souvenirs suite : 1986 à 1994

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1986 : forgive and forget ..

Annie, la bonne copine ... !

week-end en Hollande avec Annie
Chamonix : Moi, Louis et Annie

 

Chamonix : Anne Marie, Annie et moi

Louis, Annie et moi

 

Avec la nouvelle année, j'ai pris des résolutions.

Je devais livrer un combat, réorienter ma vie, reprendre du poil de la bête. Mais aussi :

*- Dompter l'arrogance des week-ends qu'il faut meubler, sans parler des vacances, le point noir absolu.

*- Ne pas me laisser submerger par l'énorme masse du temps qui refuse de passer.

*- Ne pas accepter une vie plate comme une planche à pain !

Alors, j'ai décidé de trouver des occupations pour ne pas déprimer, ne plus pleurer.

C'est mauvais pour les cernes !

Je voulais m'amuser, sortir, voyager, tout ce qui m'avait été "interdit" par mon mari en 25 ans de mariage. La liste est longue. Il avait fallu choisir et surtout ne plus jamais me laisser faire. Je pouvais regarder désormais les émissions télé que je voulais, bannir définitivement les matchs de foot et de boxe, et surtout lire car j'avais à nouveau du temps disponible !

Ces objectifs étant définis, je me suis inscrite, dare-dare, mais sans conviction, à un club de célibataires organisant des loisirs, des sorties sur Paris, des visites de musée, des soirées restaurant, des spectacles théâtre et de courtes vacances ou week-ends. Je me liais, très vite, d'amitié avec Annie, une super copine, et son compagnon de l'époque Louis, mais aussi avec Anne-Marie, avec qui j'allais suivre des cours de peinture tous les samedis après-midi, activité dont j'avais rêvée toute ma vie, sans jamais pouvoir la réaliser faute de temps, moi qui aime tant cet art.

Avec Annie, j'adhèrais également à son club de sport pour faire du footing certains dimanches matin.

Ainsi, à Pâques, nous partons en randonnée, footing, ... et je termine la journée, hurlante de douleur, hospitalisée et sous perfusion en clinique, pour cause de déshydratation d'un rein.. Il faisait un froid polaire et je me suis insuffisamment hydratée ! Huit jours d'arrêt de travail.

Ainsi se termineront mes exploits sportifs pour un bon bout de temps.

Pourtant, quelques mois après, je m'inscrirai dans un club de gym proche de mon domicile et je découvris la danse moderne.

 

D'autres loisirs ... et week ends

Nous nous retrouverons, aussi, tous les quatre pour d'agréables séjours de découverte entre amis, tels qu'en Hollande ou à Chamonix. Et, Annie, oiseau de nuit le week-end, va me faire découvrir les boites de nuit parisiennes, où la drague est son sport favori ...

C'est sûr, ça me change des éternels déjeuners chez ma belle-mère et en famille !

Chamonix : en haut des pistes.. Annie, Anne Marie et moi

C'est dans ce club que j'ai connu Catherine Aubier, la célèbre astrologue spécialisée dans l'astrologie chinoise. Etant moi-même passionnée par cette "science" elle va me conseiller utilement pendant plus de dix ans, tandis qu'une de ses amies me fait des prédictions. Certaines vont s'avérer fort exactes, notamment concernant Godia, le deuxième enfant de ma fille. Plusieurs mois avant la naissance, elle affirmera "ce petit être n'existe pas, il ne figure pas dans le thème astrale de sa mère, elle ne sortira pas de la maternité avec le bébé"..

Inquiète et dubitative, la cruelle réalité, quelques mois plus tard, va pourtant me rattraper.

Progressivement je suis devenue accroc des espoirs que Catherine sait me faire miroiter sur mon avenir personnel ou professionnel. Cela m'aide et me stimule. Elle m'éclaire sur le caractère difficile de Valérie, similaire à celui de son père. Elle me décourage sans réserve sur un homme qui, d'après elle, n'est pas fait pour moi et m'annonce un cap très difficile en 1996 et une fin de carrière en 1998.

L'homme voyage beaucoup, entretient un certain mystère sur sa vie, disparaît souvent sans crier gare, et, un beau matin, je n'ai jamais su ce qu'il est devenu. Je n'ai d'ailleurs pas cherché. Par contre, il a contribué à me reconstruire en m'affirmant "Tu as les moyens de vivre comme un homme, pense à toi et protège-toi".

Un comportement égoïste, il est vrai, dont les hommes sont tellement coutumiers.

De toute façon, j'avais une certitude : je ne voulais pas "refaire" ma vie, j'ai même tout fait pour ne pas la refaire. Quant on sort d'une histoire douloureuse qui vous a bouffé la vie, on n'a qu'une seule envie : ne plus jamais retomber amoureuse !

***

Ayant un jour croisé mon "ex", et voyant combien j'ai encore peur de lui malgré les années passées, cet homme me suggèra : "Il te prend pour sa mère, se rappelle de toi quand il a besoin de toi. N'accepte pas cela".. C'est vrai que ce jour là, il me demande de l'héberger, venant de recevoir un coup de couteau et fuyant probablement quelques représailles !

Aussi, devant mon refus de lui offrir l'hospitalité, -- je lui conseille d'aller plutôt aux urgences de l'hôpital se faire soigner--, il va affirmer "vouloir porter plainte contre moi pour non assistance à personne en danger". Toujours des menaces lorqu'on lui dit "non", comme au bon vieux temps de notre mariage..!

Désormais, je ferai en sorte que ses paroles coulent sur moi comme la pluie sur les plumes d'un canard, ce qui allait le déstabiliser.

C'est ainsi que, le coeur glacé, j'ai regardé passer l'été, l'automne puis le premier hiver !

 

1987 : "On va vous jeter en prison", parole du Juge des affaires familiales !

Valérie est sans travail, donc sans revenus et sa santé est précaire. Elle me préoccupe beaucoup, car le climat entre les deux parents d'Aurélie est explosif : le père ne veut pas rendre la petite et Valérie ne souhaite pas la lui confier.

Alain décide de s'adresser aux services sociaux et entame une procédure de transfert d'autorité parentale devant le Juge des affaires familiales. Il a pris un grand risque et un avocat. Si les parents d'Aurélie sont reconnus inaptes tous deux, à élever leur fille, qu'arrivera-t-il à ma petite fille ? Les grands-parents n'ont, en effet, aucun droit légal. Les services sociaux suggèrent de confier la petite à une nourrice agréée à Igny, plutôt qu'à celle que nous avions trouvée et qui demeure dans l'immeuble de mon "ex", notre ancien logement.

Et pour cause, cette voisine, nous la connaissons bien, elle a gardé pendant plusieurs années le bébé d'un salarié de notre entreprise. Mais cette femme n'est pas agréée, ce qui semble poser un problème aux services sociaux. Pourtant j'ai pris en charge les frais de la nounou puisque ma fille n'a aucun revenus.

Nous sommes au printemps et cette nouvelle nourrice, très gentille et efficace, demeure dans un joli pavillon avec un grand jardin, offrant de meilleures conditions pour la petite qui peut profiter du soleil et du plein air. Les communes d'Igny et Massy ne sont guère éloignées de Palaiseau par le bus. Cela doit, en théorie, apaiser le climat entre les deux parents, le temps aussi, pour ces derniers, de trouver du travail. Cette solution temporaire semble, tant à moi qu'à mon "ex", une bonne décision, ceci d'autant que je dois être hospitalisée et la mère d'Alain travaille.

Avec notre fille, on croit encore et toujours aux "miracles" !

Restent à défendre ses intérêts dans cette procédure de transfert d'autorité parentale et dans l'attente de la décision du Tribunal d'Evry.

L'avocate est celle qui s'est occupé de mon divorce, mais Valérie ne se présente pas aux rendez-vous fixés. Il y a, aussi, un autre avocat nommé d'office par l'aide judiciaire mais sans plus de succès.. C'est un vrai dialogue de sourds. Je pense qu'Alain la manipule, cherche à la détruire, car ce n'est pas, non plus, un enfant de choeur. Que lui a-t-il promis pour obtenir la garde de sa fille ?

