evry... le choc est rude.

J'ai enfin compris que mon "ex" ne me lâchera jamais si je n'y mets pas les moyens. Aussi, j'allais encore déménager pour mieux me protéger.

Dominique, une amie de longue date, travaille dans une agence immobilière à Verrières-le-Buisson, une commune bourgeoise de la banlieue sud.. J'ai pu trouver, grâce à elle, un logement de quatre pièces dans une résidence située au milieu d'un grand parc, proche du centre ville et à un prix très raisonnable.

L'environnement est particulièrement verdoyant, la vue fort agréable.

Dès la promesse de vente signée, elle obtient la permission auprès des propriétaires d'entamer des travaux, ce qui va me permettre d'emménager le mois suivant dans un appartement refait à neuf, aidée par du personnel du service entretien de ma société. J'habite désormais au 4ème étage, avec ascenseur, bénéficiant de larges baies vitrées donnant sur le ciel et la verdure. Au delà des arbres et des immenses cèdres bleus, j'ai la vue sur le vieux bourg, le château de Mme de Vilmorin et une école primaire. Au loin, les collines boisées de la forêt domaniale.

Je peux laisser les stores ouverts toute la nuit et ne suis pas obligée de fermer et barricader tous les volets comme à Verrières. J'entends maintenant les bruits rassurants du dehors, je suis réveillée le matin par le chant des oiseaux et les cris des enfants de l'école voisine.

J'emménage en février : la neige va tomber pendant la nuit et, au petit matin, le parc de ma résidence est une vraie splendeur. Je suis bien au chaud sous la couette, j'aimerais que la neige si blanche, si douce, m'engloutisse. Je ne pense plus à rien.

Ma relation avec mon mari va prendre une autre tournure. Je n'ai plus les tripes nouées et le coeur serré lorsque je le vois arriver. Dorénavant, le code d'entrée et l'interphone, présentent une sécurité que je n'ai pas eue à Evry ce qui ne l'empêche pas de m'affirmer, pour tenter de marquer son territoire et l'oeil furibond, "Si je vois un homme ici, je défonce la porte".

Il veut toujours m'intimider, me contrôler. Je sais qu'il rôde parfois, en voiture le soir, au bas de mon immeuble en regardant les fenêtres éclairées au cas où une ombre inhabituelle et inconnue se profilerait.

Je m'en veux de ne pas avoir su, n'avoir pu, le quitter plus tôt.

J'ai peur d'être seule, bientôt vieille, bientôt moche..

 

 

La liberté retrouvée

Le divorce est une école de la vie. Le jugement est prononcé le 26 février 1985.

Notre mariage a été rayé d'un trait de plume sur ce "livret de famille" que la Mairie de Courbevoie nous avait remis avec tant de solennité. Les mois passant, mon époux qui, depuis, est devenu mon "ex", n'a plus autant de remords comme au début. Il ne téléphone plus autant.

Il n'y a plus de scènes de ménage, de mots assassins ! Nous étions déjà dans "l'après".

Cette séparation, c'est une transformation, un voyage sans retour, une nouvelle naissance.

Je dois prendre à bras le corps ma propre existence, et je découvre le charme de la solitude et de la liberté : est-ce que je ne dors pas bien dans ce lit double où je suis désormais seule ? Un sommeil sans cauchemar. Finies les nuits agitées où je fuis, en rêve et en larmes, vers une montagne bordée de précipices.

J'ai tout pris en pleine figure sans échappatoire et je l'ai sans doute voulu ainsi. J'ai conscience de la nécessité de retrouver ma propre personnalité. M'abandonner enfin. Lâcher prise. J'en avais assez d'assurer, d'assumer, d'être une brave petite femme, un bon petit soldat, et d'avoir peur d'un mari qui m'a marqué au fer rouge. Je veux l'oublier et ne plus souffrir à cause de lui.

Je vais, petit à petit, reprendre goût à la vie. Il faut que je m'organise, trouver des occupations pour le week-end et les jours de congés.

En attendant, j'ai repris mes cours à l'IFG, section "finances" : deux jours par mois pendant 15 mois. Je suis la seule femme parmi des Responsables financiers et ils ne sont guère sympathiques contrairement aux joyeux drilles que j'ai connus les années passées. Je côtoie une caste, tous issus des grandes écoles et regrette l'ambiance chaleureuse des années 1974/1980, période bénie de mon émancipation.

