1990 - Yémen

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femme yéménite et son enfant
jeunes garçons yéménites
beau village d'altitude

 

Quelle idée saugrenue d'aller camper au Yémen !!

Pour du dépaysement c'est du dépaysement et cela commence dans l'avion.

Les femmes Yéménites sont habillées dans des robes d'une fantaisie inouïe aux couleurs chatoyantes qui en disent long sur la gaieté des journées dans les appartements privés réservés aux femmes, mais dès le signal qui indique que nous allons bientôt atterrir à Saana la capitale, elles se transforment en fantômes vêtues de noir de la tête au pied.

A la descente d'avion, vous ne reconnaissez plus personne.

Premier matin à Saana à l'hôtel. Nous sommes à 2000 mètres d'altitude.

Nous sommes réveillés par le muezzin qui termine d'appeler les fidèles à la prière.

Les mosquées s'éveillent dans le pénombre de la nuit alors qu'une à une les étoiles disparaissent. J'ai trouvé cela plus harmonieux que les cloches de notre village et je tente de me rendormir, sans succès. Les coqs prennent le relais en se répondant de maison en maison, le tout mêlé aux hurlements des chiens errants.

Le matin est lumineux, la douche spartiate sans eau chaude.

Nous déjeunons assis au sol sur des coussins, les hommes qui nous accompagnent mâchouillent du quat, ces feuilles d'un arbuste qui porte le même nom, hallucilogène. Puis c'est le départ pour la grande aventure. Nous allons visiter le fameux palais de l'Iman construit sur un rocher étroit. Une curiosité incontournable au même titre que notre Tour Eiffel.

La ville va se dévoiler doucement à nos yeux : beautés des ocres, splendeurs des fenêtres blanches et ajourées de carreaux multicolores, cubes étroits des maisons à sept ou huit étages.. Les minarets percent la ligne d'horizon et des espaces de verdure sont disséminés entre les maisons, les mosquées, les hammanms et les caravansérails. La ville est attrayante mais derrière les murs c'est tout autre chose.

. La vie bouillonne, les véhicules klaxonnent éperdument. Les Yéménites portent la traditionnelle Jambia à la ceinture, ce poignard magnifique. Les femmes sont des ombres énigmatiques voilées entièrement de noir et elles sont rares à circuler dans les rues, voire totalement absentes.

Nos 4/4 s'enfoncent dans les ruelles encombrées, frôlent des murs et des passants. La cohue s'est faite épaisse. Le palais est là, carte postale inévitable pour qui vient au Yémen. Le tourisme n'a pas encore fait des ravages, nous assistons à un mariage et les hommes dansent entre eux en tourbillonnant.

J'ignore où se cache la mariée .., nous ne la verrons pas.

Le lendemain, nous partons vers le nord, vers Saada et le pays de la Reine de Saba. La route est belle et large. Puis se sont : routes escarpées, précipices vertigineux, beauté absolue des paysages avec des cultures en terrasse et des villages perchés. Nous nous arrêtons pour des photos dans des endroits qui semblent déserts, mais immédiatement une foule d'enfants accoure pour nous saluer, réclamer quelque monnaie, un stylo, une photo.

Arrêts multiples et ballades dans les ruelles d'un village en longeant des parcelles de cultures en terrasses.

Nous installons notre camp à 2500 m d'altitude et les points de vues sont magnifiques. Les nuits suivantes sont très fraîches surtout au réveil mais le soleil, qui se montre, va rapidement réchauffer la température. Nuits étoilées, paysages extraordinaires, culture du café et du quat. Nous croisons des paysans avec leurs troupeaux de chèvres.

Dans les ruines du palais de la reine de Saba nous serons escortés par des militaires juchés sur des pick-up japonais équipés de mitrailleuses ! En effet, le groupe qui nous a précédé a été dévalisé par des bédouins naviguant entre l'Arabie Saoudite et le Yémen. Les prises d'otages ne sont pas rares..

Nous avons un guide Yéménite, deux chauffeurs, deux guides français et nombre de gardes du corps armés faisant office de cuisiniers et homme de sécurité. Le bivouac est installé sur des terrains caillouteux et comme je suis incapable de planter un piquet, nos guides se chargent de monter la tente.

L'organisation est bien rôdée, mais je ne suis pas rassurée la nuit seule sous ma tente.

Nos gardes patrouillent la nuit et dorment sur le toit des 4/4.

L'eau est rationnée et nous faisons des toilettes de chat en attendant de trouver quelques points d'eau qui seront les bienvenus.

Dans ce pays si peu touristique, nos peaux claires d'européens et notre façon de nous habiller provoquent des attroupements. Nos accompagnateurs locaux achètent du bois pour la cuisine puis une chèvre qu'ils vont tuer pour faire un méchoui. Pauvre bête, cela nous contrarie. Nous passerons la nuit suivante dans un fundouk où nous attraperons des puces, malgré la douche à l'eau toujours aussi glacée. J'hérite de multitudes de piqûres.

Lors de la visite d'une école, seules les femmes du groupe sont autorisées à entrer et ce sera notre seule occasion de rencontrer les épouses de ces hommes si rudes.

Pour une fois, elles sont à visage découvert et nous accueillent chaleureusement pour le thé.

Nous descendons ensuite sur les bords de la mer Rouge. En réalité la plage et l'eau sont poluées et mazoutées, ce qui n'engage pas au bain de mer, bien que nous en ayons fortement envie. Nous visitons un chantier de construction de boutres, ces bateaux ventrus caractéristiques du pays. Les villages abritent des maisons de terre sans aucun confort, la région est très pauvre. Les hommes sont pêcheurs ou gardiens de chèvres au milieu du sable. Ils ont la peau plus sombre que le yéménite des hauts plateaux.

C'est au Yémen que je verrai le plus fabuleux souk de ma vie, les odeurs multiples, les étals hétéroclites, les bruits inattendus, les animaux en semi-liberté, les nuages de poussière... Un éblouissement. Un vision unique avant de quitter ce si beau pays.

Retour à Saana où j'achète un livre, en français, décrivant les paysages et les moeurs du pays.

Oh, miracle, dans l'avion de retour sur Paris, l'auteur de ce livre, que je lisais pour passer le temps, a remarqué mon intérêt. Il viendra m'interwiever sur mes impressions et consentira à me faire une longue dédicace en arabe que je suis bien incapable de déchiffrer. J'espère que ce sont des mots gentils, mais en réalité ... j'en suis sûre ! Il était super sympa.

Voyage assez éprouvant, mais unique en son genre. Tellement dépaysant. Un autre monde.

Et dire que Ben Laden était Yéménite alors que le pays allait sombrer, quelques années plus tard, dans une horrible guerre civile.

yémen : camping au milieu de nul part
Saana : palais de l'Iman

 

quelle vue à 3000 mètres !
les villages perchés

 

avec un de nos chauffeurs

Sanaa et ses "gratte-ciels"

 

dîner en soirée. Il fait froid
camping en altitude : au petit matin

 

pique nique au bord de l'oued

 

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