Pourquoi ne veut-elle pas se défendre, pourquoi se laisse-t-elle couler, ainsi ? Par ignorance, faiblesse, dépression, par bêtise, sous l'emprise de la drogue ou pour une toute autre raison que j'ignore ? Je ne comprends pas son comportement irresponsable et, comme toujours, elle est ingérable et n'en fait qu'à sa tête.., c'est à dire qu'elle ne fait rien, ou tout le contraire de ce qu'il faudrait faire. Une vraie tête de mule. Bien évidemment, elle ne cherche pas de travail ! Les suites sont donc prévisibles.

L'autorité parentale est transférée au père par jugement du 18 avril 1986 après une audience quelque peu surréaliste, à laquelle j'assiste. La Juge me menace de "me jeter en prison si je continue de m'occuper d'Aurélie" ! Je tombe des nues, moi qui ne l'ai jamais hébergée plus longtemps que quelques heures le temps de l'hospitalisation de Valérie. Qu'ont pu raconter Alain, Valérie, les services sociaux ? Quels mensonges, quels racontars ont-ils inventés, colportés ?

Que fallait-il faire ? Laisser Aurélie aux "bons soins" de sa mère qui, sans revenu, sans argent, ne veut pas revenir chez son père au moins le temps de mon hospitalisation, et qui, nous l'apprendrons plus tard, passe ses journées, soit disant, dans le métro aux stations du ReR, Chatelet, Beaubourg, les Halles ..., tout en faisant connaissance avec de jeunes marginaux punk et drogués qui font la manche ?

La juge ne me laisse pas la possibilité de poser des questions pour obtenir une explication et c'est à la faveur de ce rendez-vous, retenant difficilement le tremblement de mes mains, qu'elle me donne à lire l'attestation établie par mes parents en faveur de la mère d'Alain.

Merci maman, merci Papa, et j'ai maudit mes parents..

Le retour du Tribunal est sinistre et je suis bouleversée par la prise de position de mes parents qui se sont bien gardé de m'en avertir. Valérie, sanglote bruyamment dans la voiture. Aurélie quitte la nourrice d'Igny pour être domiciliée légalement à Suresnes, en réalité au domicile de l'autre Mamie, à qui son père s'empresse de la confier, ce qui lui permet de continuer sa vie marginale comme avant, étant incapable de s'en charger véritablement. Il reste cependant domicilié officiellement chez sa mère..

Ma fille obtient un droit de garde un week-end sur deux, à charge pour elle d'aller chercher sa fille à Suresnes chez la grand-mère paternelle, et de l'y reconduire. Une pension alimentaire est demandée par le père, mais déboutée par le juge. Consciente cependant des frais occasionnés pour élever Aurélie, je verserai régulièrement, et largement l'équivalent, à Noel, anniversaire, vacances, rentrée des classes.. . Mon "ex" n'a jamais donné un centime, à sa petite fille pendant toutes ces années, encore moins de cadeau !

Plus tardivement, une assistance sociale laissera filtrer quelques remarques. Elle est scandalisée par les propos tenus par Alain à notre encontre, propos entendus lors de réunions auxquelles elle a assisté. Lui aussi, est un grand manipulateur et ma fille ne vaut guère mieux. Quant à moi, j'en ai assez de tout ce gâchis que je ne supporte plus. Il dit aimer sa fille plus que tout au monde, mais ne sait-il pas qu'en plongeant la maman dans l'angoisse et la peur, il lui fait plus de mal que quiconque sur cette terre ?

 

Février 1987 : décès de Juliette Cardoux épouse Lachaize

Verrières 1985 : Juliette Cardoux, arrière grand mère d'Aurélie

 

Née en 1904, à Rozay en Brie (77), Juliette la mère de mon "ex", décède à l'âge de 83 ans. Transportée à l'hôpital de Jouarre en Seine-et-Marne, elle s'est " échappée" de la maison de retraite où elle résidait, souffrant d'une pneumonie dont elle ne se remettra pas. Elle a perdu sensiblement la mémoire et la notion du temps. Sa disparition me fait de la peine car c'est une femme qui a souffert dans sa vie, que j'aimais bien, malgré qu'elle ne fût guère démonstrative.

J'ai compris, bien des années après, ses silences, ses mutismes, ses non-dits, ses acceptations, car elle n'osait pas affronter son fils. Pourtant, je pense qu'il l'aimait, à sa manière. L'époque n'était pas à se dire "je t'aime" à tout propos comme de nos jours et les fils n'ont jamais été très attentionnés. Pudeur. La télé réalité n'avait pas encore envahi nos vies.

Ayant élevé seule son fils, je pense qu'elle craignait ses réactions.

Elle lui a tout cédé depuis son plus jeune âge, et son caractère parfois brutal de gosse en manque de père a pris le dessus sur une femme effacée, soumise, d'une autre génération, habituée à tout accepter, à ne jamais se rebeller. Parfois, au fil du temps, des années, lors des repas pris en famille, des anecdotes resurgissaient, nous faisant rigoler bêtement, car racontées en omettant les détails les plus désagréables.

N'a-t-il pas, par exemple, saccagé tout son appartement, vidé tous les placards, retourné tous les lits et les armoires, afin de trouver une plaquette de chocolat cachée car il en était accroc ? A vingt ans, elle lui lavait encore les pieds, lui apportait son petit déjeuner au lit, alors qu'elle travaillait durement à faire des lessives, par tous les temps, à la rivière ? Il arrivait à n'importe quelle heure pour déjeuner ou dîner et elle le servait à table comme une employée de maison à son service. Jamais il ne se serait levé pour la laisser s'asseoir et souffler. Il avait priorité sur tout et sur tous. Elle était à l'entière disposition de ses enfants et jamais elle n'a osé tenir tête à ce fils, le petit dernier, qui la menait par le bout du nez.

Les mères ne sont-elles pas responsables lorsque leurs fils deviennent des tyrans ?

Elles croient pourtant en faire des hommes !

***

J'ai assisté à son dernier voyage dans la belle église de Rozay, sous un ciel gris comme le chagrin.

Elle habitait juste en face, à vol de prières, et tous les soirs elle était chargée par le Curé de la paroisse d'en fermer les portes à clé, ce qu'elle a effectué pendant des dizaines d'années. Elle a élevé ses enfants comme elle a pu, puisque son époux s'est volatilisé au lendemain de la libération de la France par les forces alliées, entourée de voisins parfois avenants, parfois hermétiques. La France à peine profonde, entre ragots et bienveillance, celle des campagnes d'autrefois.

Mais, je ne fais plus partie de la famille, comme me le laissera entendre mon ex-belle-soeur ce jour là, tandis que je lui propose mon aide pour ranger et vider le logement de sa mère. Elle me répond brutalement, hargneuse, "je n'ai pas besoin de toi". Ainsi, se tourne péniblement une nouvelle page de ma vie. Je n'avais pas encore compris ! Je ne suis plus rien. Quelle sotte !

J'ai repris ma voiture. Sur le chemin de retour sur Paris, j'ai le coeur lourd, bien lourd. Je repense à ces vingt cinq années de mariage, aux sacrifices que j'ai pu consentir, lorsque l'époux de cette belle-soeur est décédé. Nous l'avions entourée, chérie, consolée, aidée... alors que nous mettions notre propre fille, si jeunette, en pension, pour lui permettre de survivre, elle et ses enfants.

J'en ai la nausée !

N'ayant ni frère ni soeur, plus de relations avec mes parents ni ma famille , je ne peux désormais compter que sur moi pour ne pas sombrer.

 

Mars 1987 : Mexique

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Premier voyage lointain : il y a des civilisations qui fascinent et le Mexique est une terre de rêves.

Comment imaginer ces villes ensevelies et perdues dans la forêt tropicale sans les avoir parcourues ? Que sont devenues ces civilisations mystérieuses du fameux serpent à plumes ? Quinze heures de voyage pour arriver à Mexico et quinze jours de circuit dans ce pays merveilleux pour trouver les réponses à ces questions........

Le retour vers Paris se fera via Houston, ravie de ce dépaysement et de ces journées passées avec des amis. J'ai connu Monique pendant ce circuit et je repartirai avec elle en Inde.