J'ai désormais confiance en moi, j'ai amélioré mes compétences et mes revenus.

J'ai repris du poil de la bête !

 

Pâques 1985 : Mers les bains

Mers

Avec Astrid, nous nous téléphonons de temps à autre. Je reçois une carte postale de vacances, une autre pour les bons voeux, mais on se voit rarement. Mon ex-mari ne l'aimait pas. Son coté "bobo-gauche-caviar", son arrogance, ses avis sur tout, sur rien, l'importunait. En fait, ils sont aussi pénibles l'un que l'autre à toujours vouloir imposer leurs idées. Mais comme nous avons fait nos études commerciales ensemble, elle est restée mon amie de jeunesse !

Aussi, ayant eu connaissance de mon divorce, Astrid m'invite à passer le week-end de Pâques à Mers, près du Tréport, où le couple possède un charmant petit trois pièces-cuisine au bord de mer. Rien ne m'empêche d'accepter son invitation. Je donne mon accord, mais sans enthousiasme, car j'ai envie de rien !

Pourtant, il faut que je me bouge, si je ne veux pas m'enfermer définitivement dans ma coquille et tomber dans la dépression.

J'ai encore en mémoire le week-end du Nouvel An que j'ai passé seule, en larmes, à ruminer mon divorce.

Par contre, ma fille débarque le vendredi à mon bureau en fin d'après midi accompagnée de son bout de chou. Ce n'est ni l'endroit ni le moment de parler de ses ennuis conjugaux. Je ne peux guère la questionner non plus, ni lui répondre devant le personnel de mon service. Alain, son compagnon, est parti chez sa mère et elle n'a pas d'argent. Je lui donne ce qu'il faut pour passer le week-end, et dès mardi j'aviserai dans l'hypothèse où celui-ci ne serait pas de retour.

J'ai supposé qu'il s'agissait d'une nouvelle dispute entre eux, qui, comme d'habitude, allait s'arranger.

Je l'informe de mon départ en week-end, et lui signale que, de toute manière, son père sera là puisqu'il reste à Massy.

C'est mon premier week-end, hors de Paris, depuis mon divorce et le seul au bord de mer en 25 ans de mariage..

****

A Mers, il a fait un froid de canard, il a plu une bonne partie du week-end, mais l'amitié de mes amis m'a réconfortée.

Nous flânons sur le port de pêche, marchons sur la plage de galets lors des rares rayons de soleil et je les invite dans un restaurant de fruits de mer pour les remercier de ce séjour.

Nous nous promettons de nous revoir désormais plus souvent.

 

beauté du ciel et de la marée basse.. en Normandie

 

Ma fille me tracasse, mais j'ai en mémoire les nombreux soucis qu'elle nous a fait subir tout au long des dernières années. En outre, je n'ai pas quitté la violence de son père pour retomber dans la sienne sachant que j'ai déjà bien du mal à surmonter tous les changements intervenus récemment dans ma vie...

On devient fou à côtoyer de telles personnes et c'est au détriment de son propre équilibre. Avec eux, il n'y a jamais de cesse, l'un et l'autre lancent le bouchon toujours plus loin. De toute manière, il est impossible de les raisonner.

Comme me dira un psy un peu plus tard : "j'en avais fait beaucoup trop et elle pas assez !", mais aussi : "Il faut la laisser assumer ses actes".

Sans l'aide de son père, de toute façon, je n'étais pas de taille à faire face aux problèmes qu'elle allait encore nous poser.

 

Mardi : hôpital d'Orsay

Arrivée à mon bureau le mardi matin, mon ex-époux m'informe que notre fille a été hospitalisée à Orsay, en psychiatrie, pour une tentative de suicide.

Elle a voulu s'ouvrir les veines pendant le week-end. Je suis anéantie..

Alain est venu chercher sa fille pour l'emmener chez sa mère à Suresnes, où il demeure désormais, du moins c'est ce que j'ai compris. Il quitte définitivement Valérie ne supportant plus son comportement agressif. Prévenu par un copain de l'état de Valérie, il a appelé les pompiers pour assurer son hospitalisation.

Je suis à nouveau dépassée par les événements dont je n'ai pas encore pris la réelle mesure. A ce moment précis, cette hospitalisation me tranquillise pensant que ma fille allait pouvoir recevoir des soins appropriés à son état de santé qui n'avait cessé de se dégrader au fil des trois dernières années. La voyant rarement depuis qu'elle avait quitté la maison, j'étais incapable de cerner l'ampleur du problème...