 

Mars 1987 - GODIA, mon amour

Aurélie et Godia

 

Le 21 mars 1987, à l'hôpital de Longjumeau, vient au monde Godia, le fils de Valérie et Pascal F..

Prénom curieux, de bande dessinée, mais on ne m'a pas demandé mon avis.

Le bébé devait naître au mois de mai. Il a deux mois d'avance. Aussi, je suis en vacances au Mexique. Décidément, je ne suis jamais là, lorsque naissent mes petits enfants ! Prémonition, pour ne pas trop m'y attacher ?

De faible constitution, prématuré, le nouveau-né est mis en couveuse pendant trois semaines. L'hôpital où il est transporté se situe sur les boulevards périphériques de Paris, du coté de la Porte de Versailles, ce qui ne permet pas à ma fille de le voir tous les jours. Aussi, ma joie est immense lorsqu'enfin, on me pose dans les bras ce minuscule bébé. Un garçon : le rêve de toujours enfin réalisé. Il prend, de suite, une place immense dans mon coeur au coté de sa grande soeur Aurélie, ma jolie petite étoile.

Trois mois pour l'aimer, puis le drame.

Le 28 juin au matin, Valérie, au bout du fil, m'apprend que Godia est décédé pendant la nuit de la mort du nourrisson. Un cri de bête poignardée, un coup de fusil dans le coeur, j'ai cru devenir folle au téléphone. Je suis prise de tremblements, je suis dévastée, je ne cesse de pleurer refusant l'horrible vérité. J'aurai l'ultime privilège de faire la toilette du bébé et de l'habiller pour ce dernier voyage, ma fille, sous le choc, ne veut pas y toucher. Elle n'a pas une larme, alors que moi je suis liquéfiée par le chagrin.

J'ose espérer que le karma de ce petit ange lui vaudra une réincarnation plus douce que ce passage sur terre bien trop court.

Qu'ai-je fait à Dieu, pour subir tant de drames ? Comment vais-je supporter ce nouveau coup du sort ?

Ma fille, comme son compagnon sont incapables de s'occuper des formalités auprès de l'entreprise des pompes funèbres de Longjumeau. N'ayant jamais eu à m'occuper de ce genre de démarches, je suis sidérée par le coût de l'ensemble des prestations. Financièrement, si je n'avais pas été là, les parents de ce petit ange n'auraient même pas pu enterrer leur fils convenablement, lui offrir ce joli petit cercueil blanc. Qui, en dehors de quelques privilégiés, dont j'ai la chance de faire partie, est en mesure de sortir une somme pareille ?

La seule contribution de mon ex-époux, va être, de donner son accord pour que le bébé soit inhumé dans le caveau de son arrière grand-mère paternelle, dans le petit cimetière de Rozay-en-Brie. Malgré la détérioration de nos relations, mon "ex" est présent lors des obsèques, accompagné d'une voisine de l'immeuble de Massy.

Celà m'étonne, mais j'apprendrai plus tard par ma fille, que c'est une de ses multiples conquêtes.

Il n'a aucune retenue, pas un semblant de dignité, en s'affichant ainsi...

 

Aurélie, ma jolie petite rousse aux yeux pervenche.

 

Fleury Mérogis : épisode II

L'après Godia va être délirant. Pascal, très éprouvé par le décès de son fils, reporte la faute sur Valérie.

Elle ne s'est pas levée la nuit alors que le bébé pleurait. Lui, non plus d'ailleurs.

Des bagarres très violentes éclatent, au cours desquelles il la frappe et casse tout dans l'appartement. Les pompiers et la police sont appelés par les voisins. Pascal est devenu comme fou, il faut envisager son hospitalisation d'office, mais retranché dans le local à poubelles de l'immeuble, il menace de se suicider à l'aide d'un couteau de cuisine. Appelée à la rescousse, je tente de le raisonner, je réussis à l'approcher, à le calmer car je n'ai pas peur de lui. C'est en définitive un garçon fragile psychologiquement malgré ses airs et son look de skinnead.

Il est hospitalisé à Orsay plusieurs semaines, puis disparaît.

Quatre jours après l'enterrement de Godia, Valérie frappe une vieille dame dans la rue (qui, semble-t-il, l'a interpellée brutalement à cause de son chien). Elle a lâché tout son trop plein de chagrin, de fureur, d'angoisse et d'agressivité. Cette dame, belle mère d'un Procureur d'Evry, est blessée puis hospitalisée. Evidemment elle porte plainte. Valérie est arrêtée et transférée à Fleury-Mérogis. J'hallucine encore une fois ...

A partir de ce jour, le droit de visite et d'hébergement d'Aurélie va se réduire comme une peau de chagrin au vue des rapports médico-psychiatriques de sa mère. Alain, le père d'Aurélie, en profite pour faire une demande d'autorité parentale complète et non plus partagée. Seule une visite autorisée de quatre heures par mois, en présence d'un tiers, est accordée.

Autant dire rien, et c'est soit-disant de bonne guerre.

On lui a retiré sa fille pour la confier au père. Son fils est mort et Valérie est complètement à coté de ses pompes, totalement "à l'ouest".

Quant à moi, je tente de tenir le choc.

Aurélie en week-end à Verrières

Vingt ans plus tard et alors qu'Alain aide mon "ex" à déménager, il suggère à un de ses copains (en cours de séparation et voulant récupérer son fils) "d'opérer de la même manière que lui pour neutraliser sa compagne". "Tu sais comment", lui précise-t-il en rigolant, ce qui semble explicite pour tout le monde.

Il se vante, fier de lui, d'avoir réussi son coup... Cela me conforte dans l'idée que j'ai toujours pressentie. Je n'ai rien dit, il n'y avait plus lieu de rallumer la guerre. J'ai, depuis, gardé au fond de moi, la haine des services sociaux. Ils se font manipuler, mais aussi, manipulent honteusement sans vergogne.

J'ai été suivie, espionnée jusque chez moi, par une soit disant "vendeuse à la sauvette", un week-end que je gardais Aurélie. Des fois que je lui aurais fait du mal.. Allez savoir ? Egalement flashée en photo alors que j'accompagnais Valérie à Orly. Elle partait passer quelques jours chez son oncle à Montpellier après le décès de son fils.. Comme si, avec leurs gros sabots, je ne m'apercevais de rien !! Du délire !

De la paranoïa. Pire que si nous avions été des gangsters et voulu soustraire notre fille à leur "justice" !

Et les Juges qui croient tout savoir, avec leurs idées toutes faites...et qui vous toisent de haut, alors qu'ils ne savent rien ni des évènements réels ni de votre souffrance ! Quelle leçon..

Mais, ne dit-on pas que la justice est aveugle ? Je suis écoeurée. Je ne crois plus en rien d'ailleurs.

 

Août 1987 : Turquie

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Kushadasi Club Med
 

Prendre le large pendant deux semaines, voilà la seule solution qui s'offre à moi pour tenter de me remettre de tout ce cauchemar.

J'ai choisi un circuit en Turquie avec le Club Med..... A mon retour à Paris après 15 jours d'un voyage réussi et sympathique, j'ai repris le travail, plus active que jamais et la tête dans le guidon, pour ma survie. J'ai connu pendant ce voyage une deuxième Monique, avec qui j'ai sympathisé et nous partirons, ensemble, en Égypte l'année suivante..

 

Paris et ses "nuits magiques"

En dehors des vacances, je continue mes sorties avec Annie tous les week-ends.

Divorcée depuis plus de 10 ans, elle connaît Paris comme sa poche, contrairement à moi, et nous allons au cinéma le dimanche après un déjeuner "resto".

Ayant rompu avec Louis, elle fréquente souvent les discothèques parisiennes des Champs-Elysées, de Montparnasse, de la banlieue chic de l'ouest parisien, où elle m'entraîne parfois pour danser sur la musique de "Nuit magique" de Catherine Lara, et quelques autres tubes et slows à la mode. Au fil des années j'ai connu des hommes rencontrés par hasard, la plupart ne sont pas libres, ce qui me convient très bien, et avec qui, pour certains, je ferai un petit bout de chemin. Je les ai laissé venir vers moi, je ne suis ni bien ni mal avec eux.

Je me dis "on verra bien", pas la peine d'espérer.

Dès que je ne les vois plus, je ne pense plus à eux, aucun ne me manque. Je n'attends rien d'eux ni de personne.

 

La grande "peste" est de retour

Les fêtards et les homosexuels ont peur..

Annie, qui travaille en hôpital comme secrétaire médicale, est ahurie.. On raconte des histoires affolantes.

On se croirait revenus au Moyen-Age lorsque les médecins masquaient leur visage derrière de longs becs blancs.

Sont arrivés les premiers malades amaigris, méconnaissables, pâles, les joues creuses, les yeux enfoncés dans les orbites, souvent très jeunes, couverts de tâches violettes. Ils sont immédiatement isolés et personne n'ose leur dire ce qu'ils ont, encore moins leur confier à demi mots le pronostic mortel..

Le personnel soignant n'entre dans la chambre que botté, masqué, ganté comme s'il accomplissait une sortie dans l'espace, vers une planète inconnue. On ponctionne les ganglions, on administre des potions étranges.

Personne n'ose prononcer devant les familles ce mot encore neuf de Sida.

Paris danse toute la nuit sur la musique disco YMCA que chantent Les Villages People.

L'amour libre est à bannir, alors que je viens d'ouvrir enfin la porte de ma cage !

 

Les hommes : "Chat échaudé..."

Je ne crois plus au "prince charmant" depuis bien longtemps.

C'est une ineptie de notre culture occidentale, dont on farcit la tête des petites filles, en contradiction totale avec l'idéal égalitaire pronée par notre civilisation du XXème siècle.

D'où conflit...

Aussi, je ne tombe plus dans aucun filet, je n'écoute désormais que ma raison froide. Je n'ai aucune énergie à dépenser pour une relation amoureuse.

Je ne crois plus à l'amour, au couple et encore moins aux hommes que je trouve fourbes, lourds, lâches, mesquins, menteurs, malhonnêtes, méchants et, pour tout dire pour beaucoup, insignifiants et encombrants. Il n'est pas question qu'on m'y reprenne, et j'ai juré mes grands dieux qu'on ne me refera pas le coup.

De plus, je suis autonome, ce qu'ils ne supportent pas, portant atteinte à leur égo.

Il est vrai que je n'ai guère, non plus, inspiré de folle passion et ne suis jamais tombée amoureuse.

Les hommes libres de 50 ans cherchent des femmes de 20 ans leur cadette pour prouver qu'ils sont encore susceptibles de séduire. Les autres sont pingres, dépressifs, à moitié barjots ou alcoolos.. Ou alors, on tombe sur des Papys qui cherchent une "infirmière et bonne-à-tout-faire-employée-de-maison" pour agrémenter leurs vieux jours en déboursant le minimum.

Pas assez disponible, pas assez amoureuse, et au bout de quelques temps la relation se dégrade.

Au fil des années, je vais m'endurcir, devenir menhir, car ces hommes ne ressemblent jamais à ce qu'ils veulent faire croire d'eux.

Il y a, aussi, ceux qui se rappelle de votre existence lorsque leur femme est partie en vacances au bord de mer et qui en profite pour chercher une maîtresse, à qui on offre un whisky ou une coupe de champagne et dont vous serez, ensuite, sans nouvelle pendant des mois ... Aucun intérêt. Ils ne sont même pas capables de vous inviter au restaurant pour partager un moment agréable, ni de vous passer un coup de téléphone pour rompre votre solitude.

A fuir impérativement, tous des hypocrites, des égoïstes, des menteurs, des lâches.

De toute évidence, mon job, les nombreux problèmes avec ma fille et une somme considérable de travail m'asphyxient et ne me permettent pas de m'engager dans une relation suivie, que je fuis. Je vis dans l'instant, je n'ai plus rien à donner, pas à ceux-là en tout cas. Cela correspond à une époque où, dans ce désert affectif, je saisis la première bouée à ma portée pour ne pas me laisser couler à pic et me noyer.

J'ai dorénavant le coeur sec et la sensation que je n'aimerai jamais plus personne. Il faudrait, en outre, que cet homme providentiel ait une sacrée dose de patience.

Mais il n'existe pas.

 

1988 : Tribunal d'Evry, les soucis continuent

Son Père et moi avons pris une journée de congés pour assister à ce procès de la vieille dame agressée.

Maître C. plaidera l'état de santé précaire de Valérie après le décès de son fils et obtiendra sa non-inculpation malgré la gravité des faits. Cependant, excédée par ses incohérences, sa mauvaise volonté notoire pour changer de comportement, son refus de suivre un traitement, elle lui dira, à l'issue de ce procès d'où ma fille sortira libre, et face à son indifférence manifeste malgré ce résultat inespéré :

"Vous feriez mieux de vous jeter du haut d'une tour, ce serait aussi efficace, et surtout plus rapide".

Le Procureur fait appel de cette décision jugée par lui trop clémente, donc nouveau procès en perspective. Maître C. ayant refusé dorénavant de s'occuper du dossier, une avocate commis d'office assure sa défense. Je lui communique toutes mes notes, mon dossier, ma version des faits, pour préparer l'audience car celle-ci ne comprend rien aux explications incohérentes, contradictoires voire mensongères, de ma fille qui navigue en plein délire.

Valérie brouille les pistes, ne se présente pas aux rendez-vous, empêchant toute compréhension logique du dossier.

Elle est toujours aussi ingérable.

L'avocate obtient pourtant, une nouvelle fois, la mansuétude des Juges et la confirmation du premier jugement, soit trois ans de mise à l'épreuve. J'ai refusé d'assister à cette nouvelle audience car je n'en peux plus de me battre contre des moulins à vent. En outre, je sais pertinemment que je n'aurais pas supporté qu'elle soit à nouveau incarcérée à l'issue de l'audience. Valérie est libre, avec uniquement l'obligation de se soigner. La schizophrénie l'a rattrapée.

Formule qui, en réalité, ne veut rien dire, puisqu'elle s'estime en parfaite santé et refuse tout traitement !

J'ai adressé un chèque à l'avocate pour la remercier. Les honoraires d'un avocat commis d'office sont très faibles, notoirement insuffisants pour s'occuper sérieusement d'un dossier. Je lui ai mâché le travail et pour moi, seul le résultat compte.

Notre fille va payer très cher sa désinvolture, son besoin d'aventure et son goût de la marginalité.

 

Massy : et vogue la galère..

Pascal

Pascal disparaît de la circulation. Il quitte son emploi alors qu'il avait été recruté comme ouvrier sur une ligne de fabrication de ma société. Il s'est tenu à ce job pendant de nombreux mois jusqu'au décès de son fils. Après, il a craqué.

Le logement de Valérie se transforme en squat, complètement saccagé et les loyers sont impayés. Expulsée et hébergée par son père chez qui elle a trouvé refuge, ceci me vaudra cette "aimable réflexion" de ce dernier, qui, tout à ses amours nouvelles, ne s'est jamais préoccupé de rien : "T'es qu'une conne, avec moi, dans trois mois Valérie travaillera".

Il allait vite déchanter ! Il allait découvrir ses délires, sa violence, la drogue, les punks et les marginaux ..

J'étais sidérée, écoeurée par ses propos grossiers devenus désormais courants chez lui, alors que je passais des soirées ou des week-ends à solutionner les dossiers de ma fille espérant la tirer, encore une fois, du bourbier dans lequel elle s'était mise.

Expulsée de son logement de Palaiseau, un huissier veut, dans la foulée, saisir les meubles de mon "ex" sous prétexte que Valérie demeure désormais chez lui ! Par chance, ma société travaille régulièrement avec celui-ci, ce qui facilitera le dialogue et il classera rapidement l'affaire devant mes arguments.

Je vide seule l'appartement dévasté de ma fille avec l'aide des gardiens de l'immeuble.

Je suis confrontée douloureusement aux jouets qui traînent un peu partout, au vélo d'enfant d'Aurélie. Les meubles sont cassés à coup de marteau ou de masse, démolis, brûlés, la porte fenêtre brisée, les placards fouillés, le linge moisi en boule dans les coins....