J'allais découvrir l'enfer : les mots drogue et schizophrénie.

Depuis vingt ans, les journaux et les médias ne font qu'en dénoncer les dangers à travers des faits divers plus ou moins dramatiques, aggravés par la prise de substances illicites qui rendent fou.

*****

Concilier vie professionnelle et vie privée était déjà difficile pour moi, me mettant sous pression depuis des années, encore plus maintenant que j'étais seule, fragilisée par mon divorce. J'avais quitté en quelques mois mon logement de Massy, de Rozay, puis d'Evry, pour emménager à Verrières, avec tout le traumatisme que cela représentait, ayant bien du mal à réorganiser ma vie, après avoir rompu avec tous ceux que j'aimais : mes amis et ma belle famille.

J'étais presque au bout du rouleau..

 

Mai 1985 : espoir déçu

Aurélie, ma jolie

 

A plusieurs reprises, je suis allée voir ma fille à l'hôpital. Parfois avec ma petite fille.

J'espèrais, grâce aux soins dispensés, retrouver la gentille gamine qu'elle a été dans sa jeunesse, bien avant tous ces cauchemars.

J'ai cru, à cet instant que le départ d'Alain serait le début d'une autre vie pour ma fille, l'estimant, à tort ou à raison, en partie responsable de l'état déplorable dans lequel elle se trouvait. J'ai tant espéré la venue au monde d'Aurélie, cette naissance n'étant pas un accident mais désirée.

Dès sa sortie de l'hôpital, je suis en effet prête à l'héberger avec la petite puisqu'elle ne travaille pas. Elle peut vivre à Verrières, tranquillement, le temps de reconstruire sa vie. L'école primaire est juste en face de ma fenêtre d'où je vois la cour de récréation. Elle devra juste quitter son logement de Palaiseau ne pouvant rester seule, sans revenu. C'est facile et simple, son logement appartient à mon entreprise et je peux trouver un autre candidat à reloger sans aucune difficulté.

N'avais-je pas choisi inconsciemment une grande maison à Evry puis un grand appartement à Verrières, pour faire face à un tel scénario qui m'apparaissait inéluctable ?

J'aurais volontiers vécu seule avec ma fille et ma petite fille.

Mais non, j'avais tout faux .. J'allais encore tomber de mon nuage.. En effet, les médecins ont remis ma fille sur pieds à coup de médicaments.

Elle a repris du poil de la bête, et de retour chez elle, elle va immédiatement reprendre une vie marginale qu'en définitive elle affectionne.

Et je m'inquiète, angoissée, ayant peur qu'elle ne réitère une tentative de suicide. N'obtenant pas de réponse alors que je frappe en vain à la porte de son logement je vais chercher de l'aide à la caserne des Pompiers toute proche puisqu'ils sont intervenus lors de son hospitalisation. De retour avec deux d'entre eux, elle ouvre enfin sa porte, m'injurie copieusement avec une violence verbale qui me sidère, me disant de "me casser, qu'elle en a rien à foutre de moi"...

Elle est accompagnée d'un nouveau "copain", genre skinhead, encore plus marginal que tous ceux que j'ai pu croiser jusque là !

Il est vrai que je ne fréquente ni les squats, ni le métro à la station "Chatelet" ou "Les Halles"... à Paris.

Les pompiers restent silencieux, étonnés, et moi les bras ballants, médusée !

Ce jour là, j'ai pris conscience de son vrai caractère : gentille pour obtenir ce qu'elle désire, ou odieuse et violente à l'extrême. La bonne fille de son père ! Déboussolée, je décide de prendre mes distances avec elle. C'est absolument indispensable pour ma survie. Mais cette décision pragmatique et de bon sens va s'avérer difficile à tenir vu les circonstances qui vont suivre !

C'est sur, ça va être gratiné ..

 

Cerise sur le gâteau : Fleury-Mérogis

Ayant coupé les ponts, ce calme relatif ne va pas durer bien longtemps. Les problèmes ne vont guère tarder et s'enchaîner. !

En effet, quelques semaines plus tard, Valérie et son nouveau compagnon, sont tous deux sous les verrous, jugés en comparution immédiate. Condamnés à un an de prison : 6 mois ferme, 6 mois avec sursis. Elle est incarcérée à Fleury-Mérogis et lui à Fresnes. D'après elle, une banale histoire de walkman volé ?