Quant à moi, il est totalement exclu, désormais, d'accueillir ma fille à mon domicile. Je ne peux faire face ni à ses crises de violence, ni à ses délires, ni à ses fréquentations toujours aussi douteuses et marginales.

J'ai cherché pendant des semaines un centre spécialisé qui veuille bien l'accueillir pour la faire soigner, mais sans succès. Je paie les travaux pour la remise en état de la porte fenêtre.. ma société reprend l'appartement qui est attribué à un autre salarié.

 

Hôpital de Longjumeau

Puis, il y a cette altercation, cette bagarre, entre mon "ex"et un copain de notre fille. Il se retrouve à l'hôpital de Longjumeau avec plusieurs côtes cassées et de multiples contusions au visage et au corps.

Qui a cherché la bagarre ? Les deux probablement !

Mais cette fois-ci, malgré sa hargne et sa dangerosité habituelle, mon "ex" est tombé sur plus jeune, plus teigneux et vicieux que lui. ! Attaqué par surprise, frappé à coups de pieds et de rangers, je ne l'ai jamais connu dans un tel état ! Mais, depuis le temps qu'il cherche la bagarre et qu'il injurie les gens, cela devait bien lui arriver un jour ou l'autre !

Quel est cet homme que je ne reconnais plus, souvent le crâne rasé comme un légionnaire ? Je vais fuir leur compagnie pour me protéger. Leur existence est devenue, au fil des mois et des années, si éloignée de mon quotidien que je m'interdis de culpabiliser.

J'ai trop souffert de leur violence. Je vais couper totalement les ponts pendant de longues années, sauf une fois par mois le temps de la petite enfance d'Aurélie. Je vais la chercher à Suresnes, en voiture, pour sa visite mensuelle autorisée de 4 heures, lui évitant ainsi les transports en commun. C'est si peu, et bien trop court. Nous déjeunons au restaurant, toujours en présence d'un tiers, d'Alain son père, de mon "ex" ou bien de l'autre Mamie que je raccompagne en soirée à leur domicile. Je le fais, uniquement pour elle, pour ne pas la couper définitivement d'avec sa mère et de sa famille maternelle. Mais je sortirai épuisée de ces journées vécues sous haute tension.

J'espère toujours en des jours meilleurs et au miracle, croyant que la roue tournera un jour ou l'autre en ma faveur ?

Certaines circonstances, mon job et mes voyages m'aideront à tenir bon, mais j'ai vécu toute cette période comme un calvaire.

Jamais pendant 20 ans, nous ne passerons un Noël, un week-end, encore moins des vacances avec Aurélie !

Il faudra attendre 2010 pour que je réalise ce voeu.

Pour l'instant : partir, partir loin mais seule..

 

Mars 1988 : Bref retour dans l'ex-belle-famille

Le mariage de mes neveux (fils de Janine soeur de mon ex) va me permettre de revoir brièvement ceux qui avaient tant compté pour moi par le passé, cette famille dont j'étais désormais coupée définitivement..

de droite à gauche : Janine, Guy frère et soeur de mon ex époux..

 

Avril 1988 : MAROC, le sud

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le village du Club Med

hôtel et séjour offerts par Manpower

voyager, c'est échapper à la tristesse, à l'angoisse, une sorte de sauve qui peut ..

Huit jours au soleil, j'en ai besoin. Direction le sud Marocain. Une splendeur........Un voyage exceptionnel.

Je retournerai à Ouarzazate en 1992, pour un long week-end, invitée par Manpower, la société d'intérim avec qui mon entreprise travaille.

 

Août 1988 : EGYPTE

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de droite à gauche : Fabienne, Monique et moi

Seule l'idée de pouvoir repartir en voyage me fait tenir toute l'année.

Le retour sur Paris, après trois semaines en Egypte, me ramènera vers mes soucis. Je vais me saouler de travail pour ne pas couler.

Automne 1988 : Boca-Ratoon

Jour et l'an

soirée

La chance voudra que je trouve dans ma boite à lettres un prospectus annonçant l'ouverture d'un Club de tennis dans une commune proche de Verrières. Le gérant n'est autre que Richard, que j'ai bien connu, puis perdu de vue depuis quelques années. Je lui dois ma formation informatique acquise pendant nos huit années de collaboration. Sa société de sous-traitance a fermé peu de temps avant que mon entreprise décide de s'équiper de son propre matériel, un IBM AS400.

Commercial "Europe" chez Appel, j'ai du mal à l'imaginer en gérant d'un tennis. Pourtant, je vais m'inscrire au plus vite à des cours, moi qui n'ai jamais tenu une raquette dans les mains ! J'abandonnerai bien vite....trop difficile, mais l'ambiance est sympathique. Je déjeune occasionnellement sur place, seule ou avec des amis, et je participe à quelques séances de yoga, ce qui meuble certains de mes week-ends.

1989 : Les "Daltons"

Aurélie et son Papy en 1993

Dans les années qui suivent le décès de Godia, il m'arrive de rencontrer mon "ex", de lui parler, en terrain neutre, chez des amis communs et les dimanches où Aurélie vient voir sa mère. Je tiens, en effet, à ce que son grand-père soit présent, toujours par sécurité craignant la violence ou la mauvaise humeur de ma fille qui peut se déclencher, comme toujours, à partir d'un petit rien.

Mon "ex" va me surprendre de plus en plus souvent par son nouveau mode de vie. Aussi, je me pose la question de savoir comment j'ai pu aimer cet homme, si différent désormais de celui que je croyais connaître.

Je me demande d'ailleurs si je l'ai connu réellement. Il s'habille autrement, des vêtements de mauvaise qualité, la chemise ouverte jusqu'à la ceinture pour paraître dans le vent, porte des santiags ridicules comme un jeune loubard et des blousons de voyou. Il a parfois le crâne rasé d'un bagnard ce qui n'est pas encore la mode. Il reçoit des coups de couteau lors de bagarres dans les bistrots, se retrouve avec un oeil au beurre noir à moitié fermé, l'arcade sourcilière ouverte, une balafre sur la joue ..

Quelle est sa nature profonde : l'homme que j'ai connu ou celui qu'il est devenu ?

Les double Ricard et les beuveries à la bière qu'il ingurgite le rendent à moitié fou et violent. Il fréquente régulièrement les poivrots du quartier dont il ne peut se passer et avec qui, "déconner", est devenu la règle. Comme des gamins de dix ans en CP, ils s'affublent de surnoms surprenants. Quant à lui : "canette" le bien nommé, depuis son enfance. ...

On dirait les pieds nickelés ! Papy vieillit mal.

 

L'eau est passée sous les ponts de la Seine

Les années passant, mon "ex" parlera de se remarier, car me dira-t-il, "la femme qu'il veut épouser le trouve gentil".

Amoureux, il ne l'est pas ; gentil, encore moins, et ne l'a jamais été.

Il veut sans doute s'en donner l'apparence pour séduire, et cette nouvelle conquête croit ce qu'il prétend être.

"Elle ne tardera pas à déchanter lorsqu'elle te connaîtra mieux", lui ai-je répondu.. Il n'insiste pas et, cette union avec une autre que la "Nouvelle", ne se concrétisera pas.

Qu'est-elle donc devenue, au fait, Ayata, celle à l'origine de notre divorce ?

Heureux de me rapporter quelques anecdotes croustillantes supposées me remonter le moral, des amis m'apprennent que son "coup de coeur" pour Ayata n'a pas duré bien longtemps. Ses fils, devenus grands, ont pris goût à l'air du temps qui veut qu'une musulmane ne fréquente pas un français, encore moins ne s'affiche en concubinage occasionnel avec un homme si peu fréquentable. Ils ont mis mon "ex" hors du domicile de leur mère après une bagarre générale où il a tout cassé chez elle. Il trouve, aussi, que la famille, vivant soi-disant à ses crochets, lui revient trop cher.

Je reconnais là, ce coté pingre qu'il a toujours entretenu tout au long de notre mariage !

Juste retour des choses, je l'avais prévenue, la "Nouvelle", que son béguin pour un tel homme ne serait pas de tout repos...

Je ricanais en silence ..!

 

Avril 1989 : n'est pas fou qui veut : paroles de psy

Après Fleury Mérogis, des séjours en hôpitaux, dont Sainte-Anne, et bien des démarches de ma part, le cas de Valérie est examiné par un psychiatre désigné par le Tribunal d'Instance de Palaiseau. Elle est mise sous tutelle par décision du 26 avril 1989 et reconnue schizophrène. Son père est désigné tuteur car sa maladie, sa violence, sont difficiles à gérer, sinon par lui, d'ailleurs presque aussi agressif et violent que sa fille. J'espère, surtout, que cette mesure va la protéger. Je m'occupe des dossiers, du courrier et de ses finances. Mon "ex" l'héberge..

Pendant les mois et les années qui suivent, je vais rencontrer nombre de psychiatres et l'un deux m'expliquera que n'est pas fou qui veut !

On ne devient pas psychotique, on l'est.

L'apparition des symptômes n'est que le fruit d'un fait pouvant être apparemment banal, tel que l'accession à un poste à responsabilité qui vous dépasse, une rupture amoureuse ou amicale.... Il me donne, en exemple, une image qui me laisse sans voix. D'après lui, tous les tabourets n'ont pas quatre pieds, il y en a qui tiennent parfaitement debout avec trois. Mais s'il survient un événement perturbateur et qu'il en manque un de plus, tout va très mal !

Je me suis demandée si son exemple s'appliquait à mon ex, à ma fille, ou aux deux ? Quels événement les ont fait basculer dans une telle violence ? Mon ex a toujours été violent, bagarreur, irracible, cela venait-il de l'enfance ?

D'autres vont m'expliquer que seuls des soins appropriés et suivis, si elle en a la volonté, peuvent la sortir de l'enfer où elle s'est enfermée.

D'après eux "j'en fais trop et elle pas assez".

Un autre me demandera "pourquoi j'en faisais tant" ? "C'est ma fille, ai-je répondu" ! et je trouve qu'elle a payé cher, très cher, sa désinvolture, son besoin d'aventure et son goût de la marginalité. Lui avoir retiré sa fille alors qu'elle venait de perdre son fils, ne nécessite-t-il pas toute mon attention et ma bienveillance ?

Pourtant, j'allais "lever le pied" au fil des mois, car je me heurtais à un mur avec elle.

Elle était ingérable, comme me le dira un autre Psychiatre...

C'était, en effet, loin d'être gagné !

 

Les psys et la schizophrénie

Je vais fuir les psys qui préconisent de s'allonger sur un divan.

Je ne veux pas m'écrouler en larmes pour découvrir les raisons de mes angoisses, cette peur qui m'étreint parfois. Je n'ai pas la possibilité de disposer d'après-midi libres pour suivre régulièrement des consultations d'où je ressortirai hagarde et en pleurs.

C'est déjà tout un problème lorsque je suis contrainte de m'absenter quelques heures de mon travail.

Pourtant, je veux comprendre les raisons qui ont poussé ma fille vers un tel destin, et je ne veux pas être la coupable désignée..

Je me méfie de leurs points de vue souvent contradictoires, en fonction de "l'école" à laquelle ils adhérent. Le caractère ou la personnalité : est-ce inné ou acquis, façonné par l'éducation reçue ou par les gênes hérités de nos ancêtres ?

Théorie française à contrario de l'anglo-saxonne. Les deux à mon avis.

Pour certains psys, seul l'acquit est susceptible d'imprégner notre caractère ! Mais je n'en suis pas persuadée. Pourquoi deux enfants élevés de la même manière, dans la même fratrie, parfois jumeaux, sont-ils parfois si différents ? Les gênes, font bien partie de notre héritage, même si l'éducation reçue joue un rôle majeur.

Aussi, je vais faire en sorte de tourner la page, même si elle pèse des tonnes. Je vais préférer écrire et voyager puisque j'en ai le goût et les moyens, pour tenter d'oublier mes tourments. Je vais, déverser sur des pages entières un flot de mots de tout ce que j'ai subi, enduré.

Je veux me laver de tout ce qui m'a salie et brisée. Je veux comprendre.

****

Bien des années plus tard, un psy me donnera quelques explications sur la maladie dont souffre ma fille.

La schizophrénie ""C'est une maladie assez complexe qui se caractérise par une désintégration de la personnalité et qui intervient généralement juste après l'âge de la puberté. Elle s'accentue, notamment, avec la prise de drogue telle que le cannabis. Les malades perdent progressivement le contact avec la réalité et on assiste à un fléchissement de leur élan vital, de leur activité mentale. Ils deviennent froids, indifférents aux normes et conventions sociales, souvent irascibles, hostiles à la société.

On note chez eux une anxiété constante, une angoisse floue, une propension anormale à douter quand il ne le faudrait pas et surtout ils ont une vue souvent délirante du monde extérieur. Ils sont généralement désinvestis sur le plan affectif, ce qui les conduits à une sexualité dissociée des sentiments, l'amour n'entrant pas en ligne de compte.

De sérieuses observations prouvent sa transmission génétique ! Elle est donc héréditaire..""

La description me donnera froid dans le dos.

Je reconnaissais les symptômes dont souffrait mon "ex", développés tout au long de notre vie commune. Cela allait en empirant.

 

1989 janvier : Inde du Nord

voir récit de voyage et photos : cliquer ici

Monique, le guide, Marie jo, Bernard et moi

J'ai besoin de vacances. Départ prévu avec mes amis de chez l'Oréal. L'inde est un choc culturel. La misère vous écrase. .....

Retour vers Paris émerveillée et bouleversée, puis reprise du boulot après 12 jours de dépaysement total.

Toujours autant de travail et je n'ai pas le temps de rêvasser. Tant mieux, cela me fait tenir debout.

 

Août : Malaisie et Bornéo

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Désirée et moi à Chérating

Fermeture pour congés payés : si je ne veux pas cafarder, il faut que je voyage. Je retrouve Désirée et le Club Med.

Objectif : rencontrer les anciens coupeurs de têtes dans l'épaisse forêt de Bornéo ! Les vacances sont ma bouée de sauvetage, la période où je me retrouve telle que je suis vraiment ; j'aime la découverte, côtoyer des gens sympathiques et rire, cela me réconcilie avec le monde et avec moi-même.

Je ne me lasse pas de ces voyages et des personnes rencontrées au fil de ces circuits. Désirée, avec qui je partage ma chambre, est d'une gaieté délirante et contagieuse, Nicole et Henri, le couple d'amis qui l'accompagne, sont charmants et plein d'entrain. Nous repartirons ensemble vers le Guatémala l'année prochaine, c'est promis !

 

Mai 1990 : Le Yémen et le royaume de la Reine de Saba

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Yémen : camping au milieu de nulle part

un de nos chauffeurs

 

Quelle idée saugrenue d'aller camper au Yémen, mais j'ai envie de goûter à un autre style de vacances plus proche de la nature.

J'ai choisi le tour-opérateur "Explorator"..........

Voyage assez éprouvant, mais unique en son genre.

Un autre monde, une autre planète ! Je ne pensais pas que cela puisse exister !

 

Cécile, ma "fille".

Comment ai-je appris le décès accidentel de Cécile, la jeune soeur d'Alain, avec qui Aurélie vit chez leur mère ?

Je ne m'en souviens plus.

Sûrement un jour où, par hasard, j'ai téléphoné pour avoir des nouvelles de ma petite fille, car eux n'appellent jamais. Au bout du fil la mère d'Alain, est en pleurs. Son chagrin la submerge. Elle vient d'apprendre le décès de sa fille qui s'est tuée, sur une route de Vendée, avec un copain, en allant rendre visite à son père, puisque ses parents sont séparés.

Elle a perdu le contrôle de la voiture de location qui s'est écrasée sur un arbre. Je suis encore une fois anéantie. Outre l'immense détresse de sa mère, je sais qu'Aurélie considère Cécile comme une grande soeur et j'appréhende son chagrin.

Elle n'a vraiment pas besoin de ce nouveau coup du sort.

Quelques jours plus tard j'assiste à l'enterrement qui se déroule dans l'église de Suresnes, puis à l'inhumation au cimetière. Quelle journée éprouvante : leurs familles, voisins, copains, tout le monde est en larmes. Deux jeunes vies brisées, j'en sors profondément meurtrie.