A ce stade, puisqu'elle est majeure, les parents ne sont pas prévenus.

L'avocat commis d'office, comme d'habitude, n'a rien à faire de son cas, d'autant qu'elle traîne, déjà, quelques "casseroles" derrière elle, même si elle n'a jamais été condamnée. Son passé tumultueux la rattrape.. A force de jouer à Bonny and Clyde version moderne, cela ne pouvait que mal finir. Elle a beau se dire "innocente", elle écope du maximum !

Nous serons informés trois jours plus tard. L'administration pénitentiaire se préoccupait de savoir où se trouvait Aurélie sa fille et leur chien !

Ma petite fille est chez sa grand mère paternelle, le chien quant à lui est enfermé depuis 3/4 jours dans l'appartement, sans boire ni manger...

On nous transmet les clés de son logement pour récupérer le chien, et tenter de réparer les dégâts occasionnés par la pauvre bête affamée !

Je me mets au nettoyage du logement, et mon "ex époux" adopte le chien pour lui trouver un maître.

Aurélie restera chez sa grand-mère paternelle où demeure son père...

****

Une question primordiale se pose à moi : comment ma fille passe-t-elle, en quelques semaines, de la mère de famille élevant son enfant, en une jeune femme punk fréquentant des drogués et des marginaux ? Que s'est-il passé ? J'ai du manquer plusieurs épisodes ! Ayant coupé les ponts à diverses reprises avec elle, je n'arrive pas imaginer le contexte dans lequel elle vit depuis plusieurs années.

Je suis bien loin de la réalité, et j'ai le tort de la croire toujours meilleure qu'elle n'est en vérité.

 

Sainte Geneviève des Bois : l'hôpital spychiatrique

Je contacte pourtant Maître C, pour obtenir des droits de visite. L'avocate fait des pieds et des mains pour la faire sortir de Fleury en liberté conditionnelle. Cela implique qu'elle travaille, mais Valérie ne tiendra pas cette obligation et sera hospitalisée, en psychiatrie, à Sainte-Geneviève-des-Bois après une nouvelle arrestation très mouvementée.

Le Psychiatre qui l'a prise en charge, après avoir entrevu son père, me convoque à un entretien. Devant les propos aberrants et délirants de ma fille et alors que, la réunion terminée, elle s'éloigne, il me met en garde : "Coupez avec elle, ou elle vous détruira, elle ne respecte rien, ni les gens ni même les horaires que nous tentons de lui imposer. Je ne veux pas l'escalade avec elle. Elle aurait pu être une jeune fille de bonne famille, elle a choisi d'être une loubarde, elle doit assumer ses choix".

Une loubarde..? En remontant dans ma voiture pour rentrer chez moi, je suis sous le choc. Ce n'est pas possible, pas ma fille ?

A ce stade, aucun médecin ne m'a encore parlé de maladie et de soins adéquats. Ou, alors, je ne veux rien entendre, rien comprendre, rien voir ?

Elle sera réintégrée à Fleury jusqu'à la mi-septembre après plusieurs semaines passées à l'hôpital.

 

Fleury : Tout ça, c'est trop dur..

Aurélie, Daniel

J'ai eu foi en ce spécialiste. Je dois me rendre à l'évidence, je n'ai guère d'alternative, ou je m'enfonce avec elle, ou je la laisse s'enfoncer seule. Je n'ai pas d'autre choix et cela ne servirait à rien. C'est au delà de mes forces et de mes compétences.

Son père lui rendra visite à plusieurs reprises. J'irai une seule fois avec lui. Toutefois, je lui envoie des photos de sa fille, des mandats et des colis.. pour qu'elle puisse survivre dans un environnement aussi brutal et démoralisant, en espérant que cet ultime rebondissement va la faire réfléchir. Elle m'écrira, des lettres complètement ahurissantes, probablement mise sous calmants.

Attente, fouille, parloir, c'est sinistre ! Elle est l'ombre d'elle-même, maigre comme un clou, flottant dans sa robe blanche.

Cette situation est trop dur à supporter et, ce jour là, les événements faillir mal tourner.

Mon "ex" voudra s'éclipser en douce, sans un mot, en me larguant lamentablement sur le parking de la prison.