Ils avaient 23 et 20 ans. Bien des années après j'apprendrai, par Aurélie, que Cécile était séropositive et qu'elle s'était probablement suicidée..

Si Dieu existe, il a du nous oublier encore une fois ...

 

Août : Guatemala

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foule sur les marches de l'église

soirée entre amis : Désirée, jean Paul, Nicole, Henri

Oublier, tout oublier pendant 15 jours. Me voilà repartie, avec Désirée, Nicole et Henri. Le Guatemala est un pays de volcans dont certains sont en activité permanente.

Un circuit comme je les aime sur les traces de la conquête espagnole du 16ème siècle. Les conquistadors impressionnèrent le peuple maya grâce à leurs armes, leurs armures et surtout leurs chevaux. Les Espagnols les exterminèrent ou presque.....

C'est la dernière fois que je partirai en vacances en Août.

*****

Désormais ma société fonctionne toute l'année sans fermeture fixe et je suis désignée pour assurer la permanence d'Août, pour l'encadrement administratif (informatique, comptable, personnel...) . Pendant ce mois d'été, l'usine tourne au ralenti. Je dois dorénavant prendre mes congés obligatoirement en Octobre et en Mai. Je ne peux plus repartir avec ces amis si chaleureux (Monique, Désirée, Jean-Paul, ..) connus au cours de mes voyages précédents et avec qui j'ai partagé tant de fous rires et de bons moments (Turquie, Egypte, Guatémala, Malaisie..) .

Progressivement, cela va nous éloigner les uns des autres et sonner la fin de notre belle amitié.

Cela préfigure, aussi, l'ère du fils en remplacement de mes dirigeants actuels, et une toute autre mentalité. Lorsqu'il arrive, quelques mois plus tard, à la direction de l'entreprise cela va me réserver bien des surprises !

 

Octobre 1991 : La Réunion et Maurice

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Voyage programmé avec ma copine Astrid et son mari, organisé par l'Oréal.

Cette île à grand spectacle, située à 9000 km de la métropole, est attractive par son relief montagneux impressionnant.

Le Piton de la Fournaise, et son volcan toujours en activité........Retour vers Paris, après 11 heures de vol et quelques frayeurs.

 

Avril 1992 : Maroc 2

promenade autour de Ouarzazate.. et dîner sous la tente berbère

 

Je retourne au Maroc avec tant de plaisir. C'est si beau... le Sud.

Week-end prolongé à Ouarzazate.

Offert par la société d'intérim aux différents responsables de personnel, DRH, ou chefs d'entreprise avec qui cette entreprise travaille. Deux avions complets affrétés sur les lignes marocaines, logement dans un des plus beaux hôtels de la ville. Un dépaysement assuré : dîner sous la tente suivi d'une soirée folklorique typique.

Le lendemain visite en 4/4 des bourgades alentours, toujours dans un paysage somptueux. Par contre, c'est la période du Ramadan et notre chauffeur est nerveux. Il a hâte d'arriver à destination pour se restaurer. Il va trop vite et, dans sa précipitation, le 4/4 mord le bas coté et se retrouve sur deux roues au bord du précipice. Sueurs froides !

La vie ne tient, parfois, qu'à un fil !

Trois jours de dépaysement total au bord de la piscine pour oublier la grisaille de Paris.

 

Mai 1992 : l'Angleterre,

Aurélie, pour ses 10 ans, avec Kevin, Dylan et Tom ses cousins Lachaize/Carroy
Disney-land : Aurélie et sa copine Marie Laure

 

Valérie part pour l'Angleterre où elle restera pendant deux ans chez une bande de copains, seul moyen pour elle de couper avec l'environnement. Elle fuit sa vie saccagée et vivote avec son allocation d'adulte handicapée transférée dans une banque anglaise. Elle tente de tourner la page après les multiples errances de sa vie.

L'éloignement est salutaire et je pousse un "ouf" de soulagement. La pression est trop forte pour moi et son père, mais Aurélie est privée totalement de sa mère.... Ma fille est invivable..

Je continue d'assurer, tant bien que mal, la visite mensuelle de ma petite fille pendant ce long séjour de Valérie à Manchester. Ne pas couper totalement les liens entre Aurélie et notre famille. J'organise un déjeuner et j'invite tout le clan Lachaize pour l'anniversaire de ses 10 ans. Puis nous passons deux jours à Disney-land avec son père, l'amie de celui-ci et une copine d'Aurélie. L'hôtel est confortable, les attractions appréciées par les deux petites filles qui sont aux anges.

Mais, ces quelques heures passent toujours trop vite.

Au fil des années, ma douleur s'est dégonflée. J'ai moins mal, puis plus mal du tout..ou presque. Il y a peut-être une cicatrice, mais ce n'est pas cher payé. J'ai découvert que l'on peut vivre sans être menacée, sans stress permanent. J'ai des bleus à l'âme mais je survivrai..

 

Juin 1992 : Sri Lanka et les Maldives

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Les rizières en terrasses

Cette île, on l'appelait Ceylan dans le passé, mais tout justifie son nom de Sri-Lanka, "l'ile resplendissante". Les éléphants sur les routes, la nature exubérante, les jardins extraordinaires, les montagnes couvertes de théiers.........

Retour à Paris tout à fait reposée pour envisager une hospitalisation.

 

Juillet 1992 - Thalasso à Carnac

 

La Bretagne .. et il a fait très beau.

On se traîne en peignoir presque toute la journée avec un sac plastique à la main, tout ça pour se faire pétrir le corps. On m'enduit d'algues et de pommades, on me mitraille avec des jets de douche froide, et le soir je suis crevée à rien faire. A défaut de soins, je reste dans ma chambre à lire ou à regarder la télé. La grande variante comme je marche mal : faire un tour en petit train pour touristes qui va me conduire jusqu'au joli port de la Trinité sur mer, et revient me déposer devant l'hôtel après un détour par le site des menhirs ! Au moins, je prends l'air et le soleil est déjà chaud.

Bref, je m'ennuie à mourir.. La nourriture est genre diététique pour mon bien, parait-il : trois carottes et quatre haricots verts avec variante brocolis. A table avec des inconnus qui ne vous disent qu'à peine bonjour, personne pour vous tenir compagnie, personne pour aller boire un verre dans un bar de la plage.

La solitude à l'état pur.

Aussi, j'ai trouvé un autre restaurant qui propose des huitres et un menu poisson.

Le moral remonte.. j'en profite pour visiter Belle-Ile et quelques villes alentour.

Mais partie seule, restée seule, rentrée seule. Une cure de repos de luxe, un gadget, de préférence au prix fort.

C'est horrible. J'ai détesté.

J'étais personne au milieu de nulle part... je suis rentrée avec le cafard...

 

Septembre 1992 : Hôpital de Créteil

Depuis déjà un certain temps, je souffre de plus en plus de douleurs à la jambe droite. Je ne peux plus marcher normalement. Après plusieurs consultations et radios diverses à l'hôpital Mondor de Créteil, le Professeur D. , ami de Claudine et parrain d'un de ses fils, décide de m'opérer d'une lombo-sciatique très douloureuse des disques L4-L5 et ablation de nombreux "becs de perroquet".

L'arthrose envahit peu à peu toutes mes articulations..

Les semaines précédant cette intervention, je vais plusieurs fois me faire prélever mon propre sang pour qu'on puisse me transfuser en cas de besoin. J'accepte avec quelques appréhensions un test de dépistage du sida car mon hospitalisation précédente à l'Hôpital Américain ne me garantit pas, non plus, une transfusion sans problème. Annie qui travaille comme secrétaire médicale dans un hôpital me raconte parfois de bien dramatiques fins de vie ayant pour cause le sida. Cela me fait dresser les cheveux sur la tête. La liberté sexuelle n'est plus de mise, non plus.

Je suis très angoissée de ne pas me réveiller ou d'avoir à affronter diverses complications. L'opération se déroule le 9 septembre 1992. Le lendemain, je commence à reprendre vie lorsque mon "ex" me téléphone pour prendre de mes nouvelles. Seules Astrid et Annie viendront me rendre visite à l'hôpital où je resterai huit jours.