Il ne travaille pas, il est en récupération, contrairement à moi. M'ayant promis d'aller chercher Aurélie, il change d'avis au dernier moment, ce qui m'empêchera de récupérer la petite pour le week-end. C'est un lâche qui n'a jamais eu de paroles et, ce jour là, j'ai bien failli "péter les plombs".

Trop c'est trop, j'ai les épaules solides mais le fardeau commence à me faire plier les genoux.

Hors de moi, je ne me contrôle plus, aussi, je le dis simplement, j'ai voulu le tuer en l'écrasant comme une crêpe contre un mur où je l'avais coincé avec ma voiture. Il est là, les mains posées sur le capot de ma BX. J'ai le pied sur l'accélérateur et le moteur rugit nerveusement. Il a peur, cela se voit dans ses yeux exorbités, il n'y a pas d'échappatoire possible. Je ne suis que haine envers lui.

C'est un salaud !

Il a eu la bonne idée de lâcher cette phrase : "je ne mérite pas que tu ailles en prison à cause de moi". Cela m'a stoppée net, comme si on me balançait un seau d'eau à la figure et ramenée dans la lugubre réalité. J'ai passé brutalement la marche arrière, je suis partie, le laissant réfléchir à la portée de ses actes. Il a compris que je ne suis pas apte à tout encaisser sans broncher. Il doit impérativement arrêter de me faire souffrir. Tous les deux, le père, la fille, m'ont fait trop de mal.

Le divorce, et les conséquences qu'il entraîne, est une traversée infernale qui vous laisse exsangues, échoués sur la berge, tels ces poissons qui suffoquent à l'air, après un raz de marée. Comment aurais-je pu soupçonner combien c'est violent ?

Je dois déconnecter et Claudine me conseille "ne restez pas toute seule, c'est mauvais pour le moral".

Je vais me faire la promesse solennelle d'en finir pour de bon avec les crises de larmes. J'ai besoin, en effet, de tourner la page définitivement sur ma vie conjugale et familiale.

Je vais m'y employer.

 

Aout 1985 : Grèce du Nord et Corfou

Partir en vacances, voyager, sortir de mon trou pour me changer les idées. Sortir, mais où ?

Rozay a été mon port d'attache pendant 25 ans et mon seul paysage.

cliquer ici : pour lire le récit

Corfou : Paola et moi

Mon entreprise est fermée pour congés payés en Août. Je vais mieux, mais je ne vais pas bien. De toute façon, je ne peux rien faire de plus.

Poussée par Claudine, j'opte, pour quinze jours de vacances au Club Med à Corfou.......A mon retour, je me réfugie dans le travail, c'est la meilleure chose que je puisse faire, la seule me permettant de reprendre pied dans ma vie.

 

Septembre 1985 : Suresnes

Valérie est sortie de Fleury le 13 septembre 1985.

Entre-temps j'ai payé ses loyers en retard, les notes d'électricité, de téléphone ..., fait le ménage, pour qu'elle puisse conserver son appartement, car il n'est plus question que je l'héberge chez moi avec son nouveau compagnon. Son père s'est occupé de trouver un autre maître à leur chien, un berger allemand, qui, seul et affamé, enfermé dans l'appartement le temps que nous soyons prévenus de son incarcération, a, en trois jours, fait des dégâts considérables.

Après cette détention, Valérie veut récupérer sa fille à Suresnes, ce qui m'apparaît fort compréhensible, de prime abord. Je pense, en effet, que la présence de la petite peut stabiliser sa mère. Mais Alain, le père, s'y oppose farouchement. J'accompagne Valérie pour essayer de le raisonner, mais rien n'y fait et, se mettant en colère, il me porte un coup de poing au visage, ce qui me fait tomber au sol à moitié groggy. Ma fille, aussi, veut me taper dessus me menaçant d'une bouteille d'eau, car elle estime que je ne prends pas assez d'initiatives pour récupérer l'enfant.

Je quitte Suresnes hagarde, laissant sur place Valérie et Alain à leur violente dispute.

Je ne peux pas, je ne veux pas, vivre dans une telle souffrance et avec des demi-fous....

Dans la voiture qui me ramène seule à Verrières, les larmes m'aveuglent et je ne vois plus rien à travers le pare-brise.

Je me suis trompée de chemin, ayant pris l'autoroute de l'Ouest par erreur. Au bout d'un moment, complètement perdue, ne sachant plus où je suis, je m'arrête pour demander ma direction à deux motards CRS qui se trouvent sur le bord de la route, étonnés de me voir verser tant de larmes. "Ya pas de quoi pleurer Madame" me disent-ils en me conseillant de faire demi-tour à la prochaine sortie..

Peuvent-ils imaginer ce que je viens de subir ?

Je vais être un long moment avant de revoir ma fille. Je coupe les ponts, je ne veux plus m'impliquer dans sa vie, elle ne fait aucun d'effort sérieux pour changer de comportement, trouver du travail, une formation. Elle va continuer son parcours marginal et chaotique. Je dois me rendre à l'évidence.

 

Octobre 1985 : Briançon

 

Depuis quelques semaines j'ai mal, je souffre depuis peu de petites hémorragies totalement anormales. Après une consultation auprès d'un chirurgien - ami de Claudine, (son mari étant cardiologue) - intervenant à l'Hôpital Américain, je suis opérée d'une hystérectomie, car je souffre d'un fibrome. C'est le début de mes problèmes de santé.

J'ai peur de mourir et je suis accablée de solitude, dans cette chambre d'hôpital, en me demandant s'il y aura un réveil et si je reverrai un jour le soleil. Je vais ressortir très vite, blême et vacillante et, ne pouvant rester seule à mon domicile, je pars trois semaines en convalescence près de Briançon.

D'après un psychiatre rencontré bien des mois après ces événements, ces problèmes sont liés à ceux de ma fille et au stress récent provoqué par des émotions trop douloureuses.. La maladie ne frappe pas n'importe où, n'importe comment non plus. Il m'expliquera qu'il y a une corrélation entre la maladie et la souffrance psychique, cela ne fait guère de doute dans mon cas.

Dans le train qui m'éloigne géographiquement du lieu de mes soucis, le front collé contre la vitre, je me laisse absorber par le paysage. Je me sens rassérénée un peu, même si je sais que c'est reculer pour mieux sauter. L'air de la montagne, le calme de cette maison de repos me fait le plus grand bien. Je me terre loin des regards comme une bête malade, mais au fond de moi j'ai l'impression culpabilisante de faillir sur tous les plans.

J'ai besoin de déconnecter, tant de mon "ex" que de ma fille. Ils m'ont fait trop de mal..

Les journées passent très lentement, et après un repos que nous faisons entre deux et quatre heures de l'après-midi sur le balcon, ou dans nos chambres respectives, nous pouvons marcher un peu dans la montagne environnante et aller jusqu'à la ville faire quelques achats pour nous changer les idées. C'est le calme plat, tellement loin de l'agitation qui m'entoure habituellement.

Avec le retour à Verrières, quelques semaines plus tard, je retrouve tous les problèmes dont bon nombre me dépassent.

Cependant, je me sens plus légère et plus libre. Je reprends le travail en meilleure forme.

 

Noël 1985 : merci maman, merci papa !

J'appréhende les fêtes de Noel que je vais passer seule.

Je pense à mes parents souhaitant passer quelques jours en Normandie à Vimoutiers, où ils se sont installés, puisqu'ils sont désormais à la retraite.

Je m'en fais une telle joie ! Tant d'années sans retrouvailles famililales chaleureuses à l'occasion des fêtes de fin d'année.

Aussi, je tombe de haut lorsque je leur téléphone : ils ne voulent pas me recevoir sous prétexte, me sussure ma mère "que je suis divorcée" !

Ils me rejettent, me faisant porter toute la responsabilité de cet échec !

Je m'aperçois, ainsi, que ma mère est toujours aussi bornée, dure et imperméable que dans ma jeunesse.

Je vais comprendre pourquoi, utilisant de faux arguments et me riant méchamment au nez, elle m'interdira leur porte pour la Nouvelle Année avec ce ton sec et cassant que j'ai tant redouté enfant. Elle m'avouera également : ""préférer rencontrer Aurélie, ma petite fille, chez l'autre Mamie à Suresnes, car ce sont des ouvriers de cette France "d'en bas" comme ils se qualifient, plutôt que de venir chez moi depuis que je suis devenue "directeur"".

Tient donc !! J'en restais sidérée, ma situation professionnelle n'était pas nouvelle que je sache et ils devraient en être plutôt fiers. Pourquoi mes parents me prêtaient-ils ces jugements pourtant à mille lieues de mes pensées et qui me blessaient, semble-t-il autant qu'eux ?

A y réfléchir, la distance entre nous ne datait pas d'hier et s'était sournoisement installée au fil des années, voire dès mon adolescence : moi, avec mes bouquins, mes études, le goût de la poésie, la musique, mes fréquentations, ma volonté d'en sortir. Eux : avec leur vie de labeur !

J'étais passée de l'autre coté. Je n'étais plus des leurs !! Ils m'en voulaient de cette réussite !

En pleurs, je me retrouvais ainsi, encore plus seule que je ne l'étais déjà.

Et moi qui croyais pouvoir trouver, auprès d'eux, un début de réconfort...

 

Trahison : le pompon !

Mes parents s'étaient bien gardés de me commenter leurs visites à Suresnes, faites en douce, chez la mamie paternelle d'Aurélie.

Ce que je découvrirai quelques mois plus tard grâce au juge pour les affaires familiales qui me fera lire leur témoignage écrit en faveur du transfert d'autorité parentale de ma petite fille au bénéfice du père d'Aurélie. Mes parents se sont fait manipuler par Alain qui leur a susurré que nous voulions abandonner l'enfant à la DDASS. !! C'est quoi encore cette connerie ? Il faudra que je lise et reconnaissance l'écriture de mon père pour y croire.

Pourtant, c'est Alain qui a ameuté les services sociaux, c'est lui qui a demandé un transfert d'autorité parentale, qui prend un avocat, car jusqu'à présent il n'a aucun droit sur l'enfant. Et, c'est nous qui sommes accusés de vouloir abandonner Aurélie ou, un autre jour, de vouloir trop nous en occuper ! C'est selon !

Après tout ce qu'on à fait pour stabiliser et aider ce jeune couple ! Je n'en crois pas mes oreilles !

Comment peuvent-ils porter un tel préjudice à ma fille sans connaître la situation réelle, sans m'en avoir parlé au préalable, eux qui ne savent pas ce que les mots drogue et dealer veulent dire. Comment mes parents peuvent-ils apprécier la mère d'Alain, pour établir une attestation en sa faveur, alors que, moi-même, je ne l'ai rencontrée que deux fois et dans des circonstances assez pénibles.

Et pourquoi n'établissent-ils pas une attestation en ma faveur ? Leur position me révulse.

Déboussolée, sidérée, écoeurée, je suis encore une fois anéantie.

****

Un point de non retour est franchi avec eux. Au bout du fil, je laisse libre cours à mon chagrin, à mes sanglots, à mes désillusions. Je ne leur pardonnerai jamais cette prise de position meurtrière pour moi et ces paroles redoutables et incompréhensibles. Cela me fait tellement mal..

Ils seront huit années sans me revoir, des années où j'ai pourtant beaucoup souffert de leur absence.

Et je m'interrogeais, car mon "ex", pendant toutes nos années de mariage, pour m'humilier, me faire souffrir, n'a jamais cessé de les traiter de "con". Aurait-il eu raison ? Cet abandon est terrible, peut-être plus encore que la fin de mon couple. Je leur en ai beaucoup voulu.

Cette trahison de mes parents, m'atteint au plus profond de moi. Mais c'est, aussi, la rançon d'un divorce qu'ils n'admettent pas, qu'ils désapprouvent, puisque ma mère pense que, quelles que soient les circonstances, même si on est battue, humiliée, cocufiée, on doit rester mariés.

Dieu merci, cette génération, la leur, je la crois révolue à jamais, basée sur l'hypocrisie, le secret, la femme soumise ou pire esclave, celle surtout qui n'était pas autonome.

Le mur qu'ils ont dressé entre nous est devenu infranchissable mais je ne vais pas me suicider pour cela. L'amour, la famille, l'amitié ne sont qu'illusions, mythes et légendes.

****

J'allais tourner une nouvelle page, décidée de ne plus me battre pour les autres. Mais j'allais pénétrer, aussi, dans un domaine inconnu : celui de la médisance, du mensonge et du mal. C'est le début d'une période étrange où je me retrouvais sans famille, sans époux, avec la sensation profonde d'être à un tournant de ma vie.

Voyager, penser enfin à moi ... réaliser mes rêves..

Club Med : Turquie août 1987

 

****

cliquez, voir la suite : Annie la bonne copine : années 1986 à 1994

"biographie perso : la généalogie années 1995 et suivantes"

voir mon enfance et mes jeunes années 1940 à 1959 dans la "biographie personnelle "

voir bio perso : mon mariage, années 1959 à 1964

retour à la page d'accueil