Une ambulance me ramène seule à la maison pour partir quelques jours plus tard dans une maison de repos située au milieu des vignobles, à la limite de la Champagne. L'établissement est assez sinistre, et je reviens bien vite chez moi pour y retrouver mon confort. Après un mois d'arrêt de travail, sans rééducation particulière, je suis à nouveau sur pied. Je reprends mes activités professionnelles qui s'avèrent toujours aussi prenantes.

 

Octobre 1993 : Argentine-Chili

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Glacier : Le Moréno

 

J'ai rêvé de voir les baleines ..... embarquement ...

 

Un périple magique, la nature à l'état pur. Retour à Paris, via Madrid, 24 heures d'avion. Le merveilleux se mérite !

 

Décembre : décès de mon Père

Aurélie et son arrière grand-père vers 1989

 

Ma mère a repris contact avec moi pour m'informer que mon père est atteint de la maladie d'Alzheimer, et qu'il n'a plus la notion du temps. La distance qui s'est installée, au fil des années entre mes parents et moi, est impossible à combler.. D'ailleurs, je n'ai jamais souhaité le faire, je n'ai rien fait pour renouer des liens. Je m'y étais habituée.

La seule chose qui m'intriguais désormais c'étaient les raisons mêmes de cet éloignement, non pour le réduire, mais pour les expliquer.

Bien sur, j'étais triste, affectée, mais aussi sur mes gardes, mes parents m'ayant fait trop de mal.

Je m'étais échappée de leur monde, je n'étais plus des leurs depuis bien longtemps... cela remontait à mon mariage, ma réussite professionnelle, aux problèmes liés à notre fille, à que sais-je encore !!

**

Malgré ces longues années de brouille, je décide d'aller me rendre compte de ce que ma mère m'affirme et je programme un court séjour à Vimoutiers en Normandie où ils sont domiciliés. J'ai retenu une chambre à l'hôtel..

Je retrouve un vieux monsieur au regard perdu, qui ne sait plus en quelle année il vit, à la silhouette fragile, qui perd peu à peu contact avec le réel et qui s'enferme dans un monde parallèle où je n'ai plus accès. Des pans entiers de sa mémoire disparaissent inexorablement. Il s'enfonce dans la solitude et l'oubli que procure cette maladie. Il ne me reconnaît pas. Cette déchéance va m'affecter au plus haut point, ne voulant me souvenir que de l'homme travaillant sans compter, parfois rigolard, qui s'était juste tenu à sa place de père qui nourrit et se saigne, sans jamais me faire ressentir qu'il pouvait m'aimer tendrement. Il avait fait du mieux qu'il pouvait, de cela j'en étais certaine.

Je repars vers Paris, désespérée.

**

Jamais je n'aurais cru que son état de santé puisse se dégrader aussi rapidement. Il est désormais hospitalisé, le regard dans le vide et sa mémoire est devenue un tableau blanc. Sans entretenir de vaines illusions, j'allais imaginer disposer d'un délai de plusieurs années pour faire face à la maladie. C'est idiot, j'ai espéré aussi avec les progrès de la médecine...

Il déclinera très vite, et de visite en visite à l'hôpital, --où je me rends tous les mois environ--, je le trouve à chaque fois plus amaigri, plus isolé dans son exil intérieur, sa démence. L'idée qu'il puisse mourir seul m'est insupportable, mais j'habite si loin de Vimoutiers. Ma mère, qui pourtant demeure à coté de la maison de retraite, ne veut plus lui rendre visite car son comportement est devenu irrationnel, parfois violent. Il a maintes fois cherché à "s'évader" pour errer sans fin à travers la ville et la campagne. Pour contrecarrer ce désir de liberté, il est désormais enfermé dans sa chambre, du soir au matin, la fenêtre cadenassée, privé même de télévision qu'il ne regarde plus.

Arrivée un jour sans crier gare, je retrouve mon père somnolant, probablement drogué, ligoté sur son fauteuil.

Je hurle au scandale auprès des infirmières dépassées. Mon coeur éclate de douleur.

 

Pourtant, un jour, alors que ma fille est venue avec moi en Normandie et que je m'apprête à un retour sur Paris, il s'est soudain exclamé "ah, vous êtes là, et comment va le patron" ? C'est ainsi qu'il nommait mon époux. Bref éclair de lucidité, ses yeux se sont subitement éclairés, puis son regard s'est vidé aussi vite.

C'est insupportable cette déchéance.

C'est par un coup de téléphone, reçu à mon bureau un matin, que j'apprends le décès de mon père le 2 décembre 1994. Son coeur s'est arrêté, comme à bout de souffle. Mon chagrin est immense. Assommée, je dois filer au plus vite à Vimoutiers afin d'épargner à ma mère toutes les formalités administratives. Est-elle triste ou soulagée ? Je ne sais pas trop, comme si elle ne réalisait pas, mais elle a pris quelques rides supplémentaires. Difficile de lui en vouloir de n'avoir pas fondu en larmes, comme si elle prenait acte de cette situation nouvelle pour s'y adapter.

Elle va se charger, par contre, d'annoncer ce décès à la proche famille dont j'ignore tout depuis tant d'années.

Ainsi, après la cérémonie à l'église, le jour de l'inhumation, puis au restaurant où je les ai invités, j'ai pu reprendre contact avec Germain le frère de mon père, ma cousine Patricia, mes cousins Jean Gosnet et Pierre Herbinière perdus de vue depuis quarante ans. Je suis heureuse de les revoir, même si nous avons tous beaucoup vieilli.

Mars 1994 : communion solennelle d'Aurélie

Aurélie, Alain son père, sa grand-mère paternelle et moi

 

Ma fille est toujours en Angleterre.

Je reçois de brèves nouvelles de temps à autre, mais je ne sais rien, en réalité, ni sur son mode de vie ni sur les gens qu'elle fréquente. A part Adam, chez qui elle demeure, et qui l'a 'accompagné en France pour un bref séjour. Un garçon charmant d'ailleurs bien plus jeune qu'elle.

Valérie est absente pour la communion de sa fille. Je suis invitée à la cérémonie religieuse qui se tient dans des locaux dépendant de l'église. Aurélie s'investit, en effet, chez les scouts de Suresnes. Cela fera partie intégrante de sa vie d'adolescente : réunions, camping, et pique-niques de rigueur. Une vie saine, du moins je l'espère de tout coeur et qui doit lui donner une certaine autonomie.

Sa marraine et son parrain sont présents à la cérémonie. Ce dernier, que j'ai connu tout jeune, est un copain de son père ou, plus précisément, a été le petit ami de Cécile, sa jeune tante décédée trois ans plus tôt dans un accident de la route. Il ne se remet pas de cette disparition brutale et, comme beaucoup de jeunes aujourd'hui, il est tenté de toucher à tous ces produits illicites promettant des paradis artificiels qu'ils ne trouvent pas sur terre.

Peu de mois après cette journée, il se suicide dans une cave de l'immeuble de Suresnes. Une overdose ajoutée à une forte dose d'alcool.

Je suis à nouveau atterrée, car je ne comprends pas cette jeunesse pressée de se détruire, avant même que ne la rattrape le tic-tac inexorable de l'horloge biologique. Jeunesse désespérée, intolérante dans sa rébellion, face au temps qui leur file entre les doigts, détruisant bien avant l'heure leur corps et leur coeur. Que cherchent-ils, qu'espèrent-ils ?

Je suis triste de savoir Aurélie encore au coeur de ce drame.

 

Aurélie et Alain son père

 

Octobre 1994 : Vietnam

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Le passage du bac vers la baie d'Along

 

Pas de vacances en Août, aussi, je projette le Vietnam en octobre.

Seule, sans mes amis habituels. Décollage pour 12 heures d'avion, arrivée à Hanoï.

Ce pays communiste, coupé du monde de 1954 à 1989, à parti politique unique, s'est enfin décidé à s'ouvrir aux occidentaux après de nombreuses années de guerre destructrices et sauvages. Le communisme a fait le reste en l'isolant.

Aussi j'ai souhaité y faire un tour avant qu'il ne soit trop envahi par les touristes.

Retour sur Paris, via Bangkok.

Un voyage passionnant digne du roman de Marguerite Duras.. "L'amant".

 